Nouveaux auteurs sur cette page : Joseph POMMIER, Paul ECOLE, Pierre DELANOË

Portrait ou autoportrait



Ainsi sois je
SEDNA

y

Jupon carmin, je suis coquelicot.
Dans les prés, je bâtis des cathédrales.
Herbe sauvage au milieu du fagot
Des soleils qui soulèvent mes pétales.


Sur la haute branche, je suis oiseau.
Rouge-gorge ou hibou, je vagabonde.
Un battement d’ailes sous le rideau
Des nuages pour conquérir le monde.


Je suis le printemps au bal des saisons
Qui chasse des aubes les jours de doute.
Je suis la promesse vers l’horizon,
Des graines d’espoir semées sur la route.


Clapotis ou ressac, je suis la mer
Qui fend la lumière tel un mirage.
Apaisante l’hiver comme l’été,
Pour ton âme en paix, je suis le passage.


Étoile assise sur l’éternité,
Dans l’onde des nuits, je suis la grande Ourse.
Si je réinvente l’inachevé,
C’est pour contrôler la terre et sa course.


Sur la main du vent, je suis alphabet.
Dans un lâcher de silence, un poème
Saborde les ombres tel un soufflet
Et chaloupe vers mon pays bohème.


Enchaîné aux futaies du cœur ému,
Je suis sentiment sous l’humus de l’heure.
L’amour dévale les pentes, repu
Quand la passion demeure, ainsi-soit je.


Ainsi soit je



Anamorphose
Joseph POMMIER

y

C’est moi ça dommage
Cette ogive banale clipsée
Sur un embout de métal


J’imaginais quelque chose de plus affriolant
Qui suggère la déférence
Et même une gueule carrément affolante


Je reste avec cette ressemblance cruelle
Agissant comme une sangle
Qui me serre et m’étrangle


Étrange accolade duel sans trêve
Dont le résultat est un plongeon
Dans un silence compassionnel


© Joseph Pommier
D'origine savoyarde, Joseph Pommier vit aujourd’hui à Strasbourg. En retrait des affaires courantes après avoir exercé des fonctions au sein d’un service public régalien, il s’efforce de donner à sa vie un tour poétique. Il a publié dans diverses revues.


Autoportrait au trait
Christian SATGÉ

y

Le poète hélas se doit aujourd’hui
Pour exister d’être un peu plus que lui :
Il lui faut jouer le batteur d’estrade,
Le bretteur de tréteaux jamais en rade.
Félibre, baladin ou troubadour :
Me voilà donc aède de faubourg,


Je suis bateleur de chapiteaux, barde
Des temps nouveaux en mes vieilles hardes
De vocabulaire et jongleur de mots
Pour rimailler prou sur tous vos bons maux.


Je me sens ménestrel qui, en cigale,
Se fait chantre, avec égale fringale,
Chansonnant et notre monde et nos mœurs
En quelques fables où je joue au rimeur.


Étant un trouvère inconnu des foules
Plus écrivant qu’écrivain, je chamboule
En vers ce qu’on croit trop bien établi,
Ma plume allant aux vents vains de l’oubli,
Mes feuilles se donnant sans fin aux Muses
Qui, de moi, sans fin, encore s’amusent…



