La poésie est élément. Elle est irréductible, incorruptible et réfractaire.
Comme la mer, elle dit à chaque fois ce qu'elle a à dire.
Victor Hugo 

Couchant

Au sel de l'azur, survient une mouette

Qui, de son aile, au blason des rivages,

Rie à ceux qui se poudrent d'embruns,

Lorsque la vague acrimonieuse

Roule, éternue en pléiade de gouttelettes

Puis doucement se pare de bijoux coquillages.

Ecoutez ! Elle ne gronde pas, elle geint

Et murmure des sentences mystérieuses.


Le ciel a vomi son ozone en un lit de galets

Comme autant de runes. Cherche-t-il son destin ?

Au pied des carrelets, en géantes toiles,

L'arachnide du temps brode nos secondes

Et des manteaux d'argent aux ingambes mulets

Que des oiseaux de mer convoitent en festin.

Sur un trait d'horizon, se mirent quelques voiles,

Des rêves de marins, des couleurs vagabondes.


Dos à la falaise, n'être qu'insignifiance du rien

Et déjà suffisance pour autant de splendeurs.

Mais que dire des blandices d'alizés lointains

Venues murmurer les mélopées des sirènes ?

Ivre du vent, je m'ennuage en un baume aérien

Et emplis mes poumons à l'éther du bonheur,

Enfin, la mer s'est couchée sur le sable libertin

Honorant l'horizon, demandant de clore la scène.

 

Premier Prix
Pascal Fouquet

17 Chaniers
Concours 2017

Aux voleurs !

Tapageur, noir et dense un vol de sansonnets

S'abattant, s'ébattant chaparde mes griottes,

Un tapis de noyaux jonche le gazon sec.

 

Adieu guignes au kirsch et clafoutis gourmands !

D'un prunier de Damas les branches alourdies

D'une heureuse provende ont cédé sous la charge.

Les fourmis queue leu leu s'ensuquent de sirop.

Du chaudron trop profond, la confiture est cuite !

De la treille roussâtre aux sarments chevelus,

Les guêpes bruyamment en un essaim vorace

Vendangent les grains d'or que septembre a mûris

L'alambic est muet, point de marc au tonneau !

Tel le ver à la pomme ou la loche aux laitues,

L'écureuil au noyer que pourchasse l'agasse,

J'irai piller le miel de la ruche enfumée...

Et mon grog au temps froid me chantera l'été !

 

Deuxième Prix
Marie-Claude Galloyer

78 Mesnil-le-Roi
Concours 2017

Essex

Je porte ici mémoire d'un beau trois-mâts carré

En vous contant l'histoire d'un navire oublié.

Des rivages des Açores aux îles Société

Je fus le mousse du bord, oyez mon odyssée !

Il avait nom l'Essex, faisait près de cent pieds,

Une ossature de chêne, un pavois, des bordés

Et au fond de ses cales, de longs harpons d'acier.

Traquant le cachalot, c'était un baleinier.

En mille huit cent dix neuf, à la fin de l'été

Partîmes de Nantucket pour au moins deux années.

Année mille huit cent vingt, le dix-neuf de novembre

Au cœur de l'offshore-ground, croisâmes la destinée.

Un énorme cachalot par deux fois a frappé,

Curieux retour du sort, le chasseur est chassé.

Abordé par la proue et puis sur le bordé,

Sa coque disloquée, le navire a sombré.

Nous étions dix-neuf hommes, harponneurs et gabiers,

Et dans trois baleinières avons pu embarquer.

Sans eau ni nourriture, épuisés, ballottés

Durant plus de cent jours nous avons espéré.

Comme un petit navire vous l'a déjà conté

Il faut parfois pour vivre franchir quelques fossés.

Ce fut ici le cas, simplement pour durer.

Au jeu de courte paille, il nous fallut jouer.

Nickerson est mon nom, Thomas suis prénommé.

Un des rares survivants d'une triste équipée.

Bien des années plus tard j'ai souhaité la conter.

J'étais le mousse du bord, j'en fus l'épistolier.

 

Troisième Prix
Martial David

44 Bouaye
Concours 2017

Image : Thomas Nickerson

Le pirate

L'été dernier sur une plage,

J'ai ramassé deux coquillages,

Un bout de bois, je saucissonne,

J'ai fabriqué un téléphone.

Je l'ai porté à mon oreille,

Et j'ai parlé dans l'appareil,

On m'a répondu aussitôt,

Qui vient perturber le repos

Du capitaine Le Guémeneur,

Surnommé Yvon le sans-coeur ?

J'ai bredouillé quelques excuses,

Pardon Monsieur, suis très confuse.

Une femme joue donc l'intruse,

Diantre, la bougresse m'amuse,

Aujourd'hui, je serai courtois

Car vous ignorez mes exploits.

Sur mon trois-mâts, Fou de Bassan,

J'ai enduré les rugissants,

J'ai parcouru les océans,

Soumettant des voiliers géants,

A la pointe de ma rapière

Pour devenir un vrai corsaire.

Le plus hardi navigateur,

Tremblait au nom de Guémeneur,

Et préférait se dérouter,

Plutôt que devoir m'affronter.

Le vent se lève, moussaillon,

Voguons au sud, vers les galions,

Adieu Madame, l'or nous attend,

Morbleu, du nerf au cabestan !

Dans le sable mou j'ai creusé,

Ai déposé le combiné...

 

Prix Spécial du Jury
Sylvaine Le Querrec

56 Berné
Concours 2017

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Detrás de la cortina

Murs roses, volets verts et rideau noir

Et, juste entr'aperçu le catalpa...

Où va l'amour que l'on ne donne pas ?

Ton souffle court au hasard, sans savoir

Et, juste entr'aperçu le catalpa...

Prends notre temps, nous n'en avons plus tant,

Et fais le vide autour de cet instant

Qui nous chavire et qui porte nos pas.

Où va l'amour que l'on ne donne pas ?

La pluie de nuit faucarde les mémoires

Et l'eau du cœur cherche son déversoir.

¿ Que habrá detrás de la cortina ?

Ton souffle court au hasard, sans savoir

Qui nous chavire et qui porte nos pas.

¿ Que habrá detrás de la cortina ?

Murs roses, volets verts et rideau noir...

 

Mention Honorable
Maryse Decool

62 Bétune
Concours 2017

Favelas

La ville s'assoupit et les seins soulevés
Des collines sans nom allaitent le silence.
Quelque part, dans la nuit, comme une fulgurance
Un cri s'élève et meurt, appel inachevé,
Râle d'une agonie ou de pauvre jouissance.

Naufragés des taudis, à l'heure où le sang bat
Dans le déhanchement de noires bacchanales,
Des marins de sueur à l'arrogance mâle
Cueillent à pleine paume, au rythme des sambas,
Les croupes ondulant d'aphrodites vénales.

Dans ces jeux de l'amour où les bandit-manchots
Pour vingt dollars froissés dans la main qui transpire
Ouvrent la fille offerte, avide tirelire,
On ne sait qui se perd, Carlota ou Sancho,
Quand l'aube ensommeillée dans le brouillard s'étire.

Comment peut-on aimer, dis-moi, par quel credo
Insensé balisant ce chemin de détresse
Peut-on quérir en l'autre, inaudible déesse
D'une Olympe embrassé par le Corcovado,
Les éthers frelatés d'une infinie tristesse ?

Des favelas de suie on devine, incertains,
Des corps se mélangeant ainsi que des racines
Dans l'humus d'un délire où Dieu même hallucine.
Et quand s'évanouit la ronde des putains
La nuit exsangue geint, que l'aurore assassine.

 

Premier Prix
Guy Vieilfault

77 Croissy-Beaubourg

Concours 2016

Camargue

Un cheval blanc galope bref rai de lumière
Sous le feu du couchant, le vent dans la crinière,
Affleure des marais en des gerbes d'argent,
Entraînant son troupeau, libre vers les étangs.
Se mirent dans ces eaux le rose des flamants,
Le cuivré de l'azur, les vifs reflets mouvants
De ces ardents coursiers, fiers dans le contre-jour,
Piaffant et s'abrouant, se cabrant tour à tour.
Soudain, ils se figent au fracas des taureaux,
Dans l'immense étendue, loin des verts boqueteaux,
Manade dansante sous les cris des gardians,
Fonçant vers un enclos dans un bruit éclatant.
Ils jaillissent de l'eau, s'éparpillent grisés,
Un feu d'artifice de gouttes irisées,
Dans le soir qui descend, ils s'évanouissent au loin.
Là-bas, à l'horizon, le soleil les rejoint.
Dans la nuit veloutée, les grenouilles chantonnent
Puis plongent au milieu des roseaux qui frissonnent
Sous un souffle marin et tandis qu'au lointain
Des rythmes sont créés en frappant dans les mains.
Le chant des gitans suit le tempo des guitares,
S'envole dans les nues, résonne puis s'égare.
Près d'eux un feu rougeoie, étincellent ses flammes,
S'y dessine la silhouette d'une femme
Dont la robe tournoie. Son corps tangue en cadence,
Sensuels ses doigts dansent pénétrés d'indécence.
Elle tape le sol de ses pieds nus et frêles
Tout en virevoltant sans retenue réelle ;
Enfin les voix meurent, les lumières s'effacent,
Les ferveurs se calment. Des bruits d'ailes, fugaces,
Camargue tu t'endors dans la nuit brune.
L'ombre d'un cheval blanc joue dans le clair de lune.

 

Deuxième Prix
Danielle Zonca

17 Meschers-sur-Gironde

Concours 2016

La vague et le mot

En vers de mirliton, il me vient en la tête
(Un pauvre mirliton qui se croit un poète !)
Des mots dans tous les sens. Mais sont-ce bien des mots,
Ces lettres alignées ? Ou des phrases de maux ?

