Nouveaux auteurs sur cette page : Guy TIROLIEN, Alphonse BEAUREGARD

D'île en île



Au bout de mes rêves
Philippe PAUTHONIER

y

Sur mon esquif avec son sillage écumeux,
Je vogue sans regrets vers d'autres paysages.
Je verrai de nouveaux sourires et visages,
J’oublierai les erreurs de mon passé brumeux.


Galope mon voilier comme un cheval fougueux,
Bientôt, j'accosterai dans un lieu de mouillages.
Les femmes m'offriront des fleurs et coquillages,
Au fond du cœur, j’aurai la richesse d'un gueux.


Sous un ciel alangui par la brise exotique
Le temps s'imprègnera d'un parfum flegmatique,
D’une douce saveur dès le petit matin.


Je boirai le bonheur dans de petites choses :
Le vol d'un papillon, la fragrance des roses...
Et chaque instant mettra son habit de satin.



Lîle du vague à l'âme
Denis OLLIER

y

Il est où l'homme de mon âme
L'homme amant aimant
L'homme amour
Il est où l'homme de mon île ?
Existe-t-il ?
A-t-il pris le train de Lille
Ou, loin, les chemins de l’exil ?
Lui, au moins sait-il qu'il est l'homme de mon âme ?


Il est qui l'homme de mon île ?
Groom, Chaman, quidam
Liseur d'âmes
Il est qui l'homme de ma vie ?
De mon envie
Marin ou souffleur de flammes
Ou bien, prince du macadam
Mais, au moins vient-il vers ma terre d’asile ?


Il vient d'où l'homme de ma vie
Siam Pérou Mali
Indonésie
Il va où l'homme de ma flamme ?
De mon âme
Milan Porto Rotterdam
Ou bien, perdu loin de ma gamme
Seul, il cherche en vain… l'île du vague à l'âme…


© Denis Ollier

Denis Ollier est auteur parolier avec une prédilection pour les chansons poétiques.
Ses textes s'inspirent souvent de voyages et de rencontres dans tous les pays du monde, mais il peut tout aussi bien trouver dans un parfum du quotidien quelques mots qui s'envoleront en musique.
Il a collaboré à de nombreux projets musicaux dans les styles les plus divers. Il est ouvert à tous les partages artistiques.
Depuis peu, il écrit de la poésie juste pour le plaisir des mots, mais toujours un peu rattrapé par la musicalité des textes qui est son ADN.
Il vit près de Grasse, quand il n’est pas en voyage aux quatre coins du monde (sa deuxième passion).
Autres textes :

Légende éternelle
La mer en face
Son blog
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Île, été, une foi
Jean-Pierre FASSBENDER

y

Ô Ma Belle Adorée, au la, au do, au ré,
Sur l’air d’un Nougaro, corps halé, teint doré,
En la Ré, et sur l’île, impudence commise, 
Est-il donc si coquin le Bois Trousse-Chemise ?…


Et loin d’imaginer, terre d’isolement,
Te souviens-tu, en Crête, où couple en errements,
Un renouveau, nos cœurs, trêve d’extravagance,
La mer ragaillardir notre passion intense…


Île, été, une foi, assez loin du chez nous,
Aux détours d’une vague et ses plaisants remous ;
A Palma-de-Majorque ô la belle rencontre,
L’espagnol, le français, Brassens à notre encontre !


Une autre traversée, aux landes, découvrir,
L’Irlande, ses moutons, son peuple nous ravir ;
Falaise d’océan, et sol plein de tourbières,
Des rivières, des lacs, wiskey et Guiness-bière…


Béat de l’accoster, elle charme tant d’yeux,
Comment la définir, et de vénérer d’Yeu,
Que son charme est ilien, que douceur est marine,
Que pour une algue à rade, une écume est mutine…


Sortir du dictionnaire, hors de mes mots-croisés,
Qu’en touriste d’Iliade, Homère pavoiser,
Deux fois la belle Albion, une fois Ténérife,
Des estocs sur Bréhat, sans l’ombre d’un Sisyphe…


Puis celle-ci « la presque » et je pense au sétois :
Georges qui hante là, et moi, bien-sûr, pantois ;
Venu en sillage, et revenu encore,
Clapote un golfe clair que les flots bleus décorent !

