On ne peut trouver de poésie nulle part, quand on n'en porte pas en soi.
Joseph Joubert

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Le slam

Le slam est une poésie orale, urbaine, déclamée dans des espaces publics (la rue ou le web). Le Slam est parlé sur un rythme scandé donc rapide. Ce mouvement a été lancé aux Etats-Unis en 1986 par Marc Smith un ouvrier du bâtiment américain. Il est arrivé en France vers la fin des années 90. Depuis, c'est devenu un terrain de poésie reconnu, un spectacle vivant, de la poésie démocratisée dans un dispositif obstinément ouvert à tous.

Cette rubrique est nouvelle... d'autres slams à venir...

Sites généralistes :
lesateliersslam.com
slameur.com

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Posté le 06/12/2018

Sur la peau de mon livre

Sur la peau de mon livre, cahier après cahier,
Sur la peau des signes, tatouage à cendre y est.
Inscrire le verbe vivre, apprendre : Aimer, 
Coudre en découdre fil à fil, bonheur de perdre et puis gagner.
Gagner courage de dire, crève coeur tu te tais, 
Nourrir les lignes à venir, gommer l'évaporé.
Et prendre racine dans une encre :
Crier ! Crier quand on à mal, quand on à froid, 
Quand on est bien, quand on à chaud, crier !
Déplacer des montagnes, connaît'le pire en escalade,
Se fendre dans la gueule du loup, côtoyer les loups-garous.
Les gardes à vue et les bouche-trous, les imbéciles et les trouducs,
Tunnels et puits sans fond, crever la dalle, sous les halles.
Au milieu de ce pire, y'a toujours un meilleur,
Une issue, une sortie, quelqu'un qui tend la main.
Au milieu du pire y'a toujours un meilleur.
Une issue, une sortie, quelqu'un qui tend la main.
Cache-cache dans la boîte on épargne et nait la hargne,
On engraisse, on engrosse le profit, les dictats.
Les maitres règnent, leurs bouffons rondent,
Tous aplatis devant les dénommés : les grands.
"Ouais! Sauvons les riches pour qu'ils puissent donner du travail aux pauvres !"
De ce monde catapulte mondialisme, cataclysme,
Qui a dit : schisme ?
Chaos et puis grabuge, puissant en extension, propulsion à quand l'extinction ?
Du sang bleu et du sang rouge voilà contre addiction, 
De nos coeurs coulent le bleu, le rouge...
C'est la cave, c'est l'aorte une veine une artère de la sorte !
Cuivré, noir, blanc, à l'extérieur tous roses à l'intérieur,
Une cave et une aorte, c'est une veine, une artère de la sorte.
Sur la peau de mon livre, tout a pris dans mes cahiers,
Tous les rêves de possible sont inscrits à l'encre y est.
Quand parlent nos différences, quand crèvent nos exigences,
Y'a pas de vide, y'a que du plein, y'a que des biches, y'a pas de saints,
Aux abois, peur de la faim et du froid,
Mémoires sélectives d'un âge préhistorique
Miroitent des alouettes, salope-êtes !
Sur la peau de mon livre, cahier après cahier,
Sur la peau des signes, tatouage à cendre y est,

Et c'est bien plus marrant de parler en chantant !

© RAJEL

Râjel
Performeuse, musicienne vocale, jongleuse de mots... Baptisée par ses partenaires de jeu "Grande Prêtresse du Slam", Râjel nous embarque dans son univers poétique ancré dans le réel, parfois déjanté, le phrasé  "parlé-chanté" et des textes ciselés dans la toile sensible des émotions... Une artiste motsicienne, curieuse de tout et surtout des gens et du monde qui l'entoure.
Son site
http://www.rajel.net/index.html

Les oeufs mayo

Souvent au restaurant je m’enquiers des entrées…
Fi de la macédoine ou des tranches de pâté,

Des bouquets de crevettes, des salades landaises,

Je n’ai d’appétit, moi, que pour l’œuf mayonnaise !

 

Comme faisait Môman, avec des p’tits oignons,

Avant le gigotin ou la tourte aux rognons,

C’est là ma madeleine, ce qui me remplit d’aise,

Ce goût de beau dimanche dans les œufs mayonnaise

Il faut évidemment qu’ils soient bien préparés,

Le jaune encore fondant, le blanc assez nacré,

La sauce bien légère (pas une crème anglaise !).
C’est tout un art, mon cher, les bons œufs mayonnaise.

 

Le docteur désapprouve, mon épouse le soutient,

Mes bons amis se taisent mais n’en pensent pas moins.
A tous ces rabat-joie je réplique : « Foutaises !

Il n’y a rien de plus sain que des œufs mayonnaise ! »

 

A m’en lécher les doigts, à tacher ma chemise,

Je les préfère à toutes les autres friandises.