Sinique
Martin ZEUGMA

y

Si j’étais un poème, je serais celui qu’il reste à écrire.
Si j'étais un autre homme, j'aimerais devenir moi-même.
Si j’étais une pierre, je serais d’eau.
Si j’étais une eau, je serais de vie.
Si j’étais un lapsus, je sortirais de ta bouche.
Si j’étais un plat cuisiné, je serais mijoté.
Si j’étais un métier, je serais à tisser.
Si j’étais un vêtement, je serais la brise mariée au soleil.
Si j’étais un oiseau, j’en serais un qui monte haut, qui vole loin, qui plane longtemps.
Si j'étais toi, je serais ton amour.
Si j'étais un animal, je serais une orque.
Si j'étais Président, j'aimerais être ailleurs et quelqu'un d'autre.
Si j’étais un ciel, je serais de traîne.
Si j’étais une chanson, je serais de geste.
Si j’étais un bruit, je serais l’accélération soudaine des battements de ton cœur.
Si j’étais un sens, je serais interdit.
Si j'étais un paysage, il serait nu et dévasté.
Si j'étais une planète, elle serait inaccessible à la folie humaine.
Si j'étais une pièce de la maison, je serais les indispensables toilettes.
Si j'étais un moment de la journée, ce serait me réveiller à tes côtés, constater que je suis encore vivant, et voir tes yeux s'ouvrir sur mon sourire.
Si j'étais un livre, toutes mes pages seraient vierges.
Si j'étais un personnage de fiction, je tuerais mon auteur pour écrire à sa place.
Si j'étais un mot, je serais dictionnaire.
Si j'étais un fruit, je serais l'ananas.
Si j'étais un film, je serais celui de tes seins ballottant au-dessus de mon visage sans qu'il n'y ait jamais de générique de fin.
Si j'étais une lettre, je serais d'amour.
Si j'étais un accessoire, je serais une canne.
Si j'étais un super pouvoir, je transformerais mes pensées en réalités.
Si j'étais une musique, je serais Chopin.
Si j'étais un plaisir, ce serait le tien.
Si j'étais un gros mot, la taille ne compterait pas.
Si j'étais un véhicule, je serais le sang, en perpétuelle circulation, et qui revient toujours au cœur.
Si j'étais un objet du quotidien, je serais une clef.
Si j'étais une devise, elle serait DUM POTES VIVE.
Si j'étais une fête, elle serait dans tes bras.
Si j'étais une odeur, elle serait la tienne, quand tout le reste a disparu.
Si j'étais un art, ce serait ma langue glissée entre tes phrases.
Si j'étais une boisson, ce serait ta bouche inassouvie.
Si j'étais un dessert, ce serait ton sexe et son goût de gémir.
Si j'étais une qualité, je serais la sincérité.
Si j’étais un portrait chinois, au final je mentirais.


© Martin Zeugma 
Né au milieu des années 1970, Martin Zeugma a commencé à écrire à l'âge de 13 ans sur la machine à écrire à ruban de sa mère, qui enseignait le secrétariat. Il n'a jamais arrêté, même s'il a souvent changé de machine. Depuis 1997, il a publié dans 80 revues francophones (France, Belgique, Suisse, Sénégal, Canada, Haïti, Cameroun) des poèmes, des nouvelles, et des études bio-bibliographiques (notamment sur Jean-Pierre Duprey et Paul Valet). Il a participé à plusieurs anthologies : une de nouvelles fantastiques aux éditions La Clef d'Argent, une de nouvelles érotiques aux éditions Alopex, et trois de poésie aux éditions Luna Rossa.
Entretien avec l'auteur
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Le dictateur et son sosie
Pierre PAYSAC

y

Charlie Chaplin, le dictateur
Devant la foule ensorcelée,
Discours de haine et de terreur,
Dans la stupeur, monde emporté.
Contre la vie, le choix des armes,
Et tous les peuples dominer,
Du canon, soudain le vacarme
Dans une Terre déchirée…
Puis un beau jour, vient le sosie
Du dictateur qui haranguait
Hommes et femmes autour de lui.
Discours dès lors porteur de paix.
Même foule naguère charmée
Par le tyran si maléfique,
Se trouve soudain emportée
Par le même homme aux mots magiques…

Le Dictateur : premier film parlant réalisé par Charlie Chaplin en 1935, sorti en 1940. Conçu avant la Seconde Guerre mondiale, ce film est le plus grand succès commercial de Chaplin et contribue à mobiliser l'opinion publique nord-américaine (mars 1941 aux États-Unis) en faveur des démocraties européennes, à une époque où seul le Royaume-Uni résistait à l'Allemagne nazie.



Ton portrait
Jean-Pierre FASSBENDER

y

Aurai-je assez de mots pour peindre ton portrait,
Ou vais-je ton visage en gommer quelques rides,
De ma palette, un ton, puis l’autre plus timide,
Toi l’amour de ma vie aux plus joyeux attraits…


Ton sourire, un soleil, sur la toile y sera,
Ô ton minois si doux, ô ta moue angélique,
Le subtil de tes yeux, envoûtant, mirifique,
Un tableau qui, au mur, fasse miroir de toi. !