04 octobre 2026


© Jean-Pierre Fassbender (1955-aujourd'hui)
Amateur poète, rimailleur pas trop médiocre (tel qu’il se définit), Jean-Pierre Fassbender (nom de plume : JP F Sitting Bull) est né à Flémalle-Grande en province de Liège. Dès l’âge de 13 ans attiré par la beauté des mots, dans un cours de diction, il découvre en s’exerçant avec son professeur, « Les Conquérants » de l’œuvre de José-Maria de Heredia, cet enseignant l’initiant comment mettre en valeur un texte par la parole. C’est la révélation de l’alexandrin et de ses contraintes métriques classiques. Difficulté ou jonglage, ce défi pointilleux le séduit. Il est captivé, deux ans plus tard, par Georges Brassens et d’autres chanteurs-poétes qui lui donnent l’envie de prendre la plume. Alors adolescent, il s’essaie laborieusement à des vers hésitants, à des premières créations de jeunesse, toujours dans l’envie de voler esthétiquement un peu plus haut. C’est bien entendu le temps, la sagesse et la sérénité, lents à venir qui le feront s’améliorer dans l’écriture. L’âge mûr s’installant, la confiance, la rigueur, et encore le doute malgré tout, s’il écrit encore et toujours avec plus d’autodiscipline, il découvre que le besoin de rimer lui procure une jubilation énorme ainsi qu’une thérapie salutaire, un exutoire bénéfique en quelque sorte. Alors pourquoi s’en priver ? Il a remporté le Troisième Prix au concours Poetika 2026.
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D'île en île
Samira JAOUHARI

y
Je suis à la quête
D’une pluie en exil,
D’une larme secrète
Qui rendrait l’espoir fertile.

Depuis le mois d’avril,
Le soleil, sans merci,
Nous brûle de son fil
Et nous prive de répit.

Il nous a coupé les ailes,
Nous laissant cloués au sol,
Sous ses lumières cruelles,
Prisonniers d’un monde irréel.

D’île en île, je dérive,
À la recherche d’un peu d’eau,
D’une fraîcheur qui arrive,
D’une goutte tombant d’en haut.

Les gouttelettes sont devenues
Des perles rares et convoitées,
Et nos terres, presque nues,
Ne savent plus que supplier.

La nature nous tourne le dos,
Ses jardins perdent leurs couleurs,
La terre attend quelques ruisseaux
Pour réveiller ses vieilles fleurs.

Alors mes prières s’envolent,
Vers un ciel devenu fragile ;
Mais le silence me console…
D’une pluie toujours en exil.

© Samira Jaouhari
Bio-bibliographie de l'auteure

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Bonheur sur les îles
Myriam CLOWEZ

y

C’est l’île de beauté
Qui happa mon regard
J’étais jeune mariée
Et le fruit du hasard.
De l’île sanguinaire
Jusqu’à Bonifacio
La blancheur du calcaire
Me collait à la peau.
J’admirais tout de l’île,
Des Calanques de Piana, à la Restonica
Me revient en pensée ma chère Castagniccia.
Mais des années plus tard c’est à l’aéroport
Que je la découvris telle une chasse aux trésors.
J’étais en Martinique, les personnes de couleur
Avaient un teint de miel, de caramel tendre
Ou beaucoup plus foncées j’aurais dû m’y attendre.
Ils offraient leurs dents blanches
Aux touristes étonnés
Ayant pour seul bagage
Du poisson sur les quais.
Et je me promettais de revenir un jour.