Vous ne blâmez personne pour des envies de fraises,

Pourquoi vous acharner sur les œufs mayonnaise ?

 

Alors je le déclare, alors je vous le clame,

Rien ne peut m’emmerder, rien ne me trouble l’âme

(Et peu m’importe même qu’à table l'on soit treize)

S’il y a devant moi de bons œufs mayonnaise.

 

Clotilde de Brito
Championne du monde de slam (2015), Clotilde de Brito est chercheuse au CNRS de Rennes. Originaire de Brest, elle s’est formée au théâtre avec Lionel Jaffrès, puis avec Laëtitia Mentec pour l’improvisation. Elle a appris la musique dans les écoles de quartier de Brest et, arrivée à l’âge adulte, a entretenu sa pratique théâtrale par les stages proposés à la Maison du théâtre.
Son blog :
http://autourdeclo.over-blog.com/

Slam prophète

Je voudrais faire un slam
Pour la douleur que j’éprouve
Quand le malheur me trouve
Un slam sans début ni fin
Sans couplet ni refrain
Comme une terre inféconde
Un slam de fin du monde
Qu’on jette au bout de ses bras
Sans tambour ni trompette
Envoye bon débarras
Trois minutes pis c’est fait
Un slam pis ça s’arrête
Rien dans les poches
Rien dans les mains
Sauf ce slam poche
Sans lendemain
Couvert de rouille et oublié
Comme un trésor gaspillé
Un slam rapaillé
Sans effort
Dans un opuscule
Un slam pas trop fort
Dans ses majuscules
Un slam à la dérive sur son flot
Floué lui-même
Et qui finit sur les récifs
De son propre récit
Un slam excessif
Comme une prophétie
Sans manie ni manière
Un slam sans lumière
100% noirceur
Qui ne sonne jamais
Quand sonne la bonne heure
Un slam sans bonnet
Aux accents tragiques
Un slam qui ne connaît
Qu’à moitié la musique
Quand il vient
L’air de rien
Nous accuser
Juge et partie
Un slam qui pue le parti pris
Qu’il manie
Comme le Grand manie tout36
Un slam de service
Pour les purs et durs
Un slam truffé de vices
De procédure
Tellement épais
Qu’il parle avec ses pieds
Un slam sans respect
Qui se prend pour un autre
En marchant sur les nôtres
Sans s’excuser
L’air innocent
Alors qu’il baigne
Dans son propre sang
Alors qu’il saigne
De son propre chant
Un slam éhonté si SLAM était conté
Car le temps est compté
Le temps de ne pas mettre un slam dehors
Le temps de chien slam qui donne la chienne
Qu’on n’écoute plus
Qui nous jette à la rue
Sortie des artistes
Triste et renié
Comme un dernier
Tour de piste
Un slam qui reviendra pas
Toucher ses trente deniers
Un slam pour le dernier
D’entre nous qui slamera
La déroute
Un slam et un dernier
Pour la route
Je voudrais faire un slam
Pour la douleur qu’on éprouve
Quand le malheur nous trouve
Un slam sans début ni fin
Sans couplet ni refrain
Comme une terre inféconde
Un slam de fin du monde
Sans tambour ni trompette
Trois minutes pis c’est fait
Un slam pis ça s’arrête.


Ivy (Québec)
Poète, auteur-compositeur-interprète et slameur québecois, Ivy fait son entrée sur la scène artistique québecoise au début des années 1990. Il a remporté le Premier prix de la 3e édition des Fontcouvertes et a sorti plusieurs albums.
Sa biographie sur qim.com
Son site officiel : https://www.ivycontact.com/

Arbinagales créations

L'ascenseur

Ascenseur émotionnel

Le Slam est un ascenseur un peu fou
Chacun appuie sur le bouton
Et on s’enfuit , on s’en va , où ?
on s’en fout... on verra
A la guerre ou à l’amour
D’acier ou de velours
Une voix va vous transporter je ne sais où 
Sans dessus sans dessous 
Au final qui sait à quel étage on va s’arrêter ?
À vous de voir...

Et surtout à vous de juger quand ce sera à votre tour d’appuyer ...
Et moi où je vous envoie ? a Paris , au Pérou , au 69ème ciel, au fond d’un trou ?
A Biscarrosse ou au delà du Cosmos ?
Difficile de se fixer dans cette cellule 
Où finalement toutes nos idées se bousculent

Le Slam est un drôle d’ascenseur
Il enchante comme il vous fait peur
Toujours un peu difficile d’y rentrer
Mais laissez vous tenter
Lorsque les portes se referment
Le sort en est jeté
Sur vos yeux sur vos oreilles
La poésie va se projeter
Il est impossible de la rejeter
Un petit mot à rajouter ?
Le micro est là juste à coté
Il suffit de venir lui parler
Pas d’humeur bavarde ? Ça vous regarde
Vous pouvez être juge, pas de conciliabule 
Il faut juste 2 chiffres avec une virgule.