De la plume au pinceau comment rendre sublime,
Ton allant, ton aura, illustres pour un temps ;
Si chantants, si parlants, ce que moi j’aime tant,
Qu’est ton charme émouvant et tes frissons ultimes…


Je sais que ton regard est un si beau chemin,
Etrange teint de peau sans trop de maquillage :
« Je vaux mieux qu’un chef d’œuvre en cymaise ou en cage »,
Semble dire ta voix : « Reprends ton parchemin ! »


Mon chevalet à moi c’est un cahier d’école,
Mon encre le remplit, et c’est à bon dessein,
Je préfère mes vers qu’une ébauche, un dessin,
Pour saisir, au plus vrai, ta candeur si frivole…


Plus belle tu seras dans mes troublants écrits,
Où ma main artisane aussi te portraitise,
J’irise autant ton âme et te la poétise
En la valorisant tel un serment souscrit…

1er septembre 2026


© Jean-Pierre Fassbender (1955-aujourd'hui)
Amateur poète, rimailleur pas trop médiocre (tel qu’il se définit), Jean-Pierre Fassbender (nom de plume : JP F Sitting Bull) est né à Flémalle-Grande en province de Liège. Dès l’âge de 13 ans attiré par la beauté des mots, dans un cours de diction, il découvre en s’exerçant avec son professeur, « Les Conquérants » de l’œuvre de José-Maria de Heredia, cet enseignant l’initiant comment mettre en valeur un texte par la parole. C’est la révélation de l’alexandrin et de ses contraintes métriques classiques. Difficulté ou jonglage, ce défi pointilleux le séduit. Il est captivé, deux ans plus tard, par Georges Brassens et d’autres chanteurs-poétes qui lui donnent l’envie de prendre la plume. Alors adolescent, il s’essaie laborieusement à des vers hésitants, à des premières créations de jeunesse, toujours dans l’envie de voler esthétiquement un peu plus haut. C’est bien entendu le temps, la sagesse et la sérénité, lents à venir qui le feront s’améliorer dans l’écriture. L’âge mûr s’installant, la confiance, la rigueur, et encore le doute malgré tout, s’il écrit encore et toujours avec plus d’autodiscipline, il découvre que le besoin de rimer lui procure une jubilation énorme ainsi qu’une thérapie salutaire, un exutoire bénéfique en quelque sorte. Alors pourquoi s’en priver ? Il a remporté le Troisième Prix au concours Poetika 2026.
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Portrait en pied « M’as-tu-vu »
l’esclave du miroir

Jacques BASCHIERI

y

Il porte son prestige au bout de chaque cil
Cherchant dans les regards un miroir à son être
Il entre dans la pièce avant même d'y être
Le menton vers les cimes, les yeux en exil


Son « je » est un donjon, et l’égo son armée
S'il vous salue enfin, c’est d’un air de monarque
Qui concède à la plèbe une infime remarque
Car toute vérité par sa bouche est formée


Il parle de ses biens comme on cite la Bible
Avec des noms latins pour masquer ses faiblesses
Pédantisme étalé en tartines épaisses
Il fait de votre ennui sa plus facile cible


« C’est plus complexe, ami, restez à votre place »
Vous n'êtes à ses yeux, qu’un modeste amateur
Il est le seul gourmet, le seul vrai connaisseur
Si vous glissez un mot, il vous coupe, il vous glace


Majesté m’as-tu-vu, il s'exhibe et s'installe
 D'un sourcil circonflexe, il jauge votre mise
L’esprit l’indispose votre ton l’atomise
Pour lui chaque trottoir se transforme en escale


S'aimer à ce niveau, est pour lui un symbole
Vivre dans un miroir, est son plus beau voyage
Enfermé pour toujours dans son propre mirage
Quel dur labeur pour lui d'être sa propre idole 



