Ce n'est qu'au prix d'une ardente patience que nous pourrons conquérir la cité splendide
qui donnera la lumière, la justice et la dignité à tous les hommes. Ainsi la poésie n'aura pas chanté en vain.
Arthur Rimbaud

Je suis Charlie Hebdo

Je suis Charlie Hebdo
Acerbes ou rigolos
Sont aussi tes mots
Crayons et pinceaux
Tu es le plus beau
De tous les hebdos
Car jamais au repos
Pour des écriteaux
Sur quelques rigolos
Ou actualité en chaos
Oui j’ai le cœur gros
Car tu es au repos
Honneur à tes costauds
De revues ou numéros
Magiciens avec leurs stylos
Du plus terrible scénario
Victimes c’en est trop
Mais relève sera là bientôt
Et bonjour le renouveau
Je suis Charlie Hebdo

Gabrielle

Ah ! Monsieur, quelle tristesse...

Paris, encore une fois a vu gronder l’horreur
En cette matinée où quelques fanatiques
Ont décidé, cruels, d’inviter le malheur
A hurler dans les murs d’un journal satyrique !

Ils ont cette fois-ci, à toute liberté
De son expression, fait sauter la cervelle
Au nom d’un Dieu pourtant qui prône la bonté.
Et pleure ainsi la France en cette année nouvelle ! 

Pourquoi donc leur faut-il à ces vils assassins
Tuer des innocents et meurtrir leur famille
Juste pour se venger à cause d’un dessin 
Dans cet Hebdo marrant dont chaque écrit fourmille ?

Le christ aussi, hélas, en a fait moult objets
Avons-nous pour autant montré l’ire assassine
En tuant leurs auteurs par des balles en jets ?
Et bien non voyez vous, pourtant l’âme fulmine !
 
C’est que chez nous Monsieur, nous sommes plus humains
Et savons que l’amour est la plus belle chose
Même si quelquefois nous jetons à deux mains
Le discrédit sur l’homme en effeuillant la rose.

 

Johanne Hauber-Bieth

Lauréate et sociétaire, ou membre, des principales académies ou sociétés poétiques françaises, lauréate et membre de beaucoup d'associations littéraires et artistiques, en France et à l'étranger, Johanne, poète par nature, a ouvert ses volets sur le monde en 1949, à Strasbourg (France). Secrétaire de direction autodidacte, ses premiers essais pour le récit et le conte ont également été plusieurs fois récompensés.

Cher Charlie

Aujourd'hui tes pages vides nous rassemblent
Un dessin, des larmes, le silence d'un instant
Le cœur serré, nous avons marché ensemble
L'encre de la plume ne s'efface avec le temps

Une pensée pour tes artistes au ciel
Qui ont fait sourire aux pires drames
Et rendu l'humeur plus belle
Leurs crayons n'étaient pas des armes

En gommant ces quelques génies audacieux
Ils ont soulevé une nation, à jamais unie
Des visages pleurent l'encre des cieux
En hurlant de haine " je suis Charlie"

La liberté réside encore dans notre page
Tu grossissais les traits de nous, comme d'eux
Car on t'a appris dès ton plus jeune âge
Que faire sourire est rendre l'autre heureux

En ce jour tragique de janvier
On écrit ton nom sur nos pavés
Notre monde qui paraissait enfin fondé
Tourne telle une oeuvre inachevée

Charlie, ils ont voulu te tuer
En gravant douze noms sur des pierres
Mais nos crayons resteront pour toi levés
Devenu immortel, tu restes sur terre

L'art majestueux qu'est l'humour
Tu l'illustres par tes croquis malins
Ne cesse jamais de faire naître l'amour
Et continue d'écrire pour tes prochains

Sur nos écoles, murs et bandeaux
Peines, souffrances puis âmes salies
On peindra en gros "Charlie hebdo "
Car à jamais " nous sommes Charlie

 