Illustration : Bonifacio



L'île des imaginaires
Bertrand TARDÉ

y

Omkareshwar, Inde

Omkareshwar, vaisseau antique, échoué entre la Narmada et la Caveri
Tel un de ces vieux remorqueurs qui hantent la mémoire des ports.
Un lieu propice aux intranquillités de Fernando Pessoa.
Posés sur leur socle de falaises violines
Temples et forts y murmurent des légendes
Le Om céleste s’y dessine sur la ligne des crêtes.
Le temple de Mandhata au linguam doté de pouvoirs merveilleux
Propulsé vers l’infini des cieux
Par les puits de lumière qui excave sa base
Aussi solennel que les burgs nés du pinceau de Victor Hugo.
La nuit venue, cette diva flotte dans l’éther.
Sculptée par le halo des lampes.
Les murailles enserrent ce goulet fermé par les falaises
En une enclave mystérieuse livrée aux apparitions.
Des chants mystiques offerts aux dieux
débordent mezzo voce de l’enceinte des temples.
Les îlots de lumière des lampes à huile redessinent des rivages oniriques
Où les passeurs ont été avalés par la nuit
Leurs barques réduites à quelques traits d’encre de Chine.
Elles creusent les sillons des chemins qui serpentent sur les collines,
Constellées de scintillements.
Le ghat projette son éclat blafard sur les murailles de ce monde médiéval
Pétri d’incertitudes et de révélations.
On y a vu Corto Maltese attablé dans un bouge
Lustré de suie, de graisse et de cette poussière immémoriale
Odeur de l’Inde.
Raspoutine lui même y rôdait dans l’une de ces barques en forme d’auge
Son visage ébauché en quelques lames
Rehaussant la lueur cruelle tapie derrière son regard.
Puis tout se dissout dans une furtive épiphanie
Qui danse dans le sillage d’une barque anonyme
Semant une voie lactée de bougies.

 

Omkareshwar est une ville sainte du Madhya Pradesh, située sur la Narmada, l'une des sept rivières sacrées de l'Inde.
Fernando Pessoa : écrivain, critique, polémiste et poète portugais (1888-1935).
Om ou Aum, c'est le mot qui désigne le souffle premier avant la naissance de l'univers, le symbole sonore de l'absolu.
Le linguam représente le symbole masculin dans l'hindouisme, le Yoni le sexe féminin.
Les burgs : châteaux au bord du Rhin peints par Victor Hugo.
Ghat : ensemble de marches ou de gradins qui recouvrent les rives des cours d'eau.


© Bertrand Tardé (1953-aujourd'hui)
Né à Bordeaux, Bertrand Tardé a effectué des études supérieures à l'université de Caen et obtenu une maîtrise de langues scandinaves et une licence de sociologie. Actuellement retraité, il a été journaliste free lance pour des journaux et magazines nationaux comme Thalassa, Grands reportages, Historia, L'événement du Jeudi, etc. Il a été responsable du service culture du Journal de la Réunion. Il a également donné des conférences sur la Jangargh Kalam school (art tribal indien contemporain) et travaillé pour l'encyclopédie de la maison Atlas. Il a publié plusieurs récits de voyages, des nouvelles et la biographie de Jorgen Jorgensen, explorateur danois.

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Ah que ne fleure le silence
Roland MUHLMEYER

y

Ah que ne fleure le silence :
Une larme tombe, ingénue.
Des quais de Paris, soyez Reine !
Rien d’autre qu’une lamentation n’
Emerge du fond des eaux tristes.
Y chantiez-vous une romance ?
Ah que n’ai-je le souvenir :
Les ombres de naguère ternissent
Les persiennes sanguinolentes,
Loin des îles bleues, englouties,
Qui se recueillent, immobiles.
Masques et costumes d’Arlequin,
Tes doigts désabusés jouent l’andante
Mélancolique aux flots brisés.
Ah que ne fleure ton silence
Sur le baume argenté des lys
Jaunes. Immortelle pensée !
Regrets délicieux au vent d’or,
Ma main caresse l’espoir vide
Où pleuvent des aurores vermeilles.
La lueur s’éteint sur ses pas.
Tout s’estompe.
Et la romance décline,
                                     A jamais.
Des quais de Paris, soyez Reine.