Gens du monde
Françoise BIDOIS

y

L’invite est lancée !
Ils arrivent par petits groupes
On s’embrasse et l’on rit
La table est garnie
Les yeux s’accrochent
Les amuse-gueules
Sont bien tentants
Les bouteilles sont au frais
Les groupes se forment
Un brouhaha bientôt se lève
Les verres aussi tintent
Ils trinquent à leur santé
À celle des autres
Sobrement ils rient
S’écoutent-ils ?
Peu importe, ils sont là
Ils échangent les potins
Ils parlent politique
Le ton monte encore
Puis il y a ceux qui s’écartent
Viennent picorer en douce
Puis plus ardemment
Et cette main qui tient
Le même verre étrange
Toujours plein ou toujours vide
Jamais à la mi-temps
Quand on l’observe il va
Aux bouteilles et offre
Un coup à droite l’autre pour lui
Un coup à gauche l’autre pour lui
Il semble suivre les propos
Rit en même temps que les autres
En fait il n’écoute personne
Il veille à ce que nul ne le voit faire
Il prend sa cuite mondaine
Droit comme un clergyman
Sa religion c’est l’alcool
Sa foi est dans la soulerie
Celle qui lui donnera l’importance
Que les autres ne lui donne
Quand l’audace le prendra
Ils lui tourneront le dos
Mais il ne s’en rendra plus compte
Comme les autres il dira
Ce fut une excellente soirée.


© Françoise Bidois (1939-aujourd'hui)
D'origine brestoise, Françoise Bidois a été enseignante puis a continué sa carrière dans l'artisanat en couture-confection. Elle vit en Vendée depuis 1977. Sociétaire des Ecrivains de Vendée, elle a également dirigé un atelier d'écriture pendant dix ans et participé à de nombreux concours de poésie. Elle a publié plus d'une dizaine de recueils ainsi que des contes et nouvelles. Elle illustre elle-même ses poésies de dessins pastel et photos.
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A ma mère
Marie-José PASCAL

y

Tu es bien loin déjà,
Et ta présence me manque
Quand je doutais de moi : tes phrases syncopées
Tes silences bienveillants réveillaient tant d’espoir !
Tu ne jugeais jamais, tu ne te moquais pas
Femme de tous les combats liée au quotidien
Par amour pour les tiens. Femme éprise de justice
N’ayant peur de rien, tu avançais dans l’ombre
Calme et inflexible davant l’adversité.
Tu étais mon rempart et aussi mon moteur.
Toi, l’enfant orpheline, élevée en pensionnat.
Toi qui avait connu les horreurs de la guerre,
La soupe populaire et le quignon de pain,
Tu étais ma lumière à toute heure du jour.
Tu es bien loin déja ma reine sans diadème !
Et je voudrais te dire encore combien je t’aime !
Même si les mots me manquent autant que ta présence.


© Marie-José Pascal (1952-aujourd'hui)
Marie-José Pascal écrit depuis l'enfance. Membre de l'association Le Capital des Mots, sociétaire de L'Académie internationale L'école de La Loire, elle a été publiée dans de nombreuses revues et anthologies : Humanisme Harmonie, Florilège, l'Etrave, Traversées, revue numérique des citoyens des lettres, anthologie Flammes vives, de l'Humain pour les Migrants. Elle a reçu le Prix Charles Péguy 2020. En 2021 : le prix Hubert Fillay 2021 pour le recueil « A deux voix » co-écrit avec Alain Morinais, le prix Jules Supervielle 2021 pour le recueil « Lanterne de papier », le prix Qualité des Arts. En 2023, le Prix Paul Verlaine et 2024, le Prix Jacques Prévert.
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Obésité
Annick PIPAUD

y

L’obésité est-elle une fatalité ?
Héritée d’une parenté ?
Confrontée à un défi santé ?
Que de difficultés !


Amitié délitée
Par une beauté réfutée.
Lâcheté imméritée,
Vérité contestée.
Obséquiosité teintée de cruauté.


Unité de l’été,
Restée dans la sobriété.
Authenticité tentée en aparté,
Complicité désenchantée,
Familiarité délestée,
Humilité.


Satiété ratée.
Pièce montée étêtée.
Biscuité édenté.
Naïveté achetée :
« Vous prendrez bien une tasse de thé ? »



Suis-je l'homme de mes poèmes ?
Va savoir...