Maëlle, 16 ans

Publié dans le Journal Sud-Ouest du 12/01/2015

Libre pensée

Aujourd'hui on a tué la libre pensée
Echange de balles pour quelques coups de crayons
Par l' idéologie se croyant offensée
Et des cerveaux ras de terre pourvu d'un bâillon

Une plume sachant brocarder l'actualité
Des lâches armés masqués ont osé l' attaquer
Sachant qu'en face il n'y avait que dignité
Cela pour un concept de croyance détraqué

L'absolutisme religieux pour vitrine
Cabu Charb Tignous Wolinski par le dessin
Tout empreint d'ironie grinçante et latine
Ont d'un trait trop alerte celé leur destin

Ont les a fait entrer par la grande porte
Au panthéon des grands des très grands de leur art
La trace de leur plume sera la plus forte
Réponse à l'obscurantisme et à ses poignards

 

Renée G

Publié sur : http://www.ordissinaute.fr/

Ecoute

Écoute,
le ruisseau l'a dit.
Le torrent, la rivière,
les fleuves et les mers,
les océans aussi.
Puis les vents et les nues
à leur tour l'ont repris.
Les échos l'ont porté
jusques à l'infini.
Écoute
"Je suis Charlie"

 

Paul Bergese

Le 15 janvier 2015

Ils ont tiré

Ils ont tiré
Le ciel s'est obscurci
Ils ont tiré
Pluie de sang sur le monde
Ils ont tiré
Contre l'intelligence
Ils ont tiré
Et l'on s'est tous levés

Ils ont craché
Sur toi, ma Liberté
Ils ont souillé
Leur Dieu en son autel
Ils ont versé
Le sang des innocents

Que faire alors
De toute la souffrance?
Que faire alors
De ces larmes versées?

Sans oeil pour oeil
Sans dent pour dent
Sans rajouter au deuil
Un esprit partisan?

Je suis mort
Chaque fois
Que la poudre 
A parlé

LIBERTÉ !

 

Michel Lamart

Michel Lamart est né le 31 mars 1949 à Reims. Après une carrière dans l’enseignement (lettres et philosophie), il se consacre entièrement à l’écriture. Vit à Reims. Critique dans de rares revues (Diérèse, Brèves, L’Arbre à paroles). Auteur, compositeur et interprète. 

Un nouveau prénom à donner aux enfants qui naissent

Quand je suis né
ma mère m’a donné un nom
que je n’ai pas choisi
au milieu des alphabets et des lettres

 Je l’ai porté sans arrêt jusqu’à user
mes adresses mes signatures
et même la tombe
et le silence de mes photos

 Mais depuis ce matin
J’ai changé de nom et d’adresse
Je m’appelle désormais Charlie
rue de Charlie
comme des milliers d’hommes et de chiens
et de femmes et de cris
comme Alpha Bravo
Charlie Delta Echo
Entièrement Charlie
Absolument Charlie

Parce que j’ai ma cartouchière
pleine de stylos et de gommes
pour dessiner le rire du monde
qui ne s’efface pas

Parce que je n’ai plus que ça
et que ma bouche vole en éclats
comme une vitre
dans une mare de rires 

Mais sachez-le
mon nouveau nom n’existe pas
sur le calendrier des rires de l’infini
Alors j’appelle dans la nuit
je vous appelle
pour ajouter son Saint
sur la liste
de tous les noms de la lumière 

Parce que je sais
que des noms inconnus
sont parmi nous
ici très bas dans le silence
Surtout ceux
qui pleurent dans les anniversaires
des yeux qui regardent le ciel

Aidez-moi
Je vous en prie
Je voudrais qu’on ajoute Charlie
sur la liste des courages
qui rient dans l’espérance

Aidez-moi
avec ce soleil de janvier
qui est aussi
une réserve de rires
perdant peu à peu
la force absolu de ses prénoms
et de ses cris
Aujourd’hui c’est la Saint Charlie
même pour moi qui ne crois pas au ciel
caché dans les étoiles
parce que le ciel est parmi nous
et qu’il me fait rire encore dans son espoir

