LES ENTRETIENS D'AUTEUR(E)S

Christian SATGÉ

Écrivant « humeuriste »

Né en 1965 à Toulouse, juste deux ans avant que Claude Nougaro ne l'(en)chante, Christian Satgé est devenu rapidement un obsédé textuel & un rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, rêvant depuis de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. Conteur éclectique et « méchant écriveur de lignes inégales », après avoir roulé sa bosse plus que carrosse, il vit caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux peu fréquentables que l'on nomme Pyrénées, où l'on ne trouve pire aîné que montagnard, et stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Moins écrivain qu'écrivant, plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, il pose des mots d'hier sur les maux d'aujourd'hui et après avoir navigué de conserve sur d'autres eaux, tente, en solidaire cette fois, une énième traversée de l'océan poétique… en espérant qu'elle ne soit pas trop pathétique !

1. Depuis quand écrivez-vous ?
Difficile de le dire. Par épisodes l’adolescence encre ma plume et, vers 18 ans, je me mets à la poésie pour moi-même, signe ou co-signe des sketches et des saynètes, et même une comédie musicale, pour la compagnie de théâtre amateur à laquelle j’appartenais alors.
Puis une éclipse plus ou moins marquée, hormis de la poésie de temps à autre, jusqu’en 2007, où je reprends la plume pour accompagner les œuvres du plasticien lourdais, Marc Falgas, lors d’une de ses expositions. Ensuite, je poursuis en vers plus qu’en prose, mon compagnonnage avec cet artiste jusqu’en 2016, puis l’envol en solo… En parallèle, j’intègre assez régulièrement des sites de publications notamment Rue des Fables jusqu’en 2019 et Plume de Poète (2017-2021) auxquels je propose mes apologues avant de rejoindre, depuis 2020, Le Monde de Poetika.


2. Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’écrire ?
La lecture depuis ma prime enfance, essentiellement en prose, et la découverte des grands auteurs du passé notamment Jean de La Fontaine, Molière ou Edmond. Rostand. Ah, le poids de l’école !


3. Où écrivez-vous ?
L’écriture vient à moi plutôt que je vienne à elle. Aussi il m’est difficile de répondre à cette question. J’écris le jour souvent, la nuit beaucoup, en rafale (3 à 5 textes par 24 heures) ou bien en intermittence, en fonction de l’inspiration alternant poésie, fable et aphorismes. Je peux aussi rester des jours sans prendre la plume. Je ne force pas l’inspiration même s’il s’agit d’un texte « de commande » ou de circonstance. Je n’ai pas de lieu particulier non plus pour ce faire.


4. Avez-vous des rituels pour écrire ? (fond sonore, etc)

La musique - voire la TV - accompagne toujours mon travail à la maison, quel qu’il soit et quelles qu’elles soient… ou presque. Je fais en fait abstraction de tout dans ces moments là mais le silence m’est difficilement supportable quand même. Paradoxal, non ?!


5. Plutôt ordinateur ou papier pour écrire ?

L’ordinateur me convient pour la souplesse que cela suppose et les inévitables corrections ou repentirs que l’on connaît quand on veut transmettre quelque chose à l’écrit. Mais si je n’ai pas mon outil de prédilection sous les doigts, le stylo ou le crayon et une feuille de papier me vont tout aussi bien. Il ne faut pas refouler l’inspiration qui vous visite, sinon…


6. Comment naît votre inspiration ?

L’actualité ou mon vécu - comme celui des autres - mais aussi la lecture des grands Anciens ou de quelques contemporains restent une inépuisable occasion de me rendre compte que j’ai encore des choses à écrire… à moins que le thème du mois du Monde de Poetika ne vienne à moi.


7. Quelle dose de personnalité mettez-vous dans vos écrits ?
Beaucoup sans pouvoir faire la part de ci ou de ça mais je mets au défi quiconque de prétendre me connaître à travers mes écrits ou de savoir mon humeur du moment grâce à eux.


8. Que souhaitez-vous transmettre à travers vos écrits ?

Mon goût pour le classicisme (rimes, rythme,…) et les formes fixes d’antan (sonnet, rondeau, ballade,…) même si je m’aventure sur d’autres terres, plus ou moins fertiles, et celui des mots anciens… parfois oubliés. Ce siècle qui appauvrit la langue néglige les trésors de notre langue préférant par mode ou facilité les anglicismes par exemple ou un lexique limité.
Surtout j’aimerais traduire des instants ou des moments, le charme ou les beautés de ce que l’on ne regarde plus à force de le voir un peu comme le ferait un peintre impressionniste cherchant à traduire une certaine impermanence et la permanence certaine des choses et des êtres.


9. Connaissez-vous le nombre de textes que vous avez écrits ?
Impossible. Je sais simplement que je dépasse les 9 700 grâce à mon blog - Plus de 8 500 y sont publiés, les autres étant à venir - dont 1 590 fables… Mais pour le reste difficile de faire la part des aphorismes et autres pensées que je baptise haïkus et les poèmes, chansons et pastiches.