Didier COLPIN

y

La poésie est un miroir
C’est l’être humain qui s’y reflète
Pour un reflet sur la sellette
L’âme au scalpel ouvre un tiroir…

Dans un miroir mis en lumière
L’être se livre en un grand cri
Du translucide alors s’écrit
Même s’exhibe et sans manière…

Dans un miroir mis dans l’obscur
L’être se livre en demi-teinte
Seul un bruit sourd dans ce cas tinte
Comme étouffé par un grand mur…

Dans un miroir courbant l’image
Le réel est défiguré
Conclure est donc prématuré
Aussi le faire est bien dommage…

Dans un miroir tout abîmé
Nous n’observons qu’une partie
En sainte-horreur en sympathie
Loin du secret bien arrimé…

Dans un miroir quand c’est un masque
Que l’on perçoit que cache-t-il
La vérité dans cet exil
Sait nous tromper d’un air fantasque…

Bref au final que voyons-nous
Tout est fondu tout se mélange
Le sentiment qui se vendange
N’est rien qu’un vin fait d’aigre-doux…



L'enfant des nuées
Mokhtar EL AMRAOUI

y

Enfant des nuées 
Spectrale est ta demeure 
Dans la boue de l'oubli

Tu as pour échos à tes appels
Les perfides épines 
Du temps des menteurs
Tueurs de tes rêves 
Assassins de tes espoirs

Ils étranglent tes mondes
De leurs costumes de ténèbres
Immondes aux ombres acérées 

Enfant dénué
Tu cries ta faim ta soif 
D'eau et de lumière
Dans  ton sarcophage de calvaires
Où il t’est interdit  de vivre et d'aimer 

in "Nouveaux poèmes", 20/11/2022


Pour toi
Myriam CLOWEZ

y

Quand elle dessinait
Les ombres et les lumières
Une peinture pénétrait
Son âme et ses chimères.
Alors elle devenait
C’était une évidence
Entre tubes et papiers
Une fée en puissance.
D’une toile sur chevalet
Surgissait un croquis
Des personnages naissaient
Et racontaient la vie.
Pour toutes ces couleurs
J’étais reconnaissante
Elle était mon âme sœur
C’était ma confidente.
Un été mon amie
A pris la diligence
La faucheuse l’a saisie
Et j’ai connu l’absence.



Je n'ai plus que les os...
Pierre de RONSARD

y

Je n’ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.
 
Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m’a trompé ;
Adieu, plaisant Soleil, mon œil est étoupé,
Mon corps s’en va descendre où tout se désassemble.
 
Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un œil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant la face,
 
En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m’en vais le premier vous préparer la place.

Derniers vers, 1586


© Pierre de Ronsard (1524-1585)
"Prince des poètes et poète des princes", Ronsard est une figure majeure de la littérature poétique de la Renaissance. Il fonde dès 1544 à Paris le groupe de la Pléiade aux côtés de Joachim du Bellay. Grand humaniste, il veut une poésie inspirée de l'antiquité tant au niveau des thèmes qu'au niveau de la mythologie : il renoue avec Homère, Virgile et Horace.
Autre texte :
Les poètes l'ont si bien dit

→ Sa biographie sur Wikipédia

Ecce Homo
Serge GAINSBOURG

y

Et ouais c'est moi Gainsbarre
On me trouve au hasard
Des night-clubs et des bars
Américains c'est bonnard
Ecce homo


On reconnaît Gainsbarre
À ses jeans à sa bar-
Be de trois nuits ses cigares
Et ses coups de cafard
Ecce homo


Bizarre ce Gainsbarre
Il est cool faut croire
Que de tout il en a
rien à cirer enfin faut voir
Ecce homo


Et ouais cloué le Gainsbarre
Au mont du Golgothar
Il est reggae hilare
Le coeur percé de part en part
Ecce homo