Roland Muhlmeyer
Roland Muhlmeyer est guitariste classique de formation. Il apprend le chant lyrique, deux matières qu'aujourd'hui encore il enseigne. Il se spécialise par ailleurs dans le chant grégorien, qu'il a également enseigné. Il a écrit des poèmes dans sa jeunesse qui ont paru dans quelques publications. Après un long repos poétique, il s'est remis à écrire. Il a le souci du rythme, des couleurs, des mots dans ses textes qu'il traite comme une partition de musique contemporaine.
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L'île
Annick PIPAUD

y

Le cœur s’y retire pour entendre les murmures de l’âme.
Sur ses sentiers sinueux, la pensée s’apaise.
Le cri d’un oiseau offre un doux refuge.
L’éclat et la fragrance des ajoncs soutiennent des pas harassés.
Un souffle, entre deux silences, dévoile un secret oublié.
Le vent effleure la raison.
La mer respire lentement.
Les vagues éloignent les épreuves.
L’île veille.



D'île en île
Nathalie LAURO

y

Je vais d’île en île
comme on traverse les années
avec un peu de sel sur la peau
et dans les poches
des morceaux d’hier


Certaines îles ont gardé mon rire
d’autres
le silence de ceux qui sont partis


J’y ai laissé des étés
des chambres ouvertes sur la mer
des matins couleur de nacre
et quelques amours
que la marée a repris


Je ne sais plus
si je cherche encore quelque chose


peut-être seulement
ce moment fragile
où la terre disparaît derrière moi
et où rien n’existe encore devant


Alors je regarde l’horizon


une autre île se dessine
dans la lumière
et je repars
avec cette étrange certitude
que nous passons notre vie
d’île en île
à croire que nous voyageons
quand nous ne faisons peut-être
que revenir à nous-mêmes


Illustration : © Nathalie LAURO



Mon île, mon refuge
Marie MINOZA

y

C’est une île sauvage
Blottie dans mes pensées,
Refuge où je voyage
Quand mon cœur est griffé…


C’est une île d’enfance
De jardins et de fleurs,
De joie et d’espérance
Sans douleur et sans peur…


C’est une île où se noie
La musique du temps
Quand le ciel est de soie
Sur des reflets d’instants…


C’est une île de rêves
Où les pluies sont promesses
Et sèment sur ses grèves
Des perles de tendresse…


C’est une île secrète
Peuplée de doux mirages
Pour les âmes en quête
D’amour et de partage…


C’est une île où voyagent
Des notes de silence
Jouées par les nuages
Sur des portées de paix…


C’est un p’tit confetti
Dans l’océan des songes,
Une étoile endormie
Loin de tous les mensonges…

Illustration : © Marie MINOZA



L'île aux fous
Claude DUSSERT

y

À quelques encablures du port de Ploumanac’h
Le rose du granite est un décor princier.
Le Roi des fous règne ici en seigneur
Les manants sont bannis, sous peine pécuniaire.


Noyée ce matin-là dans la brume océane
L’île semble éclore sous l’aile des oiseaux
Comme un œuf posé en suspension sur l’eau.
Elle érige sa pointe aux rayons matinaux.


Après cette nuit fraîche aux plumes des oiseaux
Une brise marine venue du continent
Enfante de l’écume aux vagues sauvageonnes
Qui se jettent en cadence à l’assaut des rochers.


Nul ne peut venir sans y être invité
Car l’île a des secrets qu’il faut sauvegarder.
Pour dire la vérité, malvenue aux curieux
Qui viendraient en cachette contaminer ces lieux.


Les bruyères et genêts sont des abris de choix
Le spectacle se joue dans le creux des falaises
Quand les bébés foutraques au vent ébouriffés
Attendent en piaillant leur première becquée.