Je suis comme la vague avant de déferler :
Elle gonfle, elle monte et s'en vient éclater
Sur la roche agressive... ou s'en vient s'étaler
Sur la grève de sable en un voile diapré.

Le reflet de la vague est comme une écriture,
Tantôt nuage noir, tantôt ciel d'un bleu pur ;
Car il en est des eaux comme il en est des mots :
Certaines eaux sont claires, certains mots sont très beaux.

La vague en s'élevant déroule en longue fresque
Un rouleau galonné de folles arabesques.
La main, en écrivant, trace sur le feuillet
Des mots à pleine page, ou des mots en billets...

Sur le sable bruni la vague effacera
Les dessins éphémères que la main tracera.
Sur le papier jauni ma plume gravera
Des mots venus de moi que mon coeur dictera.

De la vague et du mot chacun a sa raison :
Si l'onde efface tout, le mot exhausse tout,
D'une rose en bouton venant en floraison,
A ce tout petit rien faisant d'un rien un tout.

Comme aux jours de marées, mon coeur veut déborder.
Les mots se précipitent, vont se bousculer...
La plage de papier se couvre d'une houle
De noms et d'adjectifs, verbes venus en foule,

Tous ces mots trop longtemps retenus prisonniers
S'échappent à présent, prennent leur liberté...
Bien au-dessus du lot, ils volent vers le ciel
Et me font un sourire en un battement d'aile.

 

Troisième Prix
Pierre-Etienne Girard

17 Sablonceaux

Concours 2016

La mort du phoque

Il a surgi soudain de la profonde nuit,
Traquant le phoque noir sur la gangue de glace ;
Sur la banquise morne, à pas lents se déplace,
Près de l'humble habitat du vieux chasseur inuit.

L'ours a jeûné des mois dans sa sombre tanière,
Hurlant tel un damné son insatiable faim,
La saison des banquets va reparaître enfin :
Il repart à l'assaut de la nature fière.

De son large museau, flairant le malheureux,
Sur l'animal qui tremble, exhale un souffle fauve ;
Le sol immaculé se teinte alors de mauve :
Dans le profonde silence un râle monte, affreux.

Grognant de volupté pour ce festin macabre,
Dans le corps tiède et gras de la bête aux flancs ronds,
Plante griffes d'acier comme des éperons,
Lui arrache le coeur avec se dents de sabre.

Au-dessus du cadavre, à présent resté seul,
L'immense ciel témoin de l'horrible supplice,
Détourne son regard, honteux d'être complice ;
Drapant les os blanchis, de neige pour linceul.

 

Prix Spécial du Jury
Suzanne Alvarez

83 Draguignan

Concours 2016

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Lumières vespérales

Le disque incandescent se prépare pour la nuit...
La lune avec douceur, assiste à la magie
Chaque soir renouvelée de l'union vespérale
Du soleil qui s'endort dans les bras de la nuit
En noces triomphales !...

Le ciel s'est enflammé de lueurs écarlates,
Jaspé de-ci de-là de filaments blanchâtres
Entremêlés de serpentins dorés
Striant son bleu profond de sillons effilés

Du jaune et du violet se fondent dans le rose
Dont le ciel, tout à coup, dans sa métamorphose
Affichant sans complexes sa parure grandiose,
S'est triompalement vêtu jusqu'à l'apothéose...

Un voile encore bleuté s'étale tout autour,
Comme une large traîne qui brille à contre-jour,
A l'instant où la nuit prépare le berceau
Dans lequel va sombrer le plus beau des joyaux.

Au-dessus de la Seudre, dans la douceur du soir,
Le ciel un peu rosé, s'est soudain assombri...
L'eau du fleuve, irisée, semble garder l'espoir,
D'un firmament serein à la gloire de la nuit.

Le moulin à marées longtemps illuminé
Par l'astre du jour prodigue et désintéressé,
S'évanouit lentement dans l'ombre de la nuit,
Nous laissant deviner se silhouette massive brusquement endormie.

Demain, reparaîtra dès le petit matin,
Resplendissant, majestueux,
Etincelant à nouveau de ses feux,
Fidèle et radieux, beau, digne et prestigieux
Imposant, pareil à un pacha glorieux...
Le disque d'or, tel un bijou dans son écrin !...

 

Mention Honorable
Simone Maréchal

17 Etaules

Concours 2016

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Par-delà les Alpes

Deux autres éléphants mourront avant ce soir
La neige nuit et jour transperce nos cuirasses,
Mes doigts sont engourdis et mes jambes sont lasses,
Et je dois enflammer mes troupes d'un espoir

Que je crois quelquefois ne plus moi-même avoir ;
Je ne regrette plus Carthage et ses palaces,
Ni ne rêve aux honneurs, ni ne crains les disgrâces,
Mais suivrai par-delà les Alpes mon devoir.

Je ne suis plus de ces amants de la Victoire
Qui, sourds à la raison, n'écoutent que leur gloire :
Ces héros ont la terre entière pour tombeau ;

Quant à moi, je veux bien, sous quelque informe butte,
Reposer dans l'oubli, sans stèle et sans flambeau,
Si je puis t'entraîner, ô Rome ! dans ma chute.

 

Premier Prix
Aurélien Clause

57 Metz

Concours 2015

Marron

J'ai quitté Fort-Royal
Sans prévenir les miens qui n'auraient pas compris
Sans jeter un regard à la case endormie.
Sous le ciel étoilé, je marche d'un pas lourd.

Sitôt l'aube argentée, je déserte les pistes,
Me fraye, à la machette, un chemin dans les herbes.
Le soleil est de plomb, l'atmosphère étouffante,
Mes jambes en coton.

Il doit être midi.
Je rafraîchis ma nuque, au filet d'un ruisseau,
M'adosse au tronc charnu d'un courbaril en fleurs
Pour manger la cassave et l'épi de maïs.

Je pense à ma famille.
Je suis différent d'eux qui plient sous la férule.
Je peux tout endurer, que le maître me fouette,
Qu'il m'enchaîne au poteau, pas qu'il touche à ma mère !

Je sommeille, bercé par le chant des courlis
Lorsque l'aboi d'un chien me réveille en sursaut.
S'ils retrouvent ma trace, ils seront sans pitié.
Vite, il me faut partir !

Je cours, la peur aux trousses
Jusqu'à l'Anse Couleuvre et la fin du voyage.
Foulant le sable noir, je m'élance au profond
De la mer Caraïbe au miroir céladon.

Surplombant l'océan, la montagne Pelée
M'invite en sa forêt luxuriante et sauvage.
Là, savent se terrer mes frères de malheur,
Les esclaves marrons.

J'ai quinze ans, je suis libre et j'entre en résistance !

 

Deuxième Prix
Claudine Hillard

85 Les Sables-d'Olonne

Concours 2015

xc

Nostalgie

J'ai retrouvé le manteau bleu de mon enfance,
Ratatiné, transi, sur un clou de l'oubli ;
Il espérait encore un geste, une présence,
Je l'avais suspendu après avoir grandi.

Dans sa poche entr'ouverte aux flancs de tirelire,
Sommeillait un sanglot niché sous une peur,
Un espoir ébahi a sauté sans rien dire,
En traînant avec lui, un lambeau de bonheur.

J'ai agrippé alors un pan de sa doublure,
Il a gémi tout bas et grimacé très fort
Et puis, s'est déchiré depuis son encolure
Jusqu'à l'ourlet béant, pâle comme un remords.

En appuyant mon front sur son épaule lasse
Où frisottaient encore un ou deux cheveux bruns,
Ma joue a regagné exactement sa place
Dans les plis de la manche où rôdaient mes parfums.

Des rires maladroits, éveillés par mégarde,
Tremblaient l'un contre l'autre, inquiets du lendemain
Ils écoutaient de loin une joie trop bavarde
Qui, parfois, se taisait et cherchait son chemin.

J'ai caressé longtemps la fripe endolorie,
Contre mon cœur ému, j'appuyais son corps froid ;
Sur son dos fatigué et sa face sans vie
Je suivais doucement la trace de mon doigt.

Quand je ne serai plus, ce souvenir d'enfance
Aura quitté sans bruit le vieux monde pervers
Et laissé s'épuiser mes moments d'espérance
Que j'avais oubliés dans mon vieil univers.

 

Troisième Prix
Andrée Marquis-Duez

62 Angres

Concours 2015

Le vieux puits

« Vieux puits, raconte-moi un peu de ta mémoire,
Tes moments bleus, tes moments noirs,
Un peu de ton intimité,
En hiver, en été, la journée et le soir :
Vieux puits, raconte-moi un peu de ton passé...

Tu les as bien connus ces braves gens vaillants
Aux mains calleuses, aux doigts saignants,
Venus tirer de tes entrailles
Ton eau que tu offrais au prix d'efforts poignants :
Vieux puits, raconte-moi cette noble piétaille...

Tu as vécu le drame de cet adolescent
Victime d'un accès puissant
D'Eros à l'arc au trait cruel,
Que tu as vu mourir dans ton fond croupissant :
Vieux puits, raconte-moi ce chagrin éternel...

Et tu fus le témoin des amours interdites,
Des grands aveux, des joies maudites,
De deux amants enamourés
Venus sur toi la nuit profiter de ton gîte :
Vieux puits, raconte-moi ce secret satané...

La mousse a recouvert d'un sombre manteau vert
De trop d'étés, de trop d'hivers,
Tes vieilles pierres et ton vieux seau
Qui dort à tes côtés, et ce n'est pas d'hier :
Vieux puits, raconte-moi ta vie de jouvenceau...