Serge Gainsbourg (1928-1991)
Auteur-compositeur-interprète français, artiste peintre, scénariste, écrivain, acteur et cinéaste, Serge Gainsbourg (Lucien Ginsburg) accède à la notoriété en tant qu'auteur-compositeur-interprète, abordant de nombreux styles musicaux. Il s'essaie également au cinéma et à la littérature, réalise plusieurs films et vidéo-clips et compose plus de quarante musiques de films. Dans les années 1980, il s'invente un alter ego appelé « Gainsbarre ». Ses débuts sur scène sont difficiles en raison de son physique peu conventionnel. Toute sa vie, Serge Gainsbourg souffre de la peur d'être rejeté et de sa conviction qu'il est laid. Au fil des années, il se crée une image de poète maudit et provocateur, mais pas pour autant en marge du système. Auteur prolifique de chansons pour d'autres artistes, en particulier des femmes, Gainsbourg traverse la vie de chanteuses et actrices renommées, dont Brigitte Bardot, avec laquelle il a une brève liaison, ainsi que Jane Birkin, avec qui il va vivre pendant plus de douze ans, qui est sa principale muse, même après leur séparation et qui donne naissance à son troisième enfant, Charlotte Gainsbourg. Il fortifie sa légende de poète maudit — dont il jouera d’ailleurs en multipliant les provocations —, mal rasé et ivre, apparaissant souvent en jean élimé, le visage bouffi caché par des lunettes noires et une Gitane à la bouche, ce qui lui vaut tantôt l'admiration, tantôt le dégoût. En septembre 1980, après plus de dix ans de vie commune, Jane Birkin n'en peut plus et le quitte. À partir de cette période, il devient un phénomène de télévision par son comportement provocateur qui déclenche plusieurs scandales. Effets du tabac, de l'alcool et d'une greffe du foie, Gainsbourg est plusieurs fois hospitalisé entre 1989 et 1991. Il meurt le 2 mars 1991, âgé de 62 ans, au 5 bis rue de Verneuil dans le 7e arrondissement à la suite de sa cinquième crise cardiaque.
Autre texte :
Les oubliettes
Sa biographie sur Wikipédia

Pour faire le portrait d'un oiseau
Jacques PREVERT

y

Pour faire le portrait d’un oiseau
Peindre d’abord une cage
Avec une porte ouverte
Peindre ensuite
Quelque chose de joli
Quelque chose de simple
Quelque chose de beau
Quelque chose d’utile
Pour l’oiseau
Placer ensuite la toile contre un arbre
Dans un jardin
Dans un bois
Ou dans une forêt
Se cacher derrière l’arbre
Sans rien dire
Sans bouger…
Parfois l’oiseau arrive vite
Mais il peut aussi bien mettre de longues années
Avant de se décider
Ne pas se décourager
Attendre
Attendre s’il le faut pendant des années
La vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
N’ayant aucun rapport
Avec la réussite du tableau
Quand l’oiseau arrive
S’il arrive
Observer le plus profond silence
Attendre que l’oiseau entre dans la cage
Et quand il est entré
Fermer doucement la porte avec le pinceau
Puis
Effacer un à un tous les barreaux
En ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau
Faire ensuite le portrait de l’arbre
En choisissant la plus belle de ses branches
Pour l’oiseau
Peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
La poussière du soleil
Et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
Et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter
Si l’oiseau ne chante pas
C’est mauvais signe
Signe que le tableau est mauvais
Mais s’il chante c’est bon signe
Signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
Une des plumes de l’oiseau
Et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

Extrait du recueil « Paroles », 1946



Portrait : Victor Hugo
Pierre DELANOË

y

Je te salue Victor, patron des romantiques
Le poète des humbles et de la République
Image d’un grand-père à la barbe de lion
Dont les petits-enfants se comptent par millions
Des grandes métropoles aux villes de province
Tu n’es ni l’empéreur, ni le roi, mais le prince


Super star du Parnasse et champion de l’Histoire
Médaille des J.O, lauréat des Oscars
Aucun superlatif même le mieux chantant
N’est trop riche pour toi, toi qui les aimais tant
Picadilly t’écoute et tout Broadway t’acclame
Cosette fait la Une de tous les programmes


Et Fantine et Javert, Valjean, les Thénardier
Occupent les écrans des cinés de quartier
Tu imposes ton style aux temps des discothèques
Tu vois réalisée ta légende des siècles
Hernani et Ruy Blas en vidéo-cassettes
Tu étais un génie et te voilà vedette


De ton père ce héros tu es le digne fils
Tu as même inventé les Djinns avant Levis
Pardonne-moi, Victor, pour cette irrévérence
Toi l’écrivain puissant, toi le poète immense
Dont l’oeuvre-symphonie chante dans les mémoires
Plu haut que Beethoven et plus fort que Mozart.