Le Slam est un ascenseur solitaire
Son trajet n’est que l’inventaire
Des créations de chacun
Un spectacle en travaux
Et chacun apporte ses tréteaux
Chacun repeint les murs
D’un cri ou d’un murmure
Avec ou sans armure
Sur ou sous la ceinture
C’est vous qui faites les soudures
Entre les idées entre les poètes
Les cœurs meurtris et ceux en fête
Que vous soyez ville ou campagne
Que vous soyez détresse ou champagne
Manifestez votre chagrin ou votre entrain 
Entrez dans la danse des alexandrins 
Cette valse particulière à douze pas 
Même si ici on aime et on ne compte pas

Le Slam est un ascenseur
Un ascenseur émotionnel
Il va vous chambouler dans ton les sens
Va vous transporter sans électricité, sans essence 
A grand coup de voix sur les ondes portées 
Chacun apporte son étoile à la Voie Lactée 
Le Slam est un ascenseur 
Mais ne l’appelez surtout pas 
C’est lui qui vous appelle...


Lionel Daigremont
Poète et slameur en région parisienne, Yonl écrit depuis l'âge de 9 ans. Il propose un petit texte chaque jour sur son blog.
Son blog :
http://yonl-poete.blogspot.com/

Arbinagales créations

En face sombre

Côté obscur
Et face sombre,
Quand on marche sous le soleil,
On a tous sous les chaussures
Une trace d’ombre
Qui s’accroche à nos orteils.
Et à quoi bon essayer de la cacher,
De toute façon, on ne peut pas se l’arracher.
Alors, pour ne pas
Y engluer mes pas,
Et tenter de lutter contre,
Je l’assume à la plume, et je la montre !

Donc, si la vie est une putain,
Donne m’en une vérolée,
Que je la baise tous les matins
Sans pour autant m’en affoler.
Tout ce que tu trouves trop laid
Et qui te fait te sentir sale,
Crache-le, que je puisse l’avaler.
Le trash, je le digère pas mal !

Allez, vide ton sac, et craque tes poches,
Crache donc ce tordu et ce moche
Qui pue et amoche
Les vertus de ta caboche.
Donne-moi tes tics
Et tes tocs, ce qui pique,
Et puis te choque.
Mais surtout, garde ton froc,
Tes breloques, ton fric,
Et l’esthétique dont je me moque
Car tout le stock de pire,
Que tu évoques, je te le troque
À la réciproque d’un sourire !

Et, tu sais, ces odeurs de soufre
Dont ta conscience souffre,
Je les trouve charnelles
Et les préfère à du Chanel.
Et sache, que j’emmerde méchamment
Tous ces faux princes charmants,
Ces « Don Juan » du macadam
Qui en jouant les mecs à dames
S’altèrent pour une altesse
A l’hypocrite des princesses.
Oui, j’emmerde l’amour bien comme il faut
Des gros mythos, purs et sans défauts !

Alors, vas-y, embrasse-moi,
Crapote-moi la bite et les doigts
Aussi vite et autant que tu le veux.
Ça ne changera rien et malgré ton  vœu,
Comprends bien que je garderais mes oripeaux
Et en dessous ma peau de crapaud !

C’est pour ça que même
Si ça te hérisse l’épiderme,
Que tu préfères que je la ferme,
Je te dirais que je n’aime
Ni les parures ni les paraitre,
Mais parie sur les parias
Car dans l’ombre je vois naitre
La beauté des acacias !

Et n’attends pas d’excuses qui fusent,
Même si j’abuse, car je refuse
De me laisser formater
Aux saveurs des goûts forts matés
Par le commerce des cadavres surgelés.
Non… Le goût de la controverse, j’aime quand je l’ai !
Et tous ces bouts de bêtes qu’on fane,
Qu’on scelle en barquettes à la cellophane,
J’affirme que je les trouve bien plus froids
Que les clous rouillés plantés à nos croix !

Alors vas-y,  pèle moi la vie avec les doigts,
Comme on écorche une orange sanguine.
Enfonces-y à l’envie les crocs de ta voix
Comme tu planterais un bouquet d’épines
Dans sa chair pulpeuse et palpitante,
Juteuse et si loin de pâles pitances.
Dévore la vie au zèle de ta morsure,
Jusqu’à crever le fiel de sa face obscure,
Et ressentir le piment de ce goût amer
Qui te secoue l’âme de tout son art
Pareil à la claque de ta mère
Qui te tire d’un cauchemar
Où tout est lisse et tout est blanc,
A l’esquisse des faux semblants !