Mes mains ont caressé ce témoin immobile,
Passé muet, force tranquille,
Trésor vivant, musée sacré,
Vous le faites souffrir, souvenirs indociles :
Vieux puits, ne me dis rien, j'aime m'imaginer... »

 

Prix Spécial du Jury
Robert Faucher

69 Communay

Concours 2015

er

Côte d'Opale

Quand vient le temps d'hiver sur la Côte d'Opale,
L'horizon se défend de tout éclat trop vif
Et les cieux embués déversent leur eau pâle
Sur des flots effrénés qui se voudraient lascifs.

Le fort, sur les rochers, projette son reflet
Et guette le flobart au retour des marées ;
Sur l'estran désolé qui compte ses galets,
Des frissons éraflent les flaques égarées.

Le tumulte bourru du vent échevelé
Cingle de sa fureur les dunes aux longs cils,
Leur fait courber l'échine en sa course affolée,
Et du septentrion libère le grésil.

A deux pas de la ville, à l'abri des regards,
Les villas potelées, repliées sous les pins,
Se rient des éléments, assoupies à l'écart,
Leurs pupilles éteintes sous leurs volets peints.

Il n'est pas un géant, fût-il nommé Hiver,
Qui pourrait infléchir le fier pays d'Opale
Façonné par la bise, ouvragé par la mer,
Riche d'une chaleur que nulle autre n'égale.

 

Mention Honorable
Maryse Decool

62 Béthune

Concours 2015

Jardin public

Bercés par l'adagio de leur destin,
Les vieux messieurs fixent la pelouse,
La canne coiffée du dôme des mains.
Qu'il est loin le temps des craies et des blouses...

Les vieux messieurs fixent la pelouse
Tandis que le vent doux brise leur coeur.
Qu'il est loin le temps des craies et des blouses...
L'un deux se lève avec gêne et pudeur.

Tandis que le vent doux brise leur coeur,
Les autres vérifient leur décrépitude.
L'un deux se lève avec gêne et pudeur,
L'âme éclaboussée de solitude.

Les autres vérifient leur décrépitude
D'un seul regard triste, déjà lunaire,
L'âme éclaboussée de solitude.
-Ô, noëls et veillées de naguère !-

D'un seul regard triste, déjà lunaire,
Ils songent aux larmes, aux joies fortes
-Ô, noëls et veillées de naguère !-
Ou enlacent leurs amantes mortes.

Ils songent aux larmes, aux joies fortes,
La canne coiffée du dôme des mains,
Ou enlacent leur amantes mortes,
Bercés par l'adagio de leur destin.

 

Premier Prix
Sylvette Simon

69 Chaponnay

Concours 2014

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A l'écume de l'encre

Il ne refleurit plus mon jardin poétique
Et végète en jachère au solstice d'été,
Car l'inspiration de façon sabbatique
Se déleste parfois de créativité.

Je médite en silence, à quand joli poème ?
Il semble prisonnier de quelques barbelés.
Comment déverrouiller la clé de ce problème
Qui bloque mes esprits vraiment écervelés ?

Une terre infertile essaime mauvaise herbe,
Or le vieux sage a dit, chuchotant un conseil,
Se remettre à l'ouvrage et stimuler le verbe
En titillant la muse en son obscur sommeil.

C'est une certitude à l'assaut d'une panne,
Mais j'aperçois l'étoile en ce cosmos teinté.
Je balise une sente au coeur de ma savane
En ouvrant une porte avec dextérité.

Korrigane en bon maître insuffle sa magie
Pour modeler l'arpège, il suffit d'un essor.
Au plaisir moissonneur, renaît la poésie
Tissant l'alexandrin sans un état-major.

Oui j'adore les vers déferlant sur ma page...
A l'écume de l'encre, une danse de mots
Me procure l'ivresse et me prend en otage
Comme un amour unique au rouge des pavots.

 

Deuxième Prix
Claudine Guicheney

33 Langon

Concours 2014

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Le semi-poète

On dit : "C'est en forgeant qu'on devient forgeron",
Que c'est au pied du mur qu'on trouve le maçon.
N'y aurait-il besoin qu'empoigner la truelle,
La tranche ou le marteau ? Vous me la baillez belle.

Ainsi, en écrivant, serait-on écrivain ?
Là, guère je n'y crois ; ce n'est pas pour demain
Que la simple occasion de faire la plume
Engendre un Montesquieu ; que le diable m'emplume !

Et le poète alors ? Suffirait-il ma foi,
Pour des oeuvres de gens procédant comme moi,
Qui rehausse mes mots de quelque pauvre rime,
De les nommer "sonnets" avec un "dix" en prime ?

Un poète est, je crois, quelqu'un d'une autre essence,
Un sujet imprégné par une eau de jouvence,
Qui entrevoit lui-même au-delà du concret,
Le lyrisme émergeant, l'esprit fin et discret.

Braves gens des jurys, montrez-vous indulgents !
Semi-poète ému, je dis ce que je sens
Comme cela me vient, de manière empirique
Moi qu'on n'a pas trempé dans la potion magique.

 

Deuxième Prix
Roger Martini

24 Firbeix

Son site : http://roger-martini122.monsite-orange.fr/

Concours 2014

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Chagrin d'Adour

L'aurore ouvrait les yeux, vous en souvenez-vous ?
Le ciel semblait sourire à l'eau d'une rivière
Dont le doux chuchotis apaisait les remous
Des pales du moulin, muet, comme en prière.

Et l'Adour sauvageon inondait la clairière
Où des jeux enfantins ont laissé leurs froufrous.
L'aube levait les yeux, vous en souvenez-vous ?
Sous les roseaux, la barque attendait, balancelle

Des inspirations de vos rêves d'antan.
Dans les flots de vos yeux, le feu d'une étincelle
Animait votre rire à l'écho de l'Autan.
Sur notre ombre en miroir dans l'onde de l'étang,

Le platane joufflu s'étirait en ombelle.
Le jour clignait des yeux, vous en souvenez-vous ?
Puis au bord de vos cils, au détour d'un regard,
J'ai lu tout le chagrin d'une enfance orpheline,

Une larme a coulé. Je vous sais tant d'égard ;
Votre main dans la mienne était douce et câline.
Comme un tendre péché, mon âme fut encline
Au désir d'un baiser. Mais il était bien tard.

La nuit fermait les yeux, vous en souviendrez-vous ?

 

Prix Spécial du Jury
Hélène Berger

40 Mont-de-Marsan

Concours 2014

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La main

Eh ! T'as vu le travail, depuis que l'être humain
S'est dressé sur ses pieds pour conquérir la terre.
J'ai bâti des palais et tracé des chemins
J'ai modifié le monde et sculpté la matière.
Regarde mes cinq doigts et combien je suis belle
Que serais-tu sans moi, agile et essentielle ?

Tu as raison, je suis manchot
Sans toi qui cours sur ma guitare,
J'ai tiré un fameux gros lot
Si tu n'es fruit que du hasard.

Depuis la nuit des temps je nourris les humains,
Je cajole et je soigne ou fais naître la vie
J'ai même réparé et greffé d'autres mains
Je me tends vers ton frère et en fais ton ami.
Je deviens magicien et pour d'autres bienfaits
Les deux yeux de l'aveugle ou langue du muet.

Tu as raison, je suis manchot
Sans cette main qui tant m'apporte,
Prolongement de mon cerveau,
Guidée par le bras qui la porte.

Une main qui écrit, celle qui plante un clou,
Une main de bébé ou une main de vieux
La main du musicien, celle qui amadoue
Sont actions à venir ou souvenirs précieux.
Ne suis-je pas chez toi, l'élément admirable,
Le merveilleux outil, l'organe irremplaçable ?

Un peu de modestie, la main,
Indispensable serviteur,
Tu n'as pas fait toujours le bien
Et pratiqué bien des horreurs.

 

Mention Honoable
Jacques Rennesson

91 Epinay-sur-Orge

Concours 2014

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Solitude

Dans le Causse endormi où la vie se fait rare
Mon pas distrait m'amène au hasard d'un sentier
Jusqu'à la combe nue où le vent seul, s'égare
Parmi la roche grise et le genévrier.

Un écho oublié m'interpelle et m'entraîne,
Passante solitaire, au regard attentif,
Vers un mur écroulé, une grille sans chaîne,
Entr'ouverte à l'instant, d'un battement plaintif.

Près d'un if frissonnant, blottie dans le silence,
Accrochée au présent de tout son désespoir,
Une ferme se meurt de trop de négligence
Entre une vigne inculte et un très vieux lavoir.

Au bord d'une margelle, embarrassée de mousses,
De joubarbe et d'iris, à ses flancs, accrochés,
Elle pleure tout bas et les fougères rousses
Apaisent doucement ses sanglots étouffés.

Son pigeonnier branlant, affaissé avant l'âge,
Sous l'autan et la pluie réunis en concert,
A perdu ses pigeons, affolés dans l'orage,
Quand la foudre a saisi le grenier grand ouvert.

La lèpre de l'absence a rongé pierre à pierre
Son escalier désert et ses murs fissurés,
Décrépis jusqu'au coeur de la façade austère
Où glissent, désormais, des lézards rassurés.

Il y a si longtemps que le maître repose...
Derrière les volets, s'est installé l'oubli...
Un rosier, sur le seuil, a laissé une rose
Que l'été finissant éparpille à l'envi.