10. Avez-vous écrit autre chose que des poèmes ?

J’écris aussi du théâtre, dont une pièce en vers - Belize - publiée mais, hélas, jamais jouée.
Préférant voir la vie vers qu’en prose, je suis plus volontiers « un méchant écrivant de lignes inégales », mais je me pense simple « rimeur » plutôt que « poète ». J’estime que ce titre ne peut être auto-proclamé mais c’est à la lectrice ou au lecteur de juger si le texte qu’elle, ou il, a lu émane ou non d’un poète… sans préjuger, qui plus est, de ses autres travaux, car on peut avoir des illuminations. On n’est pas poète mais non le devient à force de poésies, lues ou composées.


11. En général, que lisez-vous ? Votre auteur(e) préféré(e) ?

De la poésie, pour l’essentiel, cherchant à mieux connaître les auteurs anciens, célébrés, oubliés ou méconnus qu’on néglige souvent aujourd’hui et ont fait pourtant les belles heures des Lettres du Moyen-âge au XX e siècle inclus. Mais je lis aussi les contemporains avec curiosité.
Des fables aussi car on ne mesure pas le nombre d’auteurs qui se sont frottés, exclusivement ou non, à ce genre avec bonheur… Jean de La Fontaine n’est que le petit sommet d’un immense iceberg qui remonte à l’Antiquité la plus ancienne et traverse toutes les cultures. Un délice de lecture toujours renouvelé de ce qui n’est en rien un simple exercice scolaire comme on le croit.


12. Avez-vous d’autres passions que l’écriture ?
Non, hors me promener dans la nature ou au milieu d’œuvres d’artistes, (re)connus ou non - peintres, sculpteurs, photographes,… - pour aérer mes neurones… et trouver quelque inspiration nouvelle, si j’ai ce bonheur-là, entre sensations et sentiments bien sûr.


13. Avez-vous des conseils à donner aux auteurs ?

La poésie est tellement diverse et touche tellement à l’intime que je n’aurais qu’un mot d’ordre : soyez vrai et sincère, et vous trouverez votre public, aussi restreint soit-il car contrairement à ce que l’on dit tous, un jour, on écrit rarement pour soi seul.
Soyez d’éternels Pénélope aussi. Et prenez conseil auprès des maîtres - on non - du genre. Ils sont d’excellents professeurs qui s’ignorent… ou pas (cf. Art poétique de Paul Verlaine…).
Et si vous rêvez de voir vos vers en bibliothèque car vous pensez, et d’autres avec vous, qu’ils ne les dépareraient pas soyez tenaces. Je remercie, après de vaines tentatives que je ne saurais énumérer, la Suisse de m’avoir offert une sorte d'asile poétique grâce à l'une de ses maisons d'édition (5 Sens Editions) depuis 2019.


14. D’après vous, qu’est-ce qui devrait changer ou être amélioré dans le secteur de l’édition ?
La France aime les poètes. Surtout morts. Il serait temps de revenir à l’essence de ce qu’est la littérature : Victor Hugo est d’abord poète et dramaturge ; puis il se fait romancier. Aujourd’hui seul le roman, ou presque, à droit de cité en notre monde voire est plébiscité par les médias.


15. Les réseaux sociaux jouent-ils un rôle pour vous en tant qu’auteur ?
Etre connu ne m’intéresse pas, que mon travail soit reconnu me convient mieux. Les réseaux sociaux, à mon sens, sans les parer de toutes les vertus ni y voir la clé d’un succès immédiat et global, sont indispensables pour essayer de faire connaître son œuvre ou ce qui s’apparente à une œuvre. Pour ce qui est de mon expérience propre, grâce à mon site FB mais surtout au Monde de Poetika, je commence à avoir quelques lecteurs réguliers… et heureusement critiques.
Ces même réseaux m’ont aussi permis de rencontrer un comparse québécois, poète et surtout photographe, Marc-Yvan Custeau. Ainsi, depuis 2022, j’écris sur ses clichés et cela stimule mon processus créatif, et m’oblige à repousser mes limites, aussi. Elargissant mon audience d’autant…


16. Que représente la poésie pour vous ?
Ma raison de vivre, le moyen de tenir debout dans un monde qui vacille et où elle est plus que jamais nécessaire à tout-un-chacun malgré sa ghettoïsation. On a, sans forfanterie, quelque mérite à vouloir accrocher, malgré tout, du ciel bleu à des horizons gris ou plus sombres encore.


17. Si vous deviez décrire votre personnalité en trois mots...
Même cet exercice auquel je me plie avec vous ne le montre sans doute pas, l’humilité, le travail et la constance… avec une touche d’humour. Bref, rien de très drôle !


18. Votre dernier coup de gueule ?
Il y en a trop… Chaque jour hélas me donnerait l’occasion d’en pousser un et parfois de le transformer en écrit. Mais, il est bien trop des maux qui nous tombent en averse - voire en déluge - sur le coin du nez, ou sur celui de nos semblables partout dans le monde, pour en faire des mots.
L’alchimie de la poésie a ses limites, tous ces plombs-là ne sauraient devenir or.


19. Votre dernier coup de coeur ?
Il y en a tout autant… Chaque heure m’en donne car je le souhaite ainsi même si la volonté a du mal à résister aux intempéries de l’époque évoquée précédemment.


20. Votre rêve le plus fou ?

Continuer le plus longtemps possible à être assez inspiré… et à être des vôtres en voyant mon théâtre connaître les honneurs des feux de la rampe. Du trois en un, mieux que Head and Shoulders !

 

Propos recueillis le 16 janvier 2026