Côtés obscurs
Et faces sombres,
Sous le soleil, plus de censure,
Et faire la paix avec nos ombres !

 

Cod Kinay
« Côté pile on se fait beau, mais on a tous cette face sombre qu’on efface souvent par pudeur, par honte, par peur du jugement, où je ne sais quelle autre raison. Et ça nous bouffe, en silence, de l’intérieur comme un ver qui ronge une pomme… Alors, bienvenue dans la face sombre de mon slam, où les vers rongent le fruit de ma plume….»
Son blog : http://desmotsdecitoyen.fr/

octets

Electro-nique-moi

Electro-nique moi ma belle
Puisqu’on est à l’heure du web, du logiciel,
Des plans culs sur la toile
Et des notes à cinq étoiles.
Laisse-moi pénétrer dans ton tchat
Où like-moi pour que ça match,
C’est plus rapide que la tchatche.

Electro-nique moi ma belle,
J’ai la webcam et des pixels
Tout en HD
Que j’ai acheté
Pour te trouver via mon HP.
J’ai aussi le smartphone
Et ce qu’il faut sur le profil
Des sites où je m’abonne
Dans la fièvre du tactile.

Electro-nique moi ma belle,
J’ai des gigabits à la pelle
Dans ma ligne ADSL
Et la 3G qui tombe du ciel ;
Evidemment, j’ai le compte premium
Pour que jf cherchant jeune homme
Me trouve aux mises à jour
Des prétendants en mal d’amour.

Electro-nique moi ma belle,
Que je te spam la boîte mail.
Toi et moi ce sera mythique ou bien,
Adopte un mec, putain, je suis en chien.
Allé, fais glisser tes bas d’où que tu sois
Et « love me tinder » si t’es en bas de chez moi.
Que tu sois teen ou bien cougar
Lover en spleen cherche au hasard
Un coup de pine, un coup d’un soir,
Voir de quoi croire à une histoire.

 

Cod Kinay
« Et voilà un p’ti slam sur les rencontres via internet, d’où le titre : electro-nique-moi. On va pas polémiquer sur combien de personnes utilisent ces sites, combien ont trouvé l’amour grâce à ça, etc. De toi à moi, même si on n’y est pas allé directement, on connait tous quelqu’un qui a essayé au moins une fois un site rencontre. Et ça suffit pour affirmer que c’est un phénomène de société. Donc, je n’ai pas pu m’empêcher d’écrire et de publier ce slam, surtout en ce jour de St Valentin (même si je ne suis pas vraiment fan des traditions commerciales) ! »
Son blog : http://desmotsdecitoyen.fr/

La maîtresse d'école

Elle a un sourire en virgule,
Des yeux saveur de pain d’épices,
Des paupières ailes de libellule,
Des cheveux noirs comme réglisse,
Un côté dimanche en famille
Derrière ses lunettes sévères,
Des pianos jouant symphonies
Dans sa voix de fontaine claire.

Cette année, la maîtresse est belle !
Pas comme la vioc’ du CE2
Qui sent la soupe aux vermicelles
Et qui me tirait les cheveux.
Cette année, vrai, c’est décidé,
Je serai le roi du calcul,
Le prince consort de la dictée,
L’élève que tout le monde adule.

Elle porte un chignon en banane,
Des nénuphars sur sa chemise,
Et le parfum qui en émane
A des volutes qui me grisent.
Moi qui suis plutôt dégourdi
Pour les bêtises et les bons mots,
Me voilà tout abasourdi
Devant ses questions de géo…

Y’a du turbin, comme dit mon père,
Pour rattraper tout mon retard.
J’ai rendu ses billes à mon frère.
Finie la collec’ de pétards !
Comme j’ai la trombine de traviole,
Des courants d’air dans mon dentier,
Un mètr’ quarante tout en guibolles,
C’est le charme que j’dois travailler.

Bien sûr elle a un fiancé
(Le contraire m’aurait paru louche) :
Un moustachu un peu frisé
Qui prend des airs de Sainte-nitouche.
Mais faut pas se laisser abattre,
J’vais lui en mettre plein les mirettes
En récitant ma table de quatre
Une pile d’assiettes sur la tête !

Et même si ça n’aboutit pas,
Qu’elle me prend peut-être pour un con,
Que j’connaîtrai jamais ses bras,
Que je s’rai jamais son mignon,
Y'a des raisons moins avouables
Pour devenir un intello,
Un intégriste du cartable,
Un assidu des interros.

Peut-être que je s’rai ingénieur,
Chirurgien ou même président !
Et je dirai que c’est mon cœur
Qui m’a mené tambour battant,
A cause d’un sourire en virgule,
Et d’yeux saveur de pain d’épices,
De paupières ailes de libellule,
De cheveux noirs comme réglisse.