 

Michel Lamart

Utile

"A quoi sert une chanson
Si elle est désarmée ?",
Me disaient des chiliens,
Bras ouverts, poings serrés.
Comme une langue ancienne
Qu'on voudrait massacrer,
Je veux être utile
À vivre et à rêver.
Comme la lune fidèle
A n'importe quel quartier,
Je veux être utile
À ceux qui m'ont aimé,
À ceux qui m'aimeront
Et à ceux qui m'aimaient.
Je veux être utile
À vivre et á chanter.
Dans n'importe quel quartier
D'une lune perdue,
Même si les maitres parlent
Et qu'on ne m'entend plus,
Même si c'est moi qui chante
À n'importe quel coin de rue,
Je veux être utile
À vivre et á rever.
À quoi sert une chanson
Si elle est désarmée ?

Julien Clerc

Chanson interprétée par Julien Clerc lors de l'hommage rendu le 15 octobre 2016 aux victimes de l'attentat de Nice (date de création 1992).

A vous

Je voudrais être poétiquement vôtre
Dans ce monde où tout bascule
Où la violence tu les nôtres
Mon coeur se brise et brûle
De ne rien pouvoir faire d'autre
Que de vous inviter dans ma bulle.

Hier, l'épicier de ma rue était morose
Le ciel est gris, l''été se finit me dit-il
Mais demain brillera sur toute chose
Alors à bientôt dis-je en songeant aux mille

Mille feuilles dorées sur le parterre
Mille reflets sur la paisible rivière
Mille sourires à donner et à recevoir
Mille mots pour vous rendre l'espoir.

La nuit, le sommeil ne vint pas
Dormir est parfois si difficile
Soudain, un message dans le noir résonna
Emportant avec lui tous les mille

Mille matins que jamais vous ne verrez
Mille odeurs que vous ne sentirez
Mille chants à donner et recevoir
Mille mots pour nous aider à y croire.

Je voudrais être oétiquement vôtre
Et regarder voler les libellules
Les soirs d'été et puis rien d'autre
Mais l'heure n'est plus au préambule
Ma plume s'agit avec la vôtre
S'insurge et jamais ne capitule.

Alors sûrement demain reviendra
Puissent mes mots vous être utiles
Nous ne sonnerons pas le glas
Puisque nous écrirons mille

Mille poèmes pour ne pas oublier
Mille mots liberté égalité fraternité
Mille arcs en ciel de belles histoires
La paix retrouvée pour seul pouvoir.

Véronique Pineau

Poème pour la paix en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015

Vallée de larmes...