 

Premier Prix
Andrée Marquis-Duez

62 Angres

Concours 2013

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Tzigane

Je n'irai pas m'asseoir sur le banc des écoles,
Cheveux ras, enfermé, captif tel un oiseau
Réciter sagement "Le chêne et le roseau",
J'irai vivre à mon gré, loin de leurs fariboles.
Je préfère jouer, galoper dans le vent,
Ivre de liberté, chanter à perdre haleine,
Me réchauffer les mains sous ma veste de laine
Et m'écorcher la voix, face au soleil levant.
Les règles des gadjé me sont une prison,
Je les jette dans l'eau, par-dessus mon épaule,
Je me reposerai à l'ombre d'un grand saule,
Le trot de mon cheval rejoindra l'horizon.
Je laisserai se perdre, entre mes doigts, le temps,
Comme sable léger s'envolant de la dune,
M'endormirai dehors, sous l'oeil blanc de la lune
Et me réveillerai aux rayons du printemps.
Nul ne viendra passer une corde à ma vie,
N'entravera le pas, confiant, de mon coursier,
J'écrirai mon destin en suivant l'épervier,
Traçant dans le ciel pur le chemin de l'envie.
Et pourtant, je le sais, ils me rattraperont,
Je subirai leur loi malgré toute ma rage,
Mon violon se taira quand je serai en cage,
Mais je m'évaderai : jamais ils ne vaincront.

Note de l'auteur : un gadjo, des gadjé : des non-tziganes

 

Deuxième Prix
Christine Lamy

14 Varaville

Concours 2013

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Souvenir du Marais Poitevin

La barque pourfendait cette nappe immobile :
Pas le moindre murmure, pas un son, pas un bruit,
Pas la moindre caresse d'une brise fragile :
Le jour s'était drapé des mystères de la nuit...

L'avancée déflorait cette étrange beauté
En laissant de côté les rides douloureuses
D'une onde involontaire qui allait réveiller
Quelques tiges noyées, quelques branches pleureuses...

La nature sécrétait un silence troublant
Qui savait enseigner le for de la conscience...
Tout semblait endormi et tout semblait parlant :
Ce discours si muet respirait l'éloquence...

On avait l'impression, dans ce décor figé,
De venir violenter une carte postale
Et voler des instants de noble intimité
En déchirant l'hymen d'une tendre vestale...

Des passages secrets s'ouvraient timidement
Sous le gré insolent de la perche rigide :
Ils offraient leur candeur en cachant tristement
Le poids de leur blessure sous des élans frigides...

Quelque peu au-dessus, les arbres entremêlaient
Leurs branches résignées en voûte de verdure...
Quelquefois une feuille, épuisée, en tombait :
Elle avait un miroir pour douce sépulture...

Nature silencieuse, peux-tu continuer
A soumettre l'esprit, à transcender le Vrai,
A cacher des trésors, sous tes belles nuées
Et à montrer la Vie qui est dans le marais... ?

 

Troisième Prix
Robert Faucher

69 Communay

Concours 2013

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Vieux compagnons

Les copains d'abord...
G. Brassens

Tant mes amis s'en sont allés
Mort abhorrée, sous ta houssine
Pressant le pas, courbant l'échine,
Que je m'en ai coeur barbelé
Et, vieux Cassandre, vaticine.

Sacha, Louis, Luc Pierre et Flavien
En belle vie avaient créance
S'en remettant à dame Chance
Pour transmuer, comme il convient,
Maigre thune en munificence.

Qu'ont-ils à faire là-dessous,
Dans tes caveaux de solitude,
Eux, mes rieurs de choses rudes
Dont l'image qui se dissout
Par le marbre poli transsude ?

J'ai plus d'hier que lendemains
Dont souvent mon effroi s'avine
Et me morfonds quand je devine,
Prise à la gorge à pleines mains,
Ma jeunesse qu'on assassine.

Lors, je m'en vais, tout maugréant
Contre ce dieu, Moloch avide
Qui les mena, sous son égide,
Jusques aux portes du néant,
Me laissant seul sous un ciel vide.

 

Prix Spécial du Jury
Guy Vieilfault

77 Croissy-Beaubourg

Concours 2013

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Trois roses

Il n'avait à la main que trois roses fleuries
Trois roses rouges sang pour sa tombe fleurir
Reflétant la douleur de ses larmes rougies
Trois roses qu'un destin décida d'assombrir

La tombe était si noire alors que son sourire
Trois jours avant encore ensoleillait son coeur
La tombe était d'un noir impossible à décrire
Le destin n'est rien moins qu'un bien vil arnaqueur

Il s'assit doucement, s'allongea sur le marbre,
La joue contre la pierre il se mit à pleurer
Sous la lune montante au-delà d'un vieil arbre
Les roses sous le vent vinrent pour l'effleurer

Les larmes une à une ont mouillé les pétales
Redonnant presque vie aux couleurs de ses fleurs
Les larmes c'est connu sont si sentimentales
Qui ne supportent pas leur source dans les pleurs

Il resta allongé, ses yeux laissant le fleuve
De sa vie imprégner la terre du tombeau
Et peu lui importait que la stèle s'abreuve
Car pour Elle son coeur s'écoulait en lambeaux

Jamais il ne revint sangloter sa détresse
Pourtant la pierre noire en garde souvenir
Qui résonne depuis son parfum de tendresse
Comme si le passé ne pouvait agonir

Et depuis chaque nuit les roses refleurissent
Trois roses rouges sang que la tombe nourrit
Au souvenir brûlant des larmes qui jaillissent
Et depuis chaque nuit cette tombe sourit

 

Mention Honorable
Jean-François Pascolo

42 Saint-Etienne

Concours 2013

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Du côté des écluses

Mouette médusée par l'eau grasse qui luit,
Cognant au ventre lourd des péniches recluses,
J'ai longtemps tournoyé du côté des écluses
Le long des quais que ronge infiniment l'ennui.

Tandis que je frôlais gracile d'un coup d'aile
La lente digestion des gros chalands repus,
Leur torpeur ampoulée, ces déités mafflues
Ignoraient les échos de mon cri-sentinelle ;

Car ces monstres piégés aux mailles des canaux,
Rotant dans le courant le trop-plein des cambuses,
Courbent au ras de l'eau leur étrave camuse
Et ne lèvent jamais le nez vers les oiseaux.

 

Premier Prix
Arielle Thomann

Concours 2012

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Couleurs d'estuaire

Les couleurs d'estuaire ou d'ailleurs, du marais,
D'ici, de nulle part, mêlent celles d'une île
Au fond d'un horizon fidèle à ses secrets
Quand l'instant s'abandonne, appareille, s'exile…

Où la terre s'agrège au ciel finit le temps
Comme plane l'ivresse éthérée, immortelle,
Et, chantent, si, la, sol, les silences latents
Qu'aucune servitude alentour ne martèle.

Or, l'endroit sert d'assise à l'escale des pas,
L'ermitage du fleuve, aux écarts d'une berge
Et d'un canal perdu, parti quérir, là-bas,
L'encourageante étoile où chaque heure converge.

Il n'est un jour d'étape empreint d'épuisements,
D'espérance du port, qui plus jamais n'avance,
Ou d'allants affranchis de leurs déguisements,
Dont l'immobilité prohibe la mouvance.

Alors que jusqu'au bout marcher mène à périr,
Toute saison résiste et disperse une trace
Unique par les cours qu'elle voudrait fleurir,
Car l'urgente écriture en ses lignes l'embrasse.

Ainsi flâne la plume à l'essor voyageur,
Rebelle au verbiage, indomptable, bohème,
Amoureuse du beau décidément majeur,
Pour irradier l'âme et gagner le Poème.

 

Deuxième Prix
Dominique Dao Huu Bao

Concours 2012

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Les tsiganes

Au loin, comme un ruban ondulant sous le vent,
La troupe de gitans chemine par les champs.
La roulotte cahote au pas tremblé des ânes ;
De la main, me salue une jeune Tsigane.

Tandis que la tribu tresse des brins d'osier,
Ou mendie par les rues, chargée de lourds paniers,
L'enfant parle de joies, de rêves, d'avenir
Je l'écoute, muet, subjugué par son rire.

Elle pose sur moi un regard intrigué,
Ses yeux s'illuminant d'ardents éclats bleutés,
Puis peu à peu se livre, m'accordant sa confiance,
A de touchants récits, d'ingénues confidences.

Sa vie est une errance qui traverse, sans but,
Des routes infinies, des villes inconnues ;
L'existence, un voyage au sein de la nature,
Entrecoupé de jeux et peuplé d'aventures.

Soudain, les bohémiens rejoignent le charroi,
Pendant que, pesamment, s'ébranle le convoi,
La fée me dit adieu. Je grave en ma mémoire
Son art exceptionnel de narrer les histoires.

Un sang moins vif, alors, circule dans mes veines.
Je me sens esseulé, égaré, l'âme en peine ;
J'ai envie de la suivre, d'être son saltimbanque,
Et déjà, je ressens une impression de manque.

La roulotte cahote au pas tremblé des ânes ;
De la main, me salue la petite Tsigane.
Au loin, comme un ruban ondulant sous le vent,
La troupe de gitans chemine par les champs.

 

Troisième Prix
Claudine Hillard

Concours 2012

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La mort du capitaine

Voici déjà longtemps que mes vieilles amies,
Mes aînées, mes jolies, témoins de ma jeunesse,
Ont entamé le bal des âmes endormies,
Trop lasses de jouer les dames patronnesses.

Il restait bien encore au grand soir de ma vie,
Côtoyant mon présent, quelques contemporaines,
Ressassant, incrédules, cette route gravie
Du temps du joli temps des années souveraines.

Fatiguées maintenant, elles gardaient pourtant,
Dans leur agitation, inutile et candide,
La fragile illusion d'exister tout autant.
Un espoir entêté, sûr, leur servait de guide.

Les rangs se clairsemaient, mais fort heureusement,
De cette frêle armée restait mon capitaine,
Indomptable, entêtée, campée fidèlement,
Notre vieille amitié frôlait la septantaine…

Avec sa mort soudaine s'effondre un grand fracas,
De mon agencement le bel échafaudage.
Soldatesque inutile dont je faisais grand cas,
La troupe est en déroute et le temps me ravage !