 

Clotilde de Brito
Championne du monde de slam (2015), Clotilde de Brito est chercheuse au CNRS de Rennes. Originaire de Brest, elle s’est formée au théâtre avec Lionel Jaffrès, puis avec Laëtitia Mentec pour l’improvisation. Elle a appris la musique dans les écoles de quartier de Brest et, arrivée à l’âge adulte, a entretenu sa pratique théâtrale par les stages proposés à la Maison du théâtre.
Son blog :
http://autourdeclo.over-blog.com/

Comptes de faits

A un moment, il faut se poser,
prendre le temps de respirer et établir les faits… 
où est-ce que j’en suis ? où est-ce que je vais ? 
globalement j’ai d’la chance, pas de parents cogneurs, ni lâches, ni vicieux ; voiture, avion ou train… pas d’accident d’essieu … pas de séquestration, d’attentat, ni de viol …
les faits divers m’ont ignoré, si : « ça », c’est pas du bol …

Complétons le tableau, que les choses soient dites :
enfants, petits-enfants… toute la famille en forme,
un boulot et un toit, sans baguette magique, à la force des bras ;
et là, si vous n’la voyez pas venir, moi, je vous la présente, voici la Fée Quoi …

Certes un bonheur posé est toujours relatif, car un seul coup du sort et l’édifice branle . alors, d’accord, il faut en prendre soin, consolider les pieds, y mettre les formes ; que l’Amour le cimente de long en large, de haut en bas …

et là, devinez qui ré apparaît : mais bien sûr : la Fée Quoi ?

Si je ne peux partager mon état, que suis-je donc venue faire sur cette terre ?
Si je ne peux rassurer, encourager, aider, supporter, mais à quoi sers-je ?
Une petite vie égoïste dans un monde égocentriste, serait-ce là un but en soi ?

J’avoue, l’bon Dieu, j’l’ai un peu perdu d’vue ; mais je ne renie aucune des notions de respect, d’amour et de partage qui m’ont été inculquées... seulement, quand je vois ou j’entends les débordements qui sont faits en son nom… je m’barre en courant ….

mais j’ai des poursuivants, dont une que vous connaissez maintenant : la Fée Quoi ?

Comme je n’ai pas le cœur d’une sœur Emmanuelle, ni la vision d’un Coluche mentor, ce ne sera ni grandiose, ni pérenne mais chacun sa mesure, la Fée Quoi se satisfera de petits efforts, puisque la seule à convaincre : c’est moi !

Alors de fil en aiguille est née, un gros cœur surmonté d’un panache blanc : Lily la Plume, personnage léger, riche d’amour et de vie, de tendresse, de bon sens, d’humour, de délicatesse …. pleine de bons sentiments… et régulièrement, je publie en son nom un petit quelque chose qui, je l’espère, amènera un sourire, une lumière dans l’œil du lecteur …

Lily la Plume est ma Fée Quoi, elle m’est vitale pour avancer, c’est un lien, une valeur ajoutée, un partage sans secret et aussi, quelle merveille, la découverte que lorsque tu ne penses que donner, en retour : cent fois tu reçois…

Je ne sais pas si ce petit compte de faits vous aura touché mais indéniablement il suscitera en vous une question… heuuuu... elle est où Ma Fée Quoi ? …

 

Lily la Plume
Son blog :
http://www.lilylaplume.com/

Bruits de pas...

17 h 30, cœur de l’hiver, la nuit vient de tomber… 
odeur de neige et brume opaque, une atmosphère ramassée … 
bruits de pas étouffés, miaulements apeurés … quelqu’un marche …
une silhouette se précise, paletot d’hiver et souliers plats,
bras allongés par deux gros poids, nez bien caché et tête en bas …
Porte d’entrée pas très cochère, l’ombre s’arrête et se déleste,
trousseau de clés, tintinnabule, et l’antre s’ouvre sans préambule …
Légèrement essoufflée, la forme s’engouffre dans le plain-pied
pose sur la table ses deux cabas, presse le bouton…
que la lumière soit … alors commence l’étrange ballet …. 
le manteau vole d’un geste adroit sur la patère d’un mur étroit ;
les victuailles s’en vont rejoindre le frigidaire au froid glacial
quand le pain frais prend ses quartiers sur le rebord d’un vieux buffet …
les casseroles s’entrechoquent, le cul au chaud, mais elles s’en moquent,
et l’on découvre une jolie liane qui touille et coupe et cuit et goûte …
satisfaite ; en deux temps elle nappe, met deux couverts,
salle de bain, robe dansante, juste un bouton ouvert,
appuie sur le lecteur pour un fond musical,
installe deux, trois bougies en fait jaillir la flamme,
attrape le tire-bouchon et tranquillement dévisse,
le sourire vermillon et l’arôme en indice …
19 h, plein hiver, la nuit est tombée… odeur de neige et brume opaque,
une atmosphère ramassée … 
bruits de pas étouffés, battements de cœur syncopés, 
quelqu’un marche …