 

Foutraque : fou, extravagant



L'île d'elle
Christian SATGÉ

y

Sous un ciel de soie qui se fait de suie
L’air est tissé de questions sans réponse,
Le vent mauvais hache nos mots et les ponce ;
Notre souffle en souffre et, embué, le suit.


Je finirai ici, sans l’aide d’un missel,
Sans rien laisser de moi parmi les raiponces.
Pas un mot. Pas un doigt. Néant universel.


L’air insupportable, en son linceul de sel,

Avec tes cheveux libérés me bâillonne, 
M’entête de ses chevaux ; tonnant barcel,
Le flux brouillonne quand le reflux bouillonne.


Là-bas, les vitres suent. Des mains les essuient.
Ce sont gens lointains que la mer aiguillonne.
Sans collier ni laisse, un chien nous suit.



De Mayotte à la Réunion de rêve
Hayat AIT-BOUJOUNOUI

y

Sur l’archipel aux ocres bleues d’Octobre,
S’élève un regard vers l’horizon.
L’océan est calme à cette heure matinale,
Kélidé le sait depuis longtemps.


Les nuages sont ailleurs,
Posés à des centaines et des centaines de là,
Voire à des milliers de kilomètres.

La chaleur est déjà forte,
Même du haut du relief accidenté.
Kélidé descendra la vallée tout à l’heure,
Pour retrouver la foule de Mamoudzou.


Il fallait à tout prix se lever tôt,
Pour se revigorer sur les hauteurs de l’île.


Kélidé ne portera plus l’aigreur des jaloux.
Elle partira au loin sur cette île invisible à l’œil nu
Qu’elle a connue dans les livres.


Sa sœur aînée lui en a aussi tant parlé :
« A la Réunion, l’Océan sera toujours ta paix et ta solitude. »

 

Mamoudzou : commune française, chef-lieu de Mayotte (département d'outre-mer)



Mon île ailée
Mokhtar EL AMRAOUI

y

Je ferais naître une île ailée tel un enchanteur
Elle voltigerait en douce apesanteur 
Il y aurait sur son dos des chants de bonheur
Bien loin des lourdes sombres heures 

Elle prendrait vers d'interminables voyages
Arbres plantes fleurs et êtres de tous âges 
Paix et amour n'y seraient plus mirages
On n'y jetterait aucune âme aux naufrages

Elle offrirait à ses habitants maints délices
Plein de douceurs loin de tout supplice
On n'y connaîtrait ni haines ni sévices 
Tu y serais ma Pénélope j'y serais ton Ulysse
 
03/09/2026


L'île aux oiseaux
Alain HANNECART

y
L’eau source de toute vie attire tous les oiseaux
Aussi dès qu’apparaît une île entourée d’eau
Les oiseaux pourvus d’ailes y tiennent leurs conciles
Des mats portant des voiles défilent sur les eaux
Et celles qui rêvent d’ils et ceux qui rêvent d’elles
Attirés par les îles se sentent pousser des ailes

© Alain Hannecart (1955-aujourd'hui)
Poète et écrivain français, Alain Hannecart est également professeur universitaire et chercheur en sciences de l’éducation.
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Mon île de papier
Marie-José PASCAL

y

Sur mon île de papier, les tempêtes se font rares,
et les mots coulent à flots tels des ruisseaux
en folie qui traversent mon esprit aussi vifs
que l’éclair.
Quelquefois une ombre passe et s’obstine
à me hanter,
Je reprends alors ma plume pour exorciser
d’un trait, mes plus vilaines pensées.
Au coeur de mon univers protégé et solitaire,
je me sens pousser des ailes pour vibrer
à la beauté.
Et ivre de couleurs, de musique, de chansons
Je remplis la feuille vierge pour y traduire
l’émotion, mot à mot, je m’évertue
à édifier un rempart contre les vagues de haine,
de violence et de colère.
Sur mon île de papier, l’horizon est dégagé
de toutes les sombres nuées.