Nos cœurs portent leur deuil. Sous la mélancolie de ce qu’ils avaient de nous en eux et qu’ils ont emporté. Nous savions leur existence comme ils savaient la nôtre. Telle est notre commune intuition. Nous saurons un peu de leurs vies, ce qui nous sera offert, quand leurs proches commenceront à partager. Nous en saurons alors assez pour leur faire place durable dans nos mémoires. Ils continueront ainsi à être. Par-delà les cris et l’effroi, malgré ce désarroi sans cordages qui nous encorde, plus vibrants encore que cet émoi qui nous fend en dedans et nous laisse cois. Nous les tiendrons au chaud dans nos plis d’âme, bien que pour l’heure, nous soyons saisis de froid.
L’absence…
Une petite-fille vive, parfois rêveuse, qui ne reviendra pas à l’école. Sa meilleure amie qui n’en reviendra pas, comme ça fait mal au fond, là, dans cet endroit qui a plusieurs noms, cœur, poitrine, plexus, torse, poumon, et qui fait suffoquer, qui essouffle, épuise. 
Un petit garçon qui ne retrouvera pas la crèche. La crèche ne le retrouve pas. Il y a ces photos, prises à Noël, à l’entrée, sur le panneau en bois. Même sans image, son sourire est là, ses gestes de désir. Il grandissait si vite. 
Une adolescente délurée, déjà sûre de vouloir embrasser le monde, et qui manquera à son amoureux. Les premières amours ont cette saveur singulière et ineffable du défi mêlé de douceur. Un charme qui jamais nulle part ne sait se répéter. 
Un adolescent dont la voix commençait à se rythmer et à se frotter à la rocaille, le menton s’assombrissant de quelques poils épars et fiers, ne dissimulera plus sa timidité derrière des airs de crooner taciturne. 
Une maman qui ne rentrera plus, ces chants qui ne seront plus fredonnés, sous la douche, sur le balcon en arrosant des bégonias gourmands, en remuant la terre sous de récalcitrants asters de Tartarie, après une journée professionnelle pourtant harassante. Une femme, sentimentale et soucieuse, qui ne méditera plus en contemplant les stries des reines d’argent côtoyant de pulpeux aloès, les reflets des aeonium dont les pétales oblongs, offerts comme un soleil, font perler l’eau avant de la laisser rouler dans une chorégraphie de lenteur. Une femme aux reins usés par le labeur, qui n’avait rien perdu de sa joyeuse humeur, ne pestera plus contre sa fille aînée pour la mettre en garde : c’est toujours la trajectoire de la fille qui s’interrompt quand on veut se glisser trop tôt dans les lacets affriolants de la vie, souvent scélérate envers les pauvres. Une femme d’ardeur, qui a déjà dit son fait à la vie pour ses croche-pieds et ses chausse-trappe, et qui, tandis que le jour baisse pavillon, ne rira plus ne lira plus dans une berceuse pour se laver la tête des petitesses du boulot, du brouhaha des transports. 
Un père, un amant, un homme qui sifflotait entre les lèvres ou dans la gorge rêvant de brillants chemins de vie pour ses fils, tout en réfléchissant à cette épargne qui préserve l’avenir, ne sonnera plus parce qu’il a oublié ses clés. 
Ils ont des prénoms qui résonnent de toutes les contrées du monde, ramenant des senteurs, des sons, des clichés et des clichés, et engendrant un même chagrin, une même désolation qui rappellent que, par-delà terres et mers, les larmes sont sœurs. 
Ainsi les pensons-nous, pour leur redonner vie, en attendant que ceux qui les connaissent nous les racontent. Try a little tenderness, la voix d’Aretha Franklin nous obsède. 
L’aveuglement qui frappe avec une froideur de robot d’acier n’a jamais eu ni de raison ni raison. Quelles fêlures faut-il à l’esprit pour faire éclore cette démence démentielle, chez l’homo sapiens sapiens, homme qui pourtant sait qu’il sait. De quelles fureurs anciennes et nouvelles, familières ou inédites, matées ou rétives, gronde ce monde où l’hystérie nourrit l’hystérie ! 
Même de loin, mais si près de la souffrance, nous savons que notre seule offrande, celle qui nous sauve ensemble des étendues et profondeurs de la désespérance, ne peut venir que des signes de la vie qui vainc.
I’ve got dreams to remember (Otis Redding). 
Pendant qu’un semeur de mort et d’affliction, exilé en méta-humanité, brisait tant de promesses et de sagesses, le dernier mot n’était pas dit. 
Des enfants sont nés cette nuit-là. Je n’ai pas vérifié mais je sais. Car ainsi va la vie qui vainc. Ces bonheurs n’ont pas la vertu de verser une goutte de fraîcheur sur les cœurs en malheur. 
Mais ils signent la défaite des semeurs de mort, qui qu’ils soient.

Christiane Taubira

Texte posté sur sa page Facebook le 16 juillet 2016.

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Nissa la Bella

Nice avait vu, d’un bout à l’autre de sa baie,
Une foule abonder dans le petit matin.
La tension qui régnait n’était pas retombée ;
Le cœur de cette foule était grand et atteint.