 

Prix Spécial du Jury
Paule Olivet-Thibierge

Concours 2012

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La grange au toit de lauzes

Que n'ai-je été preux chevalier
Pour me jeter à vos genoux
Au pont dormant, j'aurais coupé
Une mèche de vos cheveux fous

Et que n'ai-je su vous surprendre
En secret, entre les courtines
Pour vous couvrir de mes bras tendres
Et vous aimer avant matines

Je ne suis que ce troubadour
Sans sou, sans titre et sans courage
N'osant cueillir sous vos atours
Les trésors de votre corsage

Que n'ai-je su, dans une calèche
Vous mener jusqu'au sécadou
Et dans l'odeur des fruits qui sèchent
Ôter un à un vos dessous

Me voilà promis au gibet
Dans la noirceur des oubliettes
Pour avoir seulement osé
Vous offrir une pâquerette

Ballades, rondeaux et pastourelles
N'auront suffi à vous aimer
Je vous devine sur la tourelle
En larmes, sous vos voiles cachée

Et dans la grange au toit de lauzes
Où j'aurais pu vous épouser
Sur un lit de paille, une rose
Oh, damoiselle, vous trouverez

 

Mention Honorable
Claudia Demaret

Concours 2012

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Nota

C'est à partir de 2011 que le Prix Spécial du Jury est créé.

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La complainte du spadassin

J'étais à cinquante ans un soldat de fortune,
Quand mon poil grisonna, je me fis spadassin,
J'aurais voulu tromper l'albédo de la lune,
Qui fit de moi souvent un vulgaire assassin.

Ma bourse était fort plate et mon ardoise pleine,
Je louais ma rapière à des vrais faux amis,
Qui cachaient sous leurs fards des cœurs remplis de haine
Et voulaient trucider sans être compromis.

Je devais provoquer par un narquois sourire
Un quidam que, monsieur, je ne connaissais pas,
Le contraindre au duel et puis enfin l'occire,
Pour régler mon logeur et payer mon repas.

Combien ai-je navré de ces coqs de province ?
Qui portaient crête haute, aussi maigres que moi,
Et n'avaient que le tort d'avoir le port d'un prince,
De troubler une épouse et la mettre en émoi.

Je n'ai jamais frappé dans le dos ma victime,
C'est les yeux dans les yeux que nous nous affrontions
J'offrais au gentilhomme une leçon d'escrime,
Qui tombait sans savoir pourquoi nous nous battions.

… J'ai glissé ce matin entre deux tétins roses
Qui me veulent du bien, un billet en dépôt,
On pense quelque part que je sais trop de choses…
Si je dois expirer qu'on le porte au prévôt.

 

Premier Prix
Frédéric Roche

83 Toulon

Concours 2011

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La boîte aux lettres

Chue, très endommagée sur le vertugadin
Sur la boue, loin des pilastres de son portail
Entre désastre salé et l'épouvantail
Une boîte aux lettres, sculptée d'un Aladin
Attendait le facteur, attendait le facteur

Ensablée jusqu'à sa goulotte en résine
Idéale, qui l'eût cru, pour les bords de mer
Entre les mouettes et l'iode qu'il y a dans l'air
Une boîte aux lettres, sculptée par Pauline
Attendait le facteur, attendait le facteur

Après le déferlement et le brouhaha
Après les cris, les pleurs et la solitude
A la Faute-sur-Mer, non sans inquiétude
Une boîte aux lettres, sculptée par Xynthia
Attendait le facteur, attendait le facteur

Dimanche ou un autre jour, comment le savoir ?
De Nanami, on n'avait point de nouvelle
A qui la faute si, près de sa semelle
Une boîte aux lettres, sculptée dans un mouroir
Attendait le facteur, attendait le facteur ?

 

Deuxième Prix
Isabelle Savigny

69 Vénissieux

Concours 2011

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Kilimandjaro

Si tu montes, mon Âme, au Kilimandjaro,
Par des sentiers plantés de séneçons sauvages,
En négligeant l'azur d'oniriques rivages
Pour les brouillards d'effroi des mondes sidéraux,

Les mânes d'Hemingway astiqueront des neiges
Plus brillantes, vois-tu, qu'en tes rêves d'enfant,
Et les plaines herbues où règne l'éléphant
Te mèneront, tremblante, au pied du sortilège.

Dans les nuits de lichens pendus aux frondaisons
Tu croiras deviner des bêtes incertaines
Et la peau des tambours des steppes africaines
Rythmera la saga de lentes déraisons.

Il te faut gravir, sous des pluies délétères,
Des pentes habitées d'insectes pubescents
Pour, le cœur affolé d'espoirs adolescents,
Mériter au matin le baiser du cratère.

Alors tu sentiras la terre sous tes pas
Tressaillir et vibrer comme une femme ardente
Quand le soleil nouveau entonnera l'andante
De ce jour révélé que d'aucuns ne voient pas.

 

Troisième Prix
Guy Vieilfault

77 Croissy-Beaubourg

Concours 2011

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Aux diables les péchés

Douces tentations et goût de l'interdit
La promesse tenue d'une pure jouissance
Braver le défendu en toute circonstance
Ces démons si divins, aucun ne les maudit.

Venez me titiller Belzébuth et Mammon
Sérieux appétit, torride envie de sucre
Amour du blé, du fric et esprit de lucre
On devrait ériger pour vous un télamon.

Osez me tourmenter Lucifer et Satan
Tout ça rien que pour moi, tout à mon avantage
Mon titre est « Le Roi l'Ire », quoi dire davantage ?
Vous faites plus de bien qu'un foutu charlatan.

Allez me taquiner Léviathan, Belphégor
Pour le bonheur ailleurs j'ai le bonheur railleur
Par ailleurs pas d'effort, bailleur rien de meilleur
A vous je me soumets : taureau ou matador.

Tente de m'exciter Asmodée bienheureux
Des corps et du plaisir, une chair sensuelle
Une quête sans fin de l'orgie sexuelle
Car j'ai le diable au corps grâce à toi le scabreux.

Ma volonté ne tient qu'à un tout petit fil
J'ai malheureusement cédé à la débauche
J'ai abdiqué, tant pis ! Les sept je les embauche
Oui, j'ai perdu la face, d'eux tous j'ai le profil !

 

Prix Spécial du Jury
Lionel Rodoz

25 Audincourt

Concours 2011

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La limace et l'escargot

Après un orage violent
Nos deux rampants gastéropodes,
Habités d'un calme indolent,
Boutant l'ennui aux antipodes,
Engagent alors le pari
D'en appeler à la vitesse
Imaginant un safari
Pour évaluer leur prestesse…
Et la Limace intimement
Se frottait le ventre de joie,
N'étant chargée assurément
D'aucune coquille de noix,
Comme le sont les Escargots
Trimbalant de lourdes coquilles,
Accablantes, tels des fagots,
Sur le dos d'un joueur de quilles.
Aussitôt dit, aussitôt fait…
Mais, fulgurant, un grand rapace
Amateur d'un glouton forfait
Fit une becquée de Limace !

Ainsi, dans la vie, un fardeau
Pour son porteur vaut un cadeau.

 

Mention Honorable
Louis Fontas

26 Dieulefit

Concours 2011

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Le portefaix

Hommage à Emile Nelligan, poète fou du Québec (1879-1941)
Et à Charles Baudelaire pour Obsession (Les Fleurs du Mal)

Je veux oublier ceux que mon image impure
Effraye et fait trembler comme tremblent mes mains,
Par la peur de souffrir de nouveaux lendemains
Sans caresser l'amour qui n'est que froid parjure.

Je m'enferme et je bois cet étrange breuvage
Essoré de la treille et jailli de leurs cœurs
Qui n'ont jamais osé noyer leurs âmes sœurs,
Je souffre au soir mortel et la soif me ravage.

Si les mots s'échappaient de mes deuils emmurés
Et s'ils m'éclaboussaient de leur franche lumière
J'entrouvrirais le seuil et, de belle manière,
J'inviterais leurs cris à peine murmurés.

Mais les voix d'outremer que je voudrais maudire
Saccagent en rafale un silence de paix
Et courbent en hurlant le dos du portefaix
Qui, face à son tombeau, s'immole sans mot dire.

La musique jamais ne remplacera celles
Qui m'ont donné leurs mains sans épouser mon corps.
De funèbres tocsins retentiront encor ;
Leurs astres s'éteindront, ultimes étincelles.

 

Mention Honorable
Denis Quillacq alias Damy Tangage

40 Mont-de-Marsan

Concours 2011

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Flibuste

J'ai cargué mes amours à ton mât de misaine
Et jeté l'ancre un soir au bleu de tes hauts-fonds.
Ainsi l'as-tu voulu : je serai capitaine
Sur le lac azuré de ton regard profond.

Finis les faux émois des amantes qu'on pille.
Les récits enivrés d'un mauvais ratafia.
Le drapeau s'endeuillant du noir de ta pupille
Faseille au vent d'oubli que par jeu l'on défia.

Pirates affamés d'animales tendresses,
Nous courûmes en vains d'incertains océans
Mais la houle enchantant nos rêves de jeunesse
Ne berce plus, ce jour, les sirènes d'antan.

Si je m'éjouis encor d'exotiques flibustes,
De Bacchantes en joie impudemment gravies,
Les collines vantant la gloire de ton buste
Me sont Terre promise, et cela me ravit.

Il m'a fallu, vaincu par une mer tranquille,
Amener pavillon à la tête de mort
Viens, nous découvrirons, à deux peut-être, l'Ile
Où sommeille à jamais l'improbable trésor.

 

Premier Prix
Guy Vieilfault

77 Croissy-Beaubourg

Concours 2010

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Le hussard déserteur ou « le hussard sur le toi »

Nous savions bien mourir dans la cavalerie,
Cadenettes graissées, sabre au clair et chargeant,
Sur nos hongres fougueux à travers la prairie,
Pour un morceau de plomb, un hochet en argent.