© Marie-José Pascal (1952-aujourd'hui)
Marie-José Pascal écrit depuis l'enfance. Membre de l'association Le Capital des Mots, sociétaire de L'Académie internationale L'école de La Loire, elle a été publiée dans de nombreuses revues et anthologies : Humanisme Harmonie, Florilège, l'Etrave, Traversées, revue numérique des citoyens des lettres, anthologie Flammes vives, de l'Humain pour les Migrants. Elle a reçu le Prix Charles Péguy 2020. En 2021 : le prix Hubert Fillay 2021 pour le recueil « A deux voix » co-écrit avec Alain Morinais, le prix Jules Supervielle 2021 pour le recueil « Lanterne de papier », le prix Qualité des Arts. En 2023, le Prix Paul Verlaine et 2024, le Prix Jacques Prévert.
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Partir
Pierre PAYSAC

y

Demain dès l’aube, et sans vouloir me retourner,
Je partirai très loin sur des mers incertaines.
Sans but et sans regrets, au gré des alizés,
Me laisserai porter où mon destin me mène.
Guidé par les étoiles, quand mon cœur vagabonde,
Accostant sans émoi sur des terres inconnues,
Je parviendrai peut-être jusqu’au bout de ce monde
Où ne rencontrerai que des âmes perdues.
Et quand je reviendrai des rêves plein la tête,
Tel Ulysse en Ithaque, après son odyssée,
Je me dirai, de fuir, il faut que je m’arrête,
Et continuer ma vie là où je suis né.


Pierre Paysac (1948-aujourd'hui)
Fréquentant un atelier d'écriture depuis plus de dix ans, Pierre Paysac a publié son premier recueil, Errance, en 2021, aux éditions Persée. Son deuxième recueil est en cours d'édition. Il a par ailleurs participé au concours Poetika 2023 et Le chant d'un marin a été remarqué par les membres du jury.
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Îles
Blaise CENDRARS

y

Îles
Îles
Îles où l’on ne prendra jamais terre
Îles où l’on ne descendra jamais
Îles couvertes de végétations
Îles tapies comme des jaguars
Îles muettes
Îles immobiles
Îles innombrables et sans nom
Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais bien aller
Jusqu’à vous.


Blaise Cendrars (1887-1961)
Ecrivain et poète suisse, Blaise Cendrars interrompt ses études de médecine et de lettres pour voyager à travers le monde. Aventurier, bourlingueur, il publie son premier poème : "Les Pâques" lors dun séjour à New York. S'engageant dans la Légion étrangère pendant la Première guerre mondiale, il y perd un bras. Il obtient la nationalité française en 1916 et décide de se tourner vers le roman après un séjour au Brésil. L'œuvre de Blaise Cendrars, poésie, romans, reportages et mémoires, est placée sous le signe du voyage, de l'aventure, de la découverte et de l'exaltation du monde moderne où l'imaginaire se mêle au réel de façon inextricable.
Autre texte :
Tu es plus belle que le ciel et la mer

Sa biographie sur Wikipédia


Redécouverte
Guy TIROLIEN

y

Je reconnais mon île plate, et qui n’a pas bougé
Voici les Trois-Ilets, et voici la Grande Anse
Voici derrière le Fort, les bombardes rouillées.
Je suis comme l’anguille flairant les vents salés
Et qui tâte le pouls des courants.


Salut île ! C’est moi. Voici ton enfant qui revient.
Par delà la ligne blanche des brisants
Et plus loin que les vagues aux paupières de feu
Je reconnais ton corps brûlé pas les embruns.


J’ai souvent évoqué la douceur de tes plages
Tandis que sous mes pas
Crissait le sable du désert
Et tous les fleuves du Sahel ne me sont rien
Auprès de l’étang frais où je lave ma peine


Salut terre matée, terre dématée !
Ce n’est pas le limon que l’on cultive ici,
ni les fécondes alluvions.


C’est un sol sec, que mon sang même
N’a pas pu attendrir,
Et qui geint sous le soc comme une femme éventrée.