Il en était venu de plus loin que le port,
Dans l’autre direction plus loin que l’estuaire
Et l’on n’avait compté ni le coût du transport
Ni le temps du trajet jusqu’à ce sanctuaire

Car en ce siècle ultime où s’écroulait le monde
Subsistait ça et là l’intuition du Sacré ;
Bien qu’on déniât la vie à l’animal immonde,
On respectait encore un Homme massacré.

Tout sur la promenade avait stoppé son cours
Afin qu’on pût prier pour les âmes tuées,
Tout excepté la nuit les demandes d’amours
Que se font les clients et les prostituées…

La foule était venue allumer des bougies
Sur ce qui n’était pas encore un monument ;
Sur la chaussée émue et les dalles rougies
Chacun faisait un pas et s’avançait nûment.

L’un entendait l’écho de cette nuit sans fin
Rouler dans son cerveau, plein de cris et d’alarmes,
Répétant : « cet ami qui te manque est défunt,
Il saigna sur ce sol qu’ont nettoyé tes larmes… »

L’une se repassait le film de cette fête
Et la mort de son fils qui s’appelait Simion,
Revoyant cette esquive à temps qu’elle avait faite
Et son petit enfant passer sous le camion…

Pourtant, nul ne croyait, sous les palmiers-phœnix,
Que tout se terminât dans la ruine et la cendre,
Car l’humble humanité renaît comme un phénix
Et remonte toujours, si elle a du descendre.

Nice voyait, d’un bout à l’autre de sa baie,
La route se garnir de blancs bouquets de fleurs…
On disait : un bouquet pour chaque macchabée…
Cela suffira-t-il pour consoler nos pleurs ?

Alors, la foule en deuil que la tuerie hantait
Partageait sa douleur pour que l’émotion sorte
Et doucement d’abord puis vivement chantait
Son « Nissa la bella, » qu’on traduit de la sorte :

« Nice, ô reine des fleurs, la plus belle des reines,
Je chanterai toujours tes merveilleux décors ! »
On entendait des coups de feu et des sirènes
En célébrant cet hymne, on revoyait les corps…

« Ô Nice, ô soleil d’or, je chanterai toujours
La rose, le lilas, le Port et la Marine ! »
Les blessés suppliaient, on leur portait secours,
Partout l’odeur du sang affolait la narine…

« Je chanterai toujours le quartier de Sincaire
Et la vieille mansarde où naissent les chansons ! »
On songeait à quel point l’existence est précaire ;
Si la Mort doit nous prendre, alors avant dansons ! 

« Aux Anges de ta baie, à ton fleuve Paillon,
Je chante le fuseau, chante la capeline !
Un héros se mettait en travers du camion…
Est-ce ainsi qu’on se dresse ? Est-ce ainsi qu’on s’incline ?

Un autre homme s’était s’accroché à la porte
Et essayait d’entrer dans le camion, en vain ;
Si ton heure est venue, alors qu’un vent t’emporte…
Combien mourraient encore ? 8 ? Ou peut-être 20 ?

« Je chanterai toujours, Nice, autant qu’il se peut,
Car je t’aime, ô ma ville, et j’aime tes toitures ! »
Qu’a-t-il donc ce chauffeur pour nous aimer si peu ?
On avait des questions, lui avait des tortures…

On pleurait… on pensait : si cet homme altruiste
Avait ouvert la porte et actionné le frein
Plusieurs auraient vécu et l’on serait moins triste… 
On chantait donc plus fort, entonnant ce refrain :

« Nice, je chanterai toujours sous tes tonnelles
Comme est belle ta mer et ta côte d’azur,
Et toujours je crierai au gré des ritournelles :
Vive Nice la belle ! Et vive ton ciel pur ! »

Ce chant était sacré, on eût dit un cantique,
Mais à cet apogée il n’était pas complet ;
En hommage à la ville et à sa gloire antique
On devait pour le clore ajouter un couplet :

« Je chanterai tes parcs, tes marches, ton donjon,
Tes printemps embaumés… Nice, pour toi je chante ! »
On courait sur la plage, on faisait un plongeon
Pour éviter la faulx arbitraire et méchante…

« Je chanterai tes champs et tes vertes campagnes,
L’ancienne lampe à huile et la quenouille aussi ! »
On voyait dans le fond le sommet des montagnes…
Pouvait-on s’y cacher pour être loin d’ici ?