 

Lily la Plume
Son blog :
http://www.lilylaplume.com/

La faute au silence

C’est la faute au silence
Si les salauds s’allient
Si les missiles s’élancent
Si nos sœurs sont salies
C’est la faute au silence

Ça commence dans les cours d’écoles
Entre les cours ça déconne
Se lancent de drôles de calls;
« Décolle, tu fittes pas dans le décor »
On va s’occuper de ton cas
La peur longe les corridors
Règlements de compte et corridas
On sacrifie le plus faible
Pour faire partie du tas
Sur une rumeur ou un fait
T’es plus que témoin
T’as rien à en dire
Même si t’en as les moyens
D’ailleurs t’as rien dit
Bien content d’être dans la moyenne
Quand on blessait le plus petit
C’est la faute au silence

 

REFRAIN
C’est la faute au silence
Si les salauds s’allient
Si les missiles s’élancent
Si nos sœurs sont salies
C’est la faute au silence

Faut se lever de bonne heure
Pour voir fermer un bunker
Mais dans les yeux des bonasses
Est-ce que tu vois le bonheur
Dès qu’ils arrêtent un punk ass
Des manifestants
Un flo se promenant pas de casque
Ceux qu’ils détestent tant
On a notre quota des petits méfaits
On en oublie les vrais mafieux
Ma foi, on est combien de méfiants?
Vois les banquiers qui tiennent les fils
Qui tirent les ficelles et nous enfilent
Pendant qu’à la rue s’étire la file
Je sais! Je chiale pour rien
Mais rien dire c’est trop facile

REFRAIN
C’est la faute au silence
Si les salauds s’allient
Si les missiles s’élancent
Si nos sœurs sont salies
C’est la faute au silence

Le silence forme une croûte
Sous laquelle les salauds se terrent
Ce n’est pas parce que personne n’écoute
Qu’on est obligé de se taire
Ce n’est pas parce qu’on se fait fourrer
Qu’on est obligé de jouir
Ma mine sert à forer
C’est de la matière que j’en tire
Matière à réfléchir
Pour ceux qui fléchissent moins
Ceux qui arrivent de justesse
Jusqu’à la fin du mois
Si on rush
C’est parce qu’on a la fronde
Garde les mains dans tes poches
On vient essuyer l’affront

On troque nos Dieux pour une science
On stocke la coke en silo
C’est la faute au silence
S’il y a de la rage dans le stylo

C’est la faute au silence…

[Extrait de l'album La faute au silence, 2014]

 

David Goudreault
Premier Québécois à remporter la Coupe du Monde de poésie, à Paris en 2011, David Goudreault prend la parole et rend l’écoute. Travailleur social de formation, il tente de rendre la poésie accessible en tant qu’outil d’expression et d’émancipation dans les écoles et les centres de détention de la province de Québec, notamment au Nunavik, et en France. Il allie slam et rap dans des chansons où le texte est mis de l’avant au profit de prises de positions altermondialistes. Il se produit régulièrement en spectacle accompagné de musiciens professionnels.
Son site :
http://www.davidgoudreault.org/

Fric et nique

Ils construisent un monde compliqué,
Plein de paperasses pour te fliquer,
Te ficher, t’afficher, sans t’expliquer.
T’es le jouet de la bande à Mickey,
Le Pinocchio de la classe friquée,
La pine au cul et ils t’ont niqué.

Ils m’ont niqué aussi, j’te rassure,
On a tous nos laisses qui assure
Une vie pour tous toujours plus sur.

Enfin, un vice toujours plus sûr pour eux
Où les grosses firmes dévorent les PME
Le ventre plein de tout leur fric affreux,
Leur fric affront, leur fric à frasques,
Le fric à fond, toujours du fric à faire,
Allez, on le sait, tombons les masques,
On se fait bien niquer dans cette affaire !

 

Cod Kinay
Son blog : http://desmotsdecitoyen.fr/

Libre

Je ne veux plus survivre, je veux juste bien vivre,
Survoler d’autres rives tel un homme vraiment libre.
Aimant, ivre, et sensible ; clémente, fine, restant digne ;
Belle, gentille et splendide ; rêvant, vif, mais candide.

Que des rimes et des hymnes sur les lignes de leurs livres,
Tous nos fils et nos filles qui décrivent leur spleen.
Hors du triste repli, de l’oubli dans la nuit.
Les soupirs, les sourires, les fou rires veulent tout dire.