Nous étions le tourment des maris de province,
Serrés dans nos dolmans aux dorés brandebourgs,
Leurs femmes rougissaient en espérant la pince
De la taille à la fesse aux marchés des faubourgs.

Ils médisaient de nous, nous appelaient bravaches,
Traineurs de sabre aussi, des refrains rebattus,
Qui nous laissaient de bois car nos grosses moustaches
Faisaient capituler d'héroïques vertus.

Ils étaient guillerets quand nous partions en guerre,
Et de leur huit-reflets après un bon repas
Nous saluaient bien bas et la lippe vulgaire
Marmonnaient : "Ô mon Dieu ! Qu'ils n'en reviennent pas."

Nous savions bien mourir dans la cavalerie...
Aujourd'hui j'ai pensé qu'on se battrait sans moi,
J'ai sur le coeur un pli plein de friponnerie,
La mairesse m'écrit : "Je veux mourir sous toi."

 

Deuxième Prix
Frédéric Roche

83 Toulon

Concours 2010

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De Marrakech

Des cagneux, des galeux, j'en ai souvent croisés
Mais jamais d'aussi laid que cet âne épuisé,
Trimbalant, résigné, le fifrelin d'Afrique,
Avec pour seul merci, chardons et coups de trique.

Sans se poser du jour, il ballotte sur son dos
La fatma, son barda, fagots et bidons d'eau ;
Piétinant dans la fange des venelles lépreuses,
Misérable larbin d'une aussi miséreuse.

Titubant de fatigue sur ses jarrets fourbus,
Il rêve d'un paradis où les pâtis herbus,
Sont doux aux vieux sabots et parfois ne serait-ce
Que d'une main offrant un semblant de caresse.

Compagnon d'infortune de mille autres bidets,
Il lui prend quelques fois l'envie de s'évader ;
Après tout qui l'empêche, un beau soir à la fraîche,
De s'étendre et mourir, mourir à Marrakech.

 

Troisième Prix
Marie-Claude Galloyer

78 Mesnil-le-Roi

Concours 2010

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Une rose

L'avenir entonne
Un espoir sans délai où s'unissent les êtres
Un souhait amorcé où crépitent les songes

Je te baptiserai d'une rose
D'un pétale étourdi sciemment déposé
Je fleurirai ton nom tout au long de ma vie
A l'aurore entre-deux et tissant jusqu'au soir
Je te modèlerai une corolle hyaline
De bulles satinées comme une chape câline
Agrippant un demain effeuillant chaque jour
Je t'épaulerai de tout mon amour
J'inviterai tes rires éclipsant tes soupirs

J'arroserai un à un chaque bouton d'espoir
Tutélaire soutien s'éternisant soudain
Véritable avant-garde j'ouvrirai des chemins
Où s'amarreront les passerelles du souvenir
A tes côtés puis un jour au loin
Tu auras toujours à ta portée ma main

L'avenir fredonne
Un refrain immuable où s'abreuvent les êtres
S'agglutine demain l'auréole des songes

 

Mention Honorable
Dominique Pruski

57 Scy-Chazelles

Concours 2010

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Jean souris à l'amour

Les volets dégondés pendaient sur la façade
Et mon toit me montrait le ciel froid de la nuit,
Sous le vent le cyprès planté sur l'esplanade,
Barbouillait mes vieux murs aux couleurs de l'ennui.

"La gent trotte menu" (*), pilla, croqua mes vivres,
Dans le cellier mon lard, mes pommes et mes noix,
Le suif de ma chandelle et le cuir de mes livres,
La disette annoncée, mit son exode aux voix.

Une seule resta, petite souris grise,
Robe de moinillon, moustaches d'ajudant,
Fut-ce de la pitié, de moi fut-elle éprise ?
Elle lèchait mes mains sans donner de la dent.

Nous prenions nos repas dans la même écuelle,
Du pain émietté dans du lait coupé d'eau,
Après notre repue la jolie demoiselle,
De ses petites mains se lissait le museau.

Un matin au réveil, j'eus un noeud à la gorge,
La voyant s'échiner sur les parquets souillés,
A gratter, suffoquer comme un soufflet de forge,
La honte me saisit, mes yeux se sont mouillés.

Quelques ablutions et j'enfilai des hardes,
J'ai coupé le cyprès, j'ai scié, j'ai poncé,
J'ai raboté, j'ai peint et après cent échardes,
Mes murs furent chaulés, mon toit rapiécé.

 

Premier Prix
Frédéric Roche

83 Toulon

Concours 2009

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Mexique

Ocre est cette terre qui a bu trop de sang,
Creusés sont les visages mordus par l'usure
Le champ attend la mort sous de lentes brûlures
Que trace le vautour dans un ciel de fer blanc.

Le soleil a fondu de la couleur du plomb
Les silhouettes ondulent, collées à la poussière
Taurobole de l'âme émaciement des chairs
Sombreros séraphiques, trouble de l'horizon.

Le tranchant de la roche, la piqûre des cimes
Le décor consumé, paysage d'épines,
De mouches engourdies, de chiens vivants muets.

Sous le hamac en peine, parade de scorpion
Vitesse minérale, silence craquelé,
Travailleurs de misère, existence sans nom.

 

Deuxième Prix
Lodewijik Allaert
59 Leffrinckoucke

Concours 2009

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Les fiancés de Sarajevo

Le jeune homme était serbe
Elle était musulmane
Au soleil de la guerre
La fleur d'amour se fane
Ils rêvaient d'une vie
Au-delà de la peur
Ils rêvaient d'un bonheur
Au-delà des frontières
En courant sur le pont
Sous les tirs des snipers
Elle tomba la première
Les mains jointes sous l'herbe
Ils poursuivent leur rêve

Maïka leur avait dit :
"Surtout n'y allez pas !"
Mais quand on a vingt ans
Et l'amour dans le coeur
Mais quand on a vingt ans
Et qu'on croit tout possible
Comment imaginer
Qu'on peut être la cible
De stupides soldats
Comment imaginer
Qu'on vous tire dessus
Et c'est ainsi qu'on meurt
Un beau jour de printemps

Il croyait en Jésus
Elle croyait en Allah
Gens de Sarajevo
Pleurez sur vos enfants
L'eau de la Miliatska
Est rouge de leur sang

 

Troisième Prix
Alain Jean
17 Bretteville-sur-Odon

Concours 2009

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Toi

Toi le fougueux Sisyphe étranger sur la terre
Qui roules ton rocher absurde et solitaire...
Toi qui vis dans un monde où tout semble vain
Un monde sans saveur comme un pain sans levain...
Toi qui cherches l'amour dans les yeux d'une femme
Qui veux donner un sens aux élans de ton âme...
Toi qui n'as pas choisi entre doute et désir
Qui voudrais tout lâcher qui voudrais tout saisir...
Toi qui dois malgré tout adopter l'attitude
De l'homme résigné devant ma servitude...
Je sais ton mal de vivre et ta soif de savoir
Et c'est pourquoi ce soir j'ai voulu te revoir...

Je ne te dirai pas le bonheur de ce monde
Mais je te parlerai du soleil et de l'onde
De l'odeur de la terre aux aurores de l'été
De ce rire d'enfant d'où jaillit la clarté...
Oui je te parlerai de tout ce qui parfume
Du givre sur la barnche et du canal qui fume
Je te raconterai la douceur d'un baiser
La couleur de l'azur sous le ciel embrasé...
Et puis ce concerto émouvant et superbe
Qui rend l'homme serein et met l'espoir en herbe
Et qui vient apaiser le coeur l'âme et le corps
Quand la nuit doucement estompe les décors

 

Mention Honorable
Jean-Paul Silvano
84 Roussillon

Concours 2009

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Le Plumoriste

Je voudrais à dessein tomber l'anonymasque
Vous dévoiler enfin mes intentions fantasques
Je voudrais devenir le plus grand plumoriste
Provoquer des fous rires aux gamins les plus tristes

J'écrirai des romans on ne peut plus marrants
Mes héros seront lents grotesques et touchants
On lira Dindon Juan ou bien d'Artagnangnan
Dans un style alléchant imagé et vivant

Je mènerai dès lors une vie de pacha
De riche mirliflor acclamé de hourras
Je me ferai conduire en toute suffisance
Je me ferai construire un joli bâtimmense

Dans ce noble palais, j'inviterai Demi
Lui dirai "tu me plais mammairveilleuse amie"
Nous vivrons en osmose elle sera mon amour
Que la vie sera rose avec ma Demi Moore

Dans un vaste salon tapissé de croco
Nous nous déplacerons en canapédalo
Puis pour nous prélasser en passion l'atrium
Nous irons nous baigner dans notre aquarihomme

Mais je rêve et m'égare en discours fanfarons
Je voudrais sans retard sans nulle prétention
Simplement devenir le plus grand plumoriste
Provoquer des fous rires aux gamins les plus tristes

 

Premier Prix
David Foucher
44 Pontchateau

Concours 2008

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Moi ! Epouse de plume !

Qui sait ce qu'elle vit l'épouse d'une plume
Très quotidiennement près de son tartarin
N'ayant comme projet que de battre l'enclume
Pour violenter le mot jusqu'en son coeur d'airain ?

Et c'est ainsi qu'il va d'un bout de l'an à l'autre
Machiavéliquement prisonnier de l'écrit
Se voulant d'un ailleurs le frénétique apôtre
Qui se sent heureux d'être un éternel proscrit.

Pourtant entre factum et pasquin et diatribe
Comme entre dithyrambe et autre encensement
Ce n'est qu'aridité sous les doigts de mon scribe
Absurdement captif en son recueillement !

Ayant tout entendu de chacun de ses proches
Sur les dits plumitifs et les poétereaux
Il écoute sonner bien à l'amble les cloches
Sans avoir à l'esprit la crainte des bourreaux !