Le salaire de l’homme ici,
Ce n’est pas l’argent qui tinte clair, un soir de paye,
C’est le soir qui flotte incertain au sommet des cannes
Saoules de sucre.
Car rien n’a changé


Les mouches sont toujours lourdes de vesou,
Et l’air chargé de sueur.

Extrait de Balles d'or, Présence africaine, 1982

 

Vesou : le vesou est le moût extrait de la canne à sucre. C'est la base du rhum agricole et de la cachaça, de la cassonade et du « pain de vesou » (ou panela, rapadura), et aussi le jus brut au départ de la production du sucre de canne.


Guy Tirolien (1917-1988)
Poète guadeloupéen né à Pointe-à-Pitre, Guy Tirolien y effectue ses études secondaires avant de les continuer en France à partir de 1936. Il entre à l'École nationale de la France d'outre-mer et en sortira diplômé après la Seconde Guerre mondiale. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est fait prisonnier avec Léopold Sédar Senghor. Libéré en 1942, Guy Tirolien s'engage dans le combat de la Négritude, aux côtés de Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas quand ceux-ci fondèrent ce mouvement littéraire. Il devient administrateur colonial en Afrique de l'Ouest et mène ensuite une carrière de fonctionnaire international auprès de l'ONU. Il est l'auteur d'une œuvre célèbre Prière d'un petit enfant nègre (1943) reprise dans son recueil Balles d'or publié aux éditions Présence africaine. Ce poème raconte l'histoire d'un enfant noir qui ne veut plus aller à l'école des blancs. Il signe aussi Feuilles vivantes au matin toujours chez le même éditeur.
Sa biographie sur Wikipédia

Les îles
Alphonse BEAUREGARD

y

Au large, dans l'attrait d'un fier isolement,
Apparaissent les îles
Où parfois en rêveur, en chasseur, en amant
À la sourdine on file.


N'importe où l'on aborde, avidement on fait
Le tour de son royaume,
Et la tente, sitôt dressée, est un palais
Que l'atmosphère embaume.


On se trouve lié d'instinct aux voyageurs
De tout bateau qui passe.
On a de l'intérêt pour les hérons guetteurs
Grimpés sur leurs échasses.


On muse sur la grève, on fauche pour son lit
Les rouges salicaires
Par quoi l'île transforme en élégants replis
Marais et fondrières.


L'éloignement du monde infuse dans l'air pur
Un subtil aromate.
On écoute en son cœur, près de l'eau, sous l'azur
Chanter une sonate.

On s'en revient les yeux fixés là-bas, et tel
Qu'aux jours de sa bohème ;
Heureux d'avoir été, dans le calme archipel,
Splendidement soi-même.


© Alphonse Beauregard (1881-1924)
Poète québécois, Alphone Beauregard suit un cours commercial à l'Académie Girouard de St-Hyacinthe. Il doit abandonner ses études à la mort de son pèreen 1892. Il pratique alors divers métiers, tels qu'employé à la manufacture de chaussures Côté (1892-1899), comptable pour la Compagnie Singer ou commis au port de Montréal. En parallèle, il publie des poèmes dans des revues et journaux. Son premier recueil de poésie, Les Forces, paraît en 1912 et son second, Les alternances, en 1921. il est reçu à l'École littéraire de Montréal. De 1911 à 1922, il occupe le poste de secrétaire de l'École, puis, en 1922, il est élu président. Il meurt asphyxié au gaz le 15 janvier 1924.
Sa biographie sur Wikipédia

Les îles de la lune
Bertrand TARDÉ

y

La Grande Comore

 