L’élixir, l’eau de vie, l’exil qui nous délivre.
S’ils désirent ce qui brille, on respire quand ils vibrent.
Des cris vierges aux rizières jusqu’aux rivières du Nil,
Sur les rythmes des vies d’une danse d’amour d’une île…

On ne veut plus survivre, on veut juste bien vivre,
Survoler d’autres rives tel des êtres vraiment libres.
Tous ensemble dans un cri, dans le respect d’autrui.
Une république unie s’interroge sur #Charlie.

Unis dans les mariages et les enterrements en attendant la suite,
Célébrons cette communion familiale nationale comme en 98 !
Alors, à vos âmes, citoyens de la liberté guidés par le cœur,
Les armes seront notre plume dans l’écriture d’un monde meilleur.

J’aurai voulu invoquer Dieu pour nous donner une belle leçon d’amour
Ou alors pour nous éclairer depuis les cieux à la lueur de nos parcours
Mais y a-t-il mieux que le cœur libre de tous les Hommes qui sont debout
Pour faire vibrer le vivre ensemble dans l’harmonie du son du Nous ?

Au final, la question de notre siècle n’est peut-être pas de savoir ce qui est
"économiquement viable", "animalement exploitable"
"politiquement correct" ou "socialement acceptable"
Mais juste ce qui est humainement essentiel et universellement souhaitable
pour créer ensemble un monde avec des Etats d’âme plus habitables.

En tout cas, c’est ce que m’a dit mon pote-en-ciel.

 

Vincent Avanzi
Poète d'entreprise, auteur du blog Odyssée humaine et fondateur de La Plume du Futur, Vincent Avanzi est d'abord séduit par le rap puis par la musique engagée. A 18 ans, il écrit ses premiers textes. Il est aujourd'hui conférencier et développeur de richesses humaines et contributeur au journal Les Echos. Il anime le Cercle des Poètes de la Vie avec des débats et conférences, afin de repoétiser notre société, sublimer l’avenir, échanger et redonner vie à la poésie, la faire vibrer dans notre infinie mélodie du vivre ensemble.
Site officiel :
https://www.vincentavanzi.com/

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15 heures du matin

Le soleil frappe à ma fenêtre 
je lui souris 
j'ai deux trois mélodies en tête et plein d'envies 
elles m'en font voir de toutes les douceurs comment résister 
j'ai rendez-vous avec eux quelques heures, de liberté, hum hum 
à la radio les sales nouvelles chantent leurs refrains 
mais aujourd'hui personne n'cassera mon entrain 
bien trop zen et même que dans ma tête un peu largué 
y a une base de funk et un bit de reggae 
derrière la vitre y a ce bruit la ville qui ronronne 
faut que je sorte et prendre un peu ce qu'on m'donne 
derrière la vitre ça sent l' printemps j'ai la flemme de rien faire 
j' suis pressé d' prendre mon temps ! 
15 HEURES DU MATIN 
Plus rien ne m'atteint c'est mon instant suis mon instinct 
rien n'est important . 
15 HEURES DU MATIN 

Plus rien ne m'atteint tout est léger laisse-moi kiffer ici maintenant 
Je descends et croise mon voisin dans l'ascenseur 
J'aimerais bien l'inviter demain avec sa soeur 
Je salue les éboueurs les flics et cette blonde en tailleur Oye 
Son joli sourire tombe à pic sur ma bonne humeur huhum... 
ça vit ça rie ça gueule sur mon trottoir 
du grec au chinois de l'épicier au bar y a une odeur de café 
des couleurs au soleil une odeur de Maffé les cinq sens en éveil 
tout le monde ce schek des cassos aux beaux gosses 
des gentils aux féroces des bollos aux colosses même les pervenches 
font la gueule avec joie on va trinquer elles vont chanter avec moi 
15H DU MATIN

 

Grand Corps Malade
De son vrai nom, Fabien Marsaud, Grand Corps Malade s'intéresse très tôt à la musique. Il débute sa carrière en 2003 aux côtés de John Pucc'Chocolat et du collectif 129HG avec qui il devient un activiste des scènes slam. Parallèlement, il fonde l'association Flow d'Encre afin d'animer des ateliers d'écritures/slam auprès des municipalités, centres sociaux, établissements scolaires...
Il réalise son premier long métrage "Patients" en 2016.
Son site :
http://www.grandcorpsmalade.fr/