Il est altièrement sourd à toute prière
S'évertuant à creuser en glèbe un sillon
Qui n'est d'autre à jamais qu'une profonde orinière
Telle une offrande au ciel de mon écrivaillon !

Quel temps me reste-t-il à tenter de survivre
Près de qui s'évertue à ne rien discerner
D'autre que ce chemin de plumasson trop ivre
Que tous les maux du jour tentent d'assassiner ?

 

Deuxième Prix
Guy Le Huludut
44 Vertou

Concours 2008

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Dix-sept ans

"On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans..."
A. Rimbaud

Une ombre vespérale avivait mes vouloirs
De fantasmes brumeux comme un étant d'automne
Et ma couche de lin, sans que je m'en étonne,
Epousait les rondeurs d'avenants nonchaloirs.

Rêver, mon Dieu, rêver, de choses ineffables,
De vallons s'empreignant des parfums d'orient,
De dunes de velours qu'un esprit souriant
A ma paume offrirait pour des plaisirs coupables.

Même au coeur de l'hiver pourrissant d'un ciel bas
L'air embaumait parfois de tièdes indécences,
Des arbres inconnus mélangeaient leurs essences
Dans d'obscures forêts refuges de sabbats.

Qui louera ces jardins qu'à peine on imagine
Où s'ouvrent des lotus au pistil doux-amer,
Ces songes en hamac quand le chant de la mer
D'une sirène en fleur dit la grâce androgyne ?

La gorge s'altérait d'un permanent désir :
Devenir un instant, dans cette autre, soi-même,
Gésir en ce creuset et fondre comme on aime,
Aimer, aimer encore, et mourir de plaisir.

 

Troisième Prix
Guy Vieilfault
77 Croissy-Beaubourg

Concours 2008

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La mer

Qu'y a-t-il de plus beau que cette immensité,
Rejoignant l'horizon à perte de regard,
Ses camaïeus de bleus ont une intensité
A faire pâlir de honte les couleurs du hasard.

Dès qu'une brise féline vient onduler ses flancs,
Elle devient voluptueuse, caressante et lascive,
Mais le mistral surgit, sournois et persiflant
La métamorphosant en vagues agressives.

Mouettes et goélands s'égosillent de concert,
Survolant tendrement en un bruissement d'ailes,
Cette étendue cendrée qui est "mère nourricière"
Leur prodiguant survie par ses fonds naturels.

Les pêcheurs la vénèrent et la portent aux nues,
Car elle offre son coeur de poissons argentés
A leurs filets avides, l'obscurité venue,
Par un profond élan de générosité.

Son immortalité est à jamais figée
Par moultes poésies, huiles ou aquarelles,
Qui ont si bien rendu, sans jamais l'affliger,
Son côté merveilleux et sa face rebelle.

Mais la mer est perfide et morne sa complainte,
Sitôt le vent se lève, elle gronde et se mutine,
Attirant les marins dans ses griffes d'enceinte,
Les engouffrant en elle aux premières mâtines.

De l'homme elle est maîtresse et s'aliène sa vie,
Mais traîtresse elle devient, à sa première envie..

 

Mention Honorable
Jacqueline Tesson
31 L'Union

Concours 2008

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Nota

C'est à partir de 2007 que le Prix Mention Honorable est créé.

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Marie-Laure

Laissez-moi vous parler des seins de Marie-Laure
Deux bijoux de douceurs aux effluves exquises
Deux diamants de tendresse émanant de sa flore
Tels des reflets d'argents sur le bleu des banquises...

Marie-Laure a les seins d'une fraîcheur vive
Majestueux de grâce, abondants, licencieux,
Comment ne pas partir ainsi à la dérive
Sur ses deux monts bénis par le regard des cieux...

Marie-Laure a les seins que l'amant imagine
Dans ses songes secrets, dans ses folles chimères,
Vous savez, ce décor qui soudaint s'illumine
Rendant la nuit dorée... mais, hélàs, éphémère...

Marie-Laure a les seins que les sculpteurs espèrent
Modelant leur argile à en faire de l'or,
Mais l'imagination, même la plus prospère,
Ne peut se figurer les seins de Marie-Laure...

Ô ! Marie-Laure, assez, le diable est-il logé
Au fond du creux sensuel de tes charmes d'azur ?
Car mon esprit se noie... et je bois des gorgées
De désir et d'envie... Ô ! Tes seins de luxure...

Donnez-moi ce talent, je les dessinerai
Avec la volupté de Marie Laurencin,
Ainsi vous pourrez voir, parfum de roseraie,
La beauté émanant de Marie-Laure, en seins...

 

Premier Prix
Olivier Malaval
84 Camaret-sur-Aygues

Concours 2007

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Intolérance aviaire

Une bavarde pie désignant de son aile,
A sa progéniture un appliqué pivert,
Se gaussa méchamment de son gai congénère :
"Observez mes petits les étrangers rituels
De ce fou picidé, persifla la commère,
Qui torture le bois de nos vertes parcelles".

"Comment donc ! réagit le pivert en colère,
Puis-je en paix dénicher de fameux petits vers
Sur le tronc généreux de quelque conifère,
Sans qu'un gros corvidé, sans beauté ni couleur,
Dénigre, dédaigneux, mon talent de chasseur ?"
Et l'oiseau, dégoûté, s'en alla vivre ailleurs.

Cette prise de bec est toute imaginaire
Car jamais une pie ne railla de pivert.
L'homme, lui, se révèle un peu moins tolérant
Vis-à-vis de celui qui lui est différent.

 

Deuxième Prix
David Foucher
49 Angers

Concours 2007

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Belle épistolière

Dis-moi, te souviens-tu, nos récits érotiques ?
Je n'ai rien oublié...
Quand nos corps devenaient par l'ardeur poétique
Intimement liés...

Je buvais chaque mot que ta plume enfantait
Telle une source vive,
Fontaine intarissable à l'écume argentée
S'écoulant sur ma rive.

Je pouvais, par tes vers, découvrir des prodiges :
Tes courbes et tes hanches !
Parcourir la chaleur de ta peau de prestige
Si délicate et blanche.

Tu dévoilais ainsi chacun de tes secrets
Jusqu'à tes seins si mûrs,
Et l'amant que j'étais entendait, indiscret,
L'azur de tes murmures.

Ô ! Le creux de tes reins, Ô ! Ton intimité
Siège de mon émoi !
Et tu m'offrais alors l'honneur de visiter
Ton doux morceau de roi.

Dis-moi, te souviens-tu, nos récits érotiques ?
Nos corps au goût de miel...
Et nos âmes montaient par l'ardeur poétique
Jusqu'au septième ciel...

Ô ! Toi qui me connais, Ô ! Toi qui me rends ivre,
Ô ! Belle épistolière,
Il me vient une idée : si l'on faisait revivre
Tous nos récits d'hier ?

 

Troisième Prix
Olivier Malaval
84 Camaret-sur-Aygues

Concours 2007

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Fais-moi l'amour

Fais-moi l'amour avec de jolis mots, tout en tendresse
Pour un prélude à de chaudes caresses,
Que mon corps se souvienne en prenant son repos
Que tu m'as fait l'amour avec de jolis mots.

Fais-moi l'amour avec des mots salaces !
Traite moi de salope, de putain et de garce
Que mon corps se souvienne en prenant son repos
Que tu m'as fait l'amour rien qu'avec des gros mots.

Fais-moi l'amour sans me dire un seul mot
Si tes lèvres sur mes lèvres laissent nos bouches closes
Que mon corps se rappelle en prenant son repos
Tout ce qu'ont dit tes mains en caressant ma peau.

 

Mention Honorable
Madeleine Lecour
17 Tonnay-Charente

Concours 2007

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Nota

Les deux premières années du concours (2005 et 2006), il y avait seulement trois Prix attribués, les auteurs pouvaient envoyer jusqu'à trois poèmes, et au final c'était l'auteur ayant remporté la meilleure moyenne qui obtenait la Palme.

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Autant que je m'en souvienne

Là-bas en mil neuf cent, l'on dansait la musette,
L'athlète moustachu courait pour un record.
Sur les trottoirs pavés nous faisions la causette,
Je n'étais pas né, mais je m'en souviens encor...

Concierge dans Paris, je vis de pas grand chose,
Comme tous ces forçats qui portent le charbon.
Le matin sur le zinc, le leur paye une pause,
Un ballon de vin rouge, un morceau de jambon.

J'ai pas trouvé l'amour, pourtant j'en vois du monde :
Des dames du quartier qui traînent en chapeau
Et se moquent parfois en m'appelant Raymonde ;
Moi je regarde un peu dessous leurs oripeaux.

Là-bas en mil neuf cent, nous roulions en calèche,
L'on respirait l'air pur dans le parc Montsouris.
Le dimanche un copain m'emmenait à la pêche,
Je n'étais pas né, mais, chaque fois j'en souris.

Je dessine des chats, invente des histoires,
Les enfants du quartier me couvrent de bisous.
Le soir à la belote après quelques victoires,
Je me roule un mégot, mon plaisir à deux sous.

Jamais je ne voyage et pourtant je m'évade :
Des bateaux sur la Seine aux chansons dans les cours ;
Même les jours d'hiver, quand j'ai l'âme maussade
Le bonheur se faufile et me porte secours.

Là-bas en mil neuf cent, ça sentait l'aventure,
Celle qui finit bien, qu'on aime raconter.
Nous révions d'avenir sous une couverture,
Je n'étais pas né, mais, je vais y retourner.

 

Enchantement

Je vois dans le ciel bleu de frêles tourbillons
Aux méandres fortuits, des ailes colorées
Augurant du plaisir qu'un vol de papillons
Choisisse mon jardin et mes fleurs vénérées

Je m'assieds sur le banc, le regard attentif
A ces beaux compagnons déployant leurs soieries,
Esquissant un sourire, heureux, contemplatif
Du ballet voluptueux sur mes plantes fleuries.