« Je chanterai ta Promenade des Anglais,
L’horizon, tes bateaux, tes éveils maritimes ! »
Les lueurs dans le ciel en feu nous aveuglaient…
Et l’autre en profitait pour faire des victimes !

« Je chanterai ta plage étincelante, ô Nice,
La splendeur de tes soirs et ta douce Nanon ! »
Si l’on nous avait dit qu’un beau feu d’artifice
Se transformât un jour en boulet de canon…

« Je t’aime, t’ai aimée et toujours t’aimerai…
Je n’ai jamais connu que toi, Nice la belle ;
Je mourrai en ton sein, là où j’ai demeuré… »
À ces mots l’on tremblait : on l’a échappé belle !

« Ô Nice, ô mon pays, ô berceau de ma mère,
Berceau du plus beau monde et du plus blanc drapeau ! »
La vie est parfois âpre et toujours éphémère…
Un loup avait surgi au milieu du troupeau.

« Vive Nice la belle ! Et vive Mascouinà ! »
Le loup était repu… s’installait le silence…
Mais un bruit persistait… fut-ce un chien qui couina ?
Un bébé ? — Avait-on manqué de vigilance ? 

La nuit après le drame, un souverain mistral
Avait ouvert les cieux et désigné la voie
Aux défunts embarquant pour un voyage astral
Qui prendrait fin aux pieds de Celui qu’on vouvoie…

En ce lundi 18 juillet 2016,
Comme on se questionnait sur ce grand cœur atteint
Et qu’on palpait le pouls de la nation française,
Celle-ci répondait dans le petit matin.

 

Simon Ferendou

Poète, chercheur et écrivain public. Fondateur du mouvement artistique et culturel "La Poésie en Marche".

Son site :
http://simon-ferandou.tumblr.com/

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Je suis Sieu Nissard

Je ne suis pas Médina
Je ne suis pas Paris
Je ne suis pas Casablanca
Je ne suis pas Charlie

Je suis toutes ces victimes
Je suis ces êtres humains
Je ne suis pas en Sourdine
Je suis le futur, je suis demain

Je suis la tolérance
Je suis frère de tous
Je vis dans la souffrance
Je suis fille de Sousse

Je ne suis pas les amalgames
Je suis française, syrienne, algérienne, marocaine, tunisienne
Je suis les prières que l’on réclame
Je suis irakienne, afghane, russe, étasunienne

Je suis ces nombreux cœurs qui saignent
Je suis aussi niçoise
Je suis les dessins que les gens peignent
Je suis Française québécoise

Je ne suis pas Bruxelles
Je suis les doléances
Je suis en deuil éternel
Je suis monde de souffrance

 

Violaine Hervy (20 ans)

Poème écrit peu après l'attentat de Nice, le 14 Juillet 2016.

Son blog :
https://laplumedemesmots.wordpress.com/

Paris

Ville-lumière
ils t’ont de nouveau
plongée dans le noir
comme aux heures
les plus sombres
de ton histoire
Toi
emblème de la gaieté
vivant poème
meurtrie par la mort
de tes citadins innocents
sache que les fous de Dieu
qui au divertissement
préfèrent
le bain de sang
ne briseront pas
le pacte fraternel
O Paris la rebelle
faite de l’heureux mélange
de la liberté des idéaux
et des confessions
et pour laquelle
vivre ensemble
est une passion

 

Kamal Zerdoumi

Précision de l'auteur : Ce poème sur Paris a été écrit dans la soirée du samedi 14 novembre 2015. Il est né d’une forte commotion car, pour moi, Paris est le centre de gravité de toutes les idées novatrices en matière d’émancipation de l’Homme et la capitale mondiale des artistes et des exilés, que ceux-ci soit illustres ou obscurs. Il en résulte que je suis reconnaissant a cette cité mythique et ce poème est l’offrande que je fais a son génie et à sa fameuse devise « Fluctuat nec mergitur ».