RER

Le RER

Mon unique souhait ma seul prière
On sait jamais si j’peux m’permettre
C’est le RER jusqu’à la mer
Même si c’est en zone six ou sept
Bord de l’océan arrêt flots bleus
De l’oxygène et puis de l’iode
C’est c’qui me manque pour être heureux
L’transport urbain jusqu’à la flotte
Le périph jusqu’à l’Atlantique
Les feux verts comme l’algue jusqu’à la Baille
Tout droit jusque la porte d'la digue
Les mouettes survolant la pagaille
Pour remplacer mon hamburger
'vec du persil un steak de thon
Le RER jusqu'à la mer
Sur la vie d'ouam ce s'rait mignon
Sous les pavés il y a la plage
Si on creuse encore le concept
Vu qu'y aura toujours des péages
Je garde les tongues j'jette les baskets
Mon unique souhait ma seule prière
On sait jamais si j'peux m'permettre
C'est le RER jusqu'à la mer
Même si c'est en zone six ou sept


Pilote Le Hot
Pilote le Hot est né en 1966 à Aubervilliers. C'est un poète performeur, actif depuis 1996 dans le mouvement slam. Il anime des ateliers d'écriture et d'interprétation dans des écoles, collèges, lycées, médiathèques et bibliothèques, des maisons d'arrêt, des centres culturels ou des lycées français à l'étranger. Il est également directeur artistique du Cabaret Culture rapide, dans le 20ème arrondissement de Paris.
Sa biographie :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pilote_le_Hot

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A l'école de la vie

J’y suis entré tout petit, sans le savoir, comme tout le monde
Derrière ses murs j’ai grandi et j’ai observé chaque seconde
J’y suis entré naturellement, personne m’a demandé mon avis
J’ai étudié son fonctionnement, ça s’appelle l’école de la vie
Faut savoir qu’ici tout s’apprend, les premières joies et les colères
Et on ne sort jamais vraiment de cet établissement solaire
A l’école de la vie, y’a des matières obligatoires
Et certains cours sont en option pour te former à ton histoire
La vie démarre souvent avec le prof d’insouciance
Il est utile, il t’inspire et puis il te met en confiance
Mais juste après vient le cours des responsabilités
Tu découvres les maux de tête et les premiers contrôles ratés
Le cours de curiosité est un passage important
En le comprenant assez tôt, j’ai gagné pas mal de temps
Puis j’ai promis que je m’inscrirai dans le cours de promesses
Mais j’ai parfois été fort dans le cours de faiblesse
A l’école de la vie, tout s’apprend, tout s’enseigne
Tout s’entend, on s’entraîne, des matières par centaines
C’est l’école de la vie, j’ai erré dans ses couloirs
J’ai géré dans ses trous noirs, j’essaierai d’aller tout voir
En cours de grosses galères, j’ai eu quelques très bonnes notes
C’est ce genre de résultats qui te fait connaître tes vrais potes
Ça m’a donné des points d’avance et une sacrée formation
Pour le cours de prise de recul et le cours d’adaptation
Je me rappelle du cours d’espoir, j’avais des facilités
A moins que je ne confonde avec le cours de naïveté
Puis y’avait une filière mensonge et une filière vérité
J’ai suivi les deux cursus, chacun a son utilité
En cours de solitude, j’avais un bon potentiel
Se satisfaire de soi-même est un atout essentiel
Mais j’aime bien aussi l’ambiance qu’y avait dans le cours de bordel
J’ai vite compris que l’existence se conjugue mieux au pluriel
C’est qu’en cours d’humanité j’ai eu deux très bons professeurs
On a eu des travaux pratiques tous les jours moi et ma soeur
J’espère que petit à petit j’ai bien retenu leurs leçons
Et qu’à l’école d’une autre vie, je transmettrai à ma façon
A l’école de la vie, tout s’apprend, tout s’enseigne
Tout s’entend, on s’entraîne, des matières par centaines
C’est l’école de la vie, j’ai erré dans ses couloirs
J’ai géré dans ses trous noirs, j’essaierai d’aller tout voir
En cours d’histoire d’amour j’ai longtemps été au fond de la classe
Le cul contre le radiateur, j’ai bien cru trouver ma place
Mais en pleine récréation alors que je n’attendais rien
J’ai reçu ma plus belle leçon et le prof m’a mis très bien
Au cours de liberté, y’avait beaucoup d’élèves en transe
Le cours d’égalité était payant, bravo la France
Pour la fraternité, y’avait aucun cours officiel
Y’avait que les cours du soir, loin des voies institutionnelles
Alors on saigne, on cicatrise, on se renseigne, on réalise
Les bons coups et les bêtises, on s’allie, on se divise
Moi pour comprendre l’existence un peu plus vite ou un peu mieux
J’ai choisi le cours d’enfance en ville et j’ai même pris l’option banlieue
Reste qu’en cours de bonheur, le prof était souvent malade
On s’est démerdés tout seuls, on a déchiffré ses charades
Autodidactes en sentiments, y’aura pas d’envie sans piment
Dans mes cahiers en ciment moi j’apprends la vie en rimant

 

Grand Corps Malade