© Pierre Delanoë (1918-2006)
Parolier français, Pierre Delanoë a écrit plus de 5000 chansons et poèmes. Il a écrit pour des interprètes aussi différents que Gilbert Bécaud (Nathalie, Et maintenant, Je reviens te chercher), Gérard Lenorman (La Ballade des gens heureux), Dalida (Laissez-moi danser, Salma Ya Salama, Ciao amore, ciao, Comme disait Mistinguett), Michel Sardou (Les Villes de solitude, Le France, Les Lacs du Connemara), Joe Dassin (L'Été indien, Les Champs-Élysées), Michel Fugain (Je n'aurai pas le temps, Fais comme l'oiseau, Une belle histoire), Sylvie Vartan (La Maritza, Qu'est-ce qui fait pleurer les blondes ?), Hugues Aufray (Stewball) ou Nana Mouskouri (L'Amour en héritage).

Sa biographie sur Wikipédia


Le portrait
CALOGERO

y
Il mélange au fond de sa tasse
Du miel
Il regarde par le vasistas
Le ciel
A chaque fois que passe un avion
Il se dit que c'est peut-être elle
Qui passe au-dessus de sa maison
On lui a dit qu'elle était au ciel

Il rêve couché sur un parquet
Dans les bras de sa mère
Dessinée à la craie
Tous les soirs en secret
Ce dessin il le fait
Trait pour trait
À partir d'un portrait

Il rêve couché sur un parquet
Dans les bras de sa mère
Dessinée à la craie
Tous les soirs en secret
Ce dessin il le fait
Trait pour trait
À partir d'un portrait

Perdu au fond de sa classe
Il s’emmêle
Il se débat avec le coriace
Pluriel
Puis il explique à sa maîtresse

Pourquoi "parent" ne prend pas d'"s"
Des câlins il en voudrait tellement
Ne serait-ce qu'un par an

 

Musique : Maurici GIOACCHINO, CALOGERO, 2014


© Paul Ecole
Installé en Bretagne, Paul Ecole (nom de plume) est parolier de nombreux chanteurs comme Calogero, Christophe Maé, Claudio Capéo, Julien Clerc ou encore Jenifer. Après un baccalauréat économique et social, il entame des études de Droit puis de musicologie. Musicien accompli, pianiste et guitariste, il forme plusieurs groupes avec des amis et se produit dans les bars parisiens. Au début des années 2010, une rencontre décisive avec le rappeur Oxmo Puccino lui ouvre les portes du milieu professionnel. Cette collaboration marque un tournant dans son parcours, et l’amène à signer un contrat avec Warner.
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La Joconde
Marguerite BURNAT-PROVINS

y

Femme, il est un serpent blotti dans ton sourire,
Un philtre meurtrier glissé dans tes doux yeux.
Et ta bouche troublante en aurait trop à dire
Si tu n'étais fantôme, au cœur silencieux.

Dans l'immobilité, tu vis, plus que la Vie,
Il plane un charme intense autour de ton front pur.
O sphinx hallucinant qui pense et qui défie,
Fleur au parfum mortel éclose sous l'azur.

Ta robe au ton nocturne et ta main compassée
Sous un calme perfide ont aussi leur pensée
Et ta beauté recèle un insolent mépris.

En vain je t'interroge, ô ma sœur inconnue,
Car le maître a placé son rêve dans la nue
Et nul ne pourrait dire à quel dieu tu souris.


Marguerite Burnat-Provins (1872-1952)
Ecrivaine, peintre et dessinatrice frano-suisse, Marguerite Burnat-Provins est l'aînée d'une famille aisée et cultivée. Après des études artistiques à Paris, elle épouse l'architecte Adolphe Burnat et s'installe en Suisse. De santé fragile, le climat valaisan est propice au développement de son oeuvre (peinture et écriture). En 1906, elle rencontre Paul de Kalbermatten, un jeune ingénieur valaisan avec qui elle entretient une liaison passionnée. Elle divorce et s'installe avec lui. Elle l'accompagne dans ses voyages en Egypte. Le couple se range du côté de Bayonne. La Première guerre mondiale est un choc pour l'écrivaine, qui est en proie à des angoisses morbides. Rongée par la maladie, elle crée les dessins de son oeuvre phare, Ma Ville. Finalement, la guerre sépare le couple et Marguerite s'installe défintivement à Grasse où l’écriture et la peinture continueront de l’occuper. Sa fin de vie sera assombrie par la mort de sa soeur et ses problèmes de santé toujours plus lancinants.
Association des Amis de Marguerite Burnat-Provins
Sa biographie sur Wikipédia

Autoportrait
Pierre DUPUIS dit ROTPIER


Je suis un poète atypique
passé par la case prolo,
quand je suis la cible de piques
on me les lance ex-nihilo !