C'était avant

Avant que le vie ne soit clouée au sol
Avant que les plis de la mort ne se resserrent autour des lèvres bleues
Avant que le temps ne vacille sous les coups des balles assassines
La musique était douce à l’âme et les rires aux terrasses bruissaient
sur les lèvres comme des maracas dans les mains
Mais le jour soudain s’est creusé, raviné ainsi qu’un tombeau qui s’ouvre

Le bateau du monde tangue
La raison perd la raison
Et le cœur écorché saigne à mourir
On croit déjà deviner la noirceur de l’horizon alors qu’ on y attend
la clarté qui ouvre les yeux
Attablé à la terrasse du présent terrifiant
Je me suis souvenu de ces mers radieuses et sereines
dans les lumières blanches des ciels du monde
De ces yeux qui se cherchaient de ces mains qui se touchaient se serraient
dans les parfums insolents de tous les soleils les senteurs lourdes et humides
des vies partagées jusqu’à l’épuisement du jour
De ces villages perdus à la pointe du monde au plus haut des frontières terrestres
et qui cachaient leur trésor. Leur humanité.
Je n’avais pas compris .
Le loup ne monte pas si haut.

Aujourd’hui des hommes retranchés de leur prochain ont saccagé la vie,
saccagé la leur en humiliant la vie.
Demain après-demain
Il faudra s’aimer pour congédier la violence
Il faudra beaucoup s’aimer pour tendre la main à tous les naufragés
S’ aimer plus que de raison pour conjurer peur et rejet
avant que de dormir dans la proche espérance
en sachant avec le poète qu’elle n’est qu’une forme de résistance
Celle-là même sans laquelle il n’y a point de liberté

Henri Le Bellec

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Pourquoi...

Ils étaient partis un soir...
Jeunes, heureux, plein d'espoir
Découvrir les vieilles rues, leur dédale
Emerveillés dans cette capitale
Qui pointe sa flèche si belle
Et que l'on nomme Tour Eiffel
D'autres étaient allés chanter
Dans une salle pleine à craquer
Salle mythique du Bataclan
Où passait du rock hurlant.
Quand soudain ils sont venus
Comme des fous tirer dessus
On ne savait qui ils étaient
Pas plus que d'où ils sortaient
De noir habillés, cagoulés
Ils se sont mis à mitrailler
Au nom de qui, au nom de quoi
On ne comprend pas pourquoi
IIs se revendiquent sauveurs
Mais ne distillent que la terreur
Sur nos enfants, la mort est tombée
Leurs mains se sont refermées
Leurs paupières se sont affaissées
Leurs corps se sont recroquevillés
De petites flammes illuminent le lendemain
Ces trottoirs, ces terrasses qui ne sont que chagrin
Si les prières sont vaines
Elles peuvent rendre sereines
Nos âmes alourdies par la peine
Mais ce massacre ne nous terrassera pas
Relevons la tête et refusons cela
La Liberté sera plus forte
Que cette violence à notre porte
Restons unis, tendons nos mains
Pensons à ceux morts pour rien
Jeunesse qui ne demandait qu'à vivre
Ce monde devient bateau ivre

Josiane Harnay

Correspondante locale pour Ouest-France à Guingamp, a écrit ce poème après les attentats de Paris.

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Pour tous

Je suis
Tu es
En vie
Nous vivons
Dieu merci !

Nous aimons
Et Nous réfléchissons
Proche à l’arbre
de nos familles.
L’écorce est remplie
de mots et de lettres.