Quand soudain j'aperçois, merveilleux spécimen,
Un papillon diaphane ourlé d'une dentelle
Aux reflets mordorés ; de l'infime abdomen
S'évade sa dorure en fine cascatelle.

Son doux frémissement m'offre des chants joyeux,
Je contemple ébahi sa robe éblouissante.
Ephémère bonheur car bientôt sous mes yeux,
Disparaît dans l'azur son ombre évanescente.

Je pense au lendemain quand mon jardin s'endort,
Qu'un dieu des papillons du zénith s'en retourne
Pour inonder mon coeur de sa parure d'or,
Survolant ma fontaine au gré de l'eau qui tourne.

 

Premier Prix
Dominique Zedet
78 Sartrouville

Concours 2006

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Le fête des signes

Par une belle journée de printemps,
Se promenait une petite virgule ;
Insouciante, elle flânait dans les champs,
Puis, lasse, alla se reposer sur un monticule.

Rapidement assoupie, elle rêva d'une soirée
Où étaient invités tous les signes de sa génération :
Les parenthèses, le tréma, les tirets,
Et même le grand point d'exclamation !

Elle dansait et chantait sans aucun complexe,
Conversant quelquefois avec les guillemets ;
Elle s'amusait avec le point d'interrogation et l'accent circonflexe
Et cherchait, toute la nuit, à se faire désirer.

Mais finalement, aucun de ces invités ne lui tapa dans l'oeil
Et elle alla se blottir dans un petit coin.
Quand soudain elle aperçut assis sur un fauteuil,
Celui que son coeur cherchait : c'était le petit point.

Leurs regards se croisèrent
Et bientôt naquit une folle passion.
Sans plus attendre, ils se marièrent
Et eurent beaucoup de ....... points de suspension.

 

Deuxième Prix
Mohamed Sabeur Arhid
Tunis - TUNISIE

Concours 2006

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A ma mère

O combien de soirées, tu passais à broder,
Lorsque tes cinq enfants dormaient à poings fermés,
A la faible lueur de la lampe à pétrole,
Et quand dehors brillait la jolie luciole.

Les robes ou corsages et chaque tablier,
Tu taillais, tu cousais à la machine à pied,
Sous l'aiguille fine, de tes dix doigts agiles,
Tu glissais, retournais les étoffes fragiles.

Les smocks, nids d'abeille ou divers points d'épines,
Les plis, les jours venise et les broderies fines
Ornaient les chemisiers ou les riches plastrons,
Les beaux draps, les revers et tous les longs jupons.

Ces nobles costumes, tous si chers à nos yeux,
Avec des souvenirs, pour nous si précieux,
Sont là enrubannés dans la plus belle armoire
Que tu nous as léguée, hier en ta mémoire

 

Troisième Prix
Eliane Esneu-Boutruche
50 Saint-Martin-des-Champs

Concours 2006

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Se peut-il ?

Se peut-il que je t'aime en taisant mon amour
Ainsi qu'on dissimule une pierre précieuse
Par peur qu'elle affriole une main audacieuse
En quelque clair-obscur d'un simple petit jour ?

Se peut-il que je t'aime à n'en jamais crier,
A suivre infiniment le chemin de la meute
Alors que je ne suis et ne serai choreute
D'un théâtre qu'il soit de vent ou de papier ?

Se peut-il que je t'aime à ne plus le savoir
Comme cela est dit lorsqu'on s'avance en âge
Et que le coeur chavire en un somptueux naufrage
Croyant être arrivé au bout de son devoir ?

Se peut-il que je t'aime à m'en écarteler,
A m'en éclater l'âme en tant d'éclaboussures
Qu'elles parsèmeraient cent mille salissures
En un ciel bien heureux d'ainsi tant rutiler ?

Se peut-il que je t'aime en toute déraison
Jusqu'à m'en égarer en ce tout nouveau monde
Qui me fait naître au temps où nuit et jour se fondent
Ainsi à chaque aurore et en toute saison ?

Il se peut que tu sois cet amour absolu
Celui-là dont on sait qu'il aide l'homme à vivre,
Qui permet à chacun d'aller de braise en givre
En n'ayant point regret de l'hier révolu.

 

De quoi demain sera t-il fait ?

Si mon soleil ne brille plus,
Si mes jours n'ont aucun attrait,
Si tous les fruits sont défendus,
Si nul instant ne me distrait,

Si les sentiers de mes forêts
S'y broussaillent au gré du temps,
Si les parfums de mes genêts
S'y carapatent dans les vents,

Si mon violon n'a plus d'archet,
S'il ne pleure en mes nuits sans lune,
Si la rosée au jardinet
S'y passe en chagrin d'infortune

Si je n'ai plus aucun regard,
Si mon sourire est un méfait,
Si je n'ai plus droit qu'au hasard,
Si vivre ainsi me satisfait,
Il me faut dire sans retard :

"De quoi demain sera-t-il fait ?"

 

Mais qu'avons-nous ?

Mais qu'avons-nous bâti dont nous sommes si fiers ?
De grands châteaux d'écume en les dunes de sable
Sous un ciel tempétueux qui comblaient nos hiers
En nous intronisant à jamais respectables !
Mais qu'avons-nous bâti sinon mille déserts ?

Mais qu'avons-nous écrit pour espérer l'espoir ?
Des myriades de mots en puériles fadaises,
De ces riens que l'on cache à l'envers du miroir,
De ces dits sans attrait qu'il faudrait que l'on taise !
Mais qu'avons-nous écrit qui ne soit du trottoir ?

Mais qu'avons-nous crié lorsque le loup hurla ?
Quelques petits jurons inaudibles peut-être
Qui n'avaient point fonction d'aller bien au-delà
Des volets trop bien clos de l'unique fenêtre !
Mais qu'avons-nous crié pour qu'on n'entende pas ?

Mais qu'avons-nous prié pour avoir un pardon ?
Un très quelconque dieu sans croix ni basilique,
Celui-là qui bénit entre ortie et chardon
La brebis égarée en ses soirs faméliques !
Mais qu'avons-nous prié qui puisse offrir pardon ?

Mais qu'avons-nous voulu lors de l'ultime instant ?
Juste un petit salut de la foule importune
Qui n'en finit jamais de prendre tout son temps
De vivre en chaque jour sa très bonne fortune !
Mais qu'avons-nous voulu sans être repentant ?

Mais qu'avons-nous donc fait pour n'avoir mérité
Même pas quelque éclat d'une modeste étoile ?
Rien sinon s'acquitter seulement d'exister
Ainsi qu'un pur chef d'oeuvre à jamais sur sa toile !
Mais nous n'avons rien fait et donc rien mérité !

 

Premier Prix
Guy Le Huludut
44 Vertou

Concours 2005

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Quartier B

Entre les murs de ma prison
Et ma pauvre carcasse humiliée
Par la force de ma pensée,
Je crée un tout autre horizon.

Sur les taches sales et grises
Souillant les plâtres délités,
Je fais fleurir mille bouquets
Aux formes et couleurs exquises.

A la fenêtre sans volets,
Les barreaux aux teintes rouillées
Disparaissant comme fumées,
Font place à des troncs de palmiers.

Les pigeons gris, sur les toitures,
Déploient leurs ailes dans le ciel
Vers des rivages virtuels,
Navires aux blanches voilures.

En bout de cour, le mirador
Projette sur le sol son ombre
Mais dans la nuit au voile sombre
Il sera phare aux rayons d'or.

Le pas du maton qui résonne
Derrière la porte fermée
Se change en longue chevauchée
Dans un matin bleu qui frissonne.

Et quand arrive enfin le soir,
Un jour de plus laissé en route,
Oubliant la haine et le doute,
Je tords le cou au désespoir.

 

Prélude

Je rêve d'un beau soir tout chargé de langueurs
Où le soleil de mai glissant dans un ciel rose
Ferait pleuvoir sur nous ses mourantes couleurs
En s'effaçant, là-bas, dans une apothéose.

Je baiserai alors tes cheveux dont l'or fin
S'allumant aux rayons de l'astre qui s'éteint,
Ferait à ton beau front un halo de satin.

Je rêve d'un beau soir au crépuscule sombre
Où les oiseaux d'amour, les rossignols divins,
Chanteraient pour nous deux, perdus au fond de l'ombre,
De magiques concerts, merveilleux et sereins.

Je rêve d'une nuit où les chaudes senteurs
Des zéphyrs langoureux viendraient, au clair de lune,
Enlacer nos deux corps en de folles ardeurs,
Qu'augmenterait encor le silence nocturne.

Nous serions là, tous deux, embrassés et sans voix,
Tous remplis de désirs, de tendresse et d'émoi,
Je rêve d'un beau soir où tu serais à moi.

 

Deuxième Prix
Jacques Marty
81 Toulouse

Concours 2005

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La ronde des fleurs

Allons cueillir la rose en ce matin divin
Venez tous au jardin, mes tendres chérubins.

Soyez gais, soyez fous et donnez-vous la main
Vous y ferez la ronde avec les sept nains.

Douce coccinelle viendra vous enchanter
Le chant de la cigale vous y découvrirez.

Une folle farandole vous entonnerez
Fourmis et papillons pour vous accompagner.

Les lilas sont fleuris et la glycine coule,
Le mimosa croustille et va se mettre en boules.

Que diront les pensées au pied du tulipier
Quand les premières jonquilles viendront les déloger ?

Pléiade de couleurs aux multiples senteurs
Viendront comme les anges embaumer tous les coeurs.

Courez mes chers petits dans la cour de la vie
Tous les enfants du monde viendront y faire leur lit...

 

Troisième Prix
Françoise Pinaud
19 Beyssac

Concours 2005