Je pèche un peu en rhétorique
car j’ai quitté les cours très tôt,
j’ai un alibi authentique :
à seize ans j’étais au boulot !


J’ai quand même appris mes classiques
préférant Zola à Hugo,
pour ce qui est de la musique
je vais de Wagner à Renaud !


Mes inclinations poétiques
vont du bon Villon à Queneau
en passant par les élastiques
des souliers troués de Rimbaud !


Je suis large sur la rythmique :
je laisse faire mon stylo !
Certains esprits monolithiques
me qualifient de rigolo !


Réguliers ou acrobatiques
mes vers ne sont pas idéaux,
ils sont sérieux ou drolatiques,
polis ou taillés au couteau !


Ils sont peu souvent syntaxiques :
je cultive le quiproquo !
Mais ils sont rarement toxiques
sauf bien sûr contre les fachos !


De l’amour à la politique
je brosse un peu tous les tableaux,
qu’ils soient morbides ou phalliques,
si ça dérange peu me chaut !


Mes textes sont très éclectiques
rasant parfois le caniveau,
je m’accommode des critiques
… tout en préférant les bravos !


Certains me trouvent sympathique,
d’autres me traitent de charlot,
à ceux-là moi je fais la nique
avant de leur tourner le dos !


Tantôt tendre, tantôt caustique,
parfois gentil, parfois salaud,
érotique ou bien hérétique
et bien sûr très souvent cabot !


Quand la Camarde boulimique
m’intimera :  « Viens mon coco ! »
je lui dirais sans polémique :
« Attends je range mon stylo !


Je ne te fais pas de supplique
après tout tu fais ton boulot,
ne prends pas cet air pathétique
toi qui as la mort dans la peau ! » 


Chacun doit déposer sa chique
un peu plus tard, un peu plus tôt,
il n’y a là rien de tragique :
c’est juste effacer un tableau !


Un banquet sans chant ni musique
réunira dans mon caveau
des légions de vers boulimiques
qui gémiront : « Il n’est pas gros !  »


Ils repartiront faméliques
après m’avoir sucé les os
en quête d’un hypothétique
festin digne de commensaux !


La crémation dont la pratique
a vraiment le vent dans le dos
réduit de façon très drastique
les macchabées … maigres ou gros !


L’avenir est problématique :
pour ces vers-là c’est Waterloo !
Quant à ceux de la poétique,
éviteront-ils le tombeau ?


C’est un portrait très elliptique
que je vous sers sur un plateau,
gagnerais-je une pluie de piques
ou une envolée de chapeaux  ?


© Pierre Dupuis dit Rotpier (1946-aujourd'hui)
Né à Fresnes-l'Archevêque dans l'Eure, Pierre Dupuis alias Rotpier, a travaillé dans l'industrie de tôlerie et en construction métallique jusqu'en 1976 puis a enseigné comme professeur de lycée professionnel jusqu'en 2002. Passionné de poésie depuis l'enfance, il a commencé à écrire dès les années 1990, poésie très éclectique, sous toutes ses formes : classique, libérée et libre, sa devise étant : « Enfermez la poésie dans un genre et elle s'étiole. »
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Tout portrait qu'on peint avec âme est un portrait, non du modèle, mais de l'artiste.
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Un bon portrait m'apparaît toujours comme une biographie dramatisée.
Charles BAUDELAIRE


Un portrait porte absence et présence, plaisir et déplaisir. La réalité exclut absence et déplaisir.
Blaise PASCAL


Une personne de ma connaissance disait : Je vais faire une assez sotte chose, c'est mon portrait : je me connais assez bien.
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