Aujourd’hui
L’eau salée-amère
éclabousse la feuille de colère
avant que l’encre sèche

Et sans alarme de l’arme
les crayons
sont brisés en lambeaux

Ne donner pas d’hystérie
A l’assassin,
Il ne comprend pas le refrain.

Il ne reste que
larmes silencieuses
Droit d’écrire, droit de lire
Dieu Merci !
Qui aura le dernier rire ?

Chloé Douglas (11 janvier 2015)

Tu es cible

Tu es cible
je suis cible
nous sommes cibles
cibles pour balle
fanatique
qui se glisse
dans nos plis
fracasse ma ta carcasse
je suis tu es
potentielle fracassée
je suis tu es tu es
cible cible
la haine ronge l’âme
dans les rues de Bruxelles
un pigeon frôle le visage d’un homme
nous nous sourions
nos yeux se disent
que nous sommes cibles oui
cibles d’amour
danseurs de nos peaux cibles
tous nos possibles
ma ville
au cœur
fêlé
nos peaux cibles
dans tes rues dansent
aujourd’hui
demain
tous nos possibles

 

Laurence Vielle, poétesse belge

Hymne au déchirant novembre

Dans la nuit ton cœur s’envole 
Sur le sol s’écoule ton sang 
Dans le ciel ta voix résonne 
Sur l’asphalte s’écrase ton flanc

Ta belle âme prend son envol 
Quand tes tripes recouvrent le sol 
Ton sourire trace un nuage 
Quand ici je m’enivre de rage

Ce verre en terrasse qui vole en éclats 
Ces notes de guitares criblées de balles 
Ce ballon suspendu où un bruit sourd s’abat 
Ces semeurs de terreur produit (sic) de la cabale

130 anges fleurissent au vent 
8 diables errent dans le tourment 
66 millions de citoyens unis 
193 Etats du monde s’allient

Ce 13 novembre de rouge marqué 
De la garance des teinturiers 
Verra décembre effacer 
De blanc immaculé les meurtriers

 

Frédéric Lefebvre

Ancien ministre de Nicolas Sarkozy, Frédéric Lefebvre a composé ce texte à la faveur d'une nuit blanche.

Paris, 1983

Je marche
de jour comme de nuit
dans Paris
depuis si longtemps déjà
que je me demande
qui habite l’autre
toujours ému de savoir
qu’un poète nommé Villon
l’a fait avant moi
qu’un libérateur comme Bolivar
y a séjourné en dandy
que mon jeune voisin Jean de la rue Masson
a fêté son vingtième anniversaire jusqu’à l’aube
dans un bistro situé en face
d’une petite place faiblement éclairée.
J’aime savoir qu’il existe une ville
où les femmes aiment marcher de nuit
sans s’inquiéter des ombres et aussi parce qu’on y
trouve une station de métro avant la fatigue.
J’aime flâner dans une ville où les quartiers contrastés
fleurissent au bout de nos rêves.
J’aime m’arrêter à la terrasse des cafés pour
observer le ballet des serveurs.
J’aime écouter dans le métro les conversations
des jeunes filles qui racontent la soirée d’avant.
J’aime voir les jambes nues tout le long de l’été.
Cet art de vivre qu’aucune autre ville ne connaît
mieux que Paris.
Et que personne n’a mieux chanté que Villon et Aragon
ou cette jeune fille croisée boulevard Richard-Lenoir
qui s’est exclamée : « Je me suis cassé le talon mais je m’en
fous si c’est à Paris. »
Me voilà dans cette baignoire à lire, cette fois,
Paris est une fête d’Hemingway
tout en me disant qu’elle le sera toujours quoi qu’il arrive.

 

Dany Laferrière

D'origine haïtienne, il s'expatrie au Québec où il devient écrivain. Elu à l'Académie Française en 2013.

Sa biographie :
http://memoiredencrier.com/dany-laferriere/