Marins omanais et yéménites croisant au large
Intrigués par ce halo mystérieux
Qui embrasait la silhouette de l'île sous la nuit étoilée
Lui assignèrent la lune en oracle de son destin.
Vision prémonitoire d'une Grande Comore
Majestueuse dans les décombres.
Mais vision abusée par les furies nocturnes du volcan Karthala.
Qu'importe ! La liste des visiteurs impressionne.
Le roi Salomon y débarqua ainsi que la reine de Saba
Précipitée par les djinns dans les entrailles du volcan.
Les frères poètes de Dieppe en route pour Sumatra
Et le grand Vasco, à deux virées de bord de rentrer dans l'Histoire.
Aujourd'hui on y embarque plutôt qu'on y débarque.
La grande mosquée en impose au cœur de stone town
Blottie entre les darses du port
Où sommeillent les boutres, bercés par la mélopée souffie de la brise.
Un monde où l'espoir ne peut venir que de son Histoire.
Le retour de son plus ancien visiteur est-il un signe ?
Le cœlacanthe et son armure forgée à l'aube du monde.

 

La Grande Comore est une île formant un État fédéré de l'union des Comores. C'est la plus peuplée et la plus grande des îles de l'archipel des Comores. Capitale : Moroni.
Djinn : dans le Coran et les légendes musulmanes, être intelligent, généralement malfaisant, créé de feu, entre l'homme et l'ange, qui peut apparaître sous différentes formes.
Darse : bassin abrité à l'intérieur d'un port.
Boutre : petit voilier arabe traditionnel en bois
Souffie : d'origine mystique musulmane
Cœlacanthe : poisson de grande taille longtemps connu à l'état de fossile, habitué des grands fonds.


© Bertrand Tardé (1953-aujourd'hui)
Né à Bordeaux, Bertrand Tardé a effectué des études supérieures à l'université de Caen et obtenu une maîtrise de langues scandinaves et une licence de sociologie. Actuellement retraité, il a été journaliste free lance pour des journaux et magazines nationaux comme Thalassa, Grands reportages, Historia, L'événement du Jeudi, etc. Il a été responsable du service culture du Journal de la Réunion. Il a également donné des conférences sur la Jangargh Kalam school (art tribal indien contemporain) et travaillé pour l'encyclopédie de la maison Atlas. Il a publié plusieurs récits de voyages, des nouvelles et la biographie de Jorgen Jorgensen, explorateur danois.

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L'île sur le lac, à Innisfree
William Butler YEATS

y

Que je me lève et je parte, que je parte pour Innisfree,
Que je me bâtisse là une hutte, faite d’argile et de joncs.
J’aurai neuf rangs de haricots, j’aurai une ruche
Et dans ma clairière je vivrai seul, devenu le bruit des abeilles.


Et là j’aurai quelque paix car goutte à goutte la paix retombe
Des brumes du matin sur l’herbe où le grillon chante,
Et là minuit n’est qu’une lueur et midi est un rayon rouge
Et d’ailes de passereaux déborde le ciel du soir.


Que je me lève et je parte, car nuit et jour
J’entends clapoter l’eau paisible contre la rive.
Vais-je sur la grand route ou le pavé incolore,
Je l’entends dans l’âme du cœur.


William Butler Yeats (1865-1939)
Poète et dramaturge irlandais, W.B. Yeats était le pilier de la littérature irlandaise et a contribué à la fondation du théâtre Abbey. Il a exercé deux mandats en tant que sénateur de l'état libre d'Irlande. Poète symboliste, utilisant des images allusives et des structures symboliques tout au long de sa carrière, il a choisi des mots et les a assemblés de manière à suggérer, outre un sens particulier, des pensées abstraites qui peuvent paraître plus significatives et résonnantes. Il a reçu le prix Nobel de littérature en 1923.
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→ Citations autour du thème

Chacun de nous porte en lui ces propres îles, refuges contre la bêtise, la laideur et la sourde contrainte d'un ordinaire non-désiré.
Jacques CHANCEL


Les îles sont de petits continents en abrégé.
Jecques-Henri BERNARDIN DE SAINT-PIERRE


Les îles sont toujours des frontières face au monde.
José Carlos LLOP


Quand la mer est de nuages, les montagnes sont des îles.
Sylvain TESSON


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