Battements d'Elles
La Femme dans tous ses états...


Je chante la femme
Dante ALIGHIERI

y

Elle a dans ses beaux yeux l'amour et son empire,
Aussi tout s‘ennoblit sous son regard charmeur ;
Devant une telle grâce on se retourne et l‘admire ;
Quand elle vous regarde on sent trembler son cœur.


On sent ses yeux fermés par la honte ou la peur,
Et de ne plus la voir le cœur tout bas soupire ;
L‘orgueil fuit devant elle et la colère expire ;
Oui, je chante la femme, je chante en son honneur.


La voir avant tout autre est la béatitude ;
La sainte humilité, la douce quiétude,
Renaissent dans le cœur de qui l'entend parler.


Quand sa bouche épanche un doux sourire,
Ne peut s‘imaginer et moins encor se dire,
Tant le prodige est fait pour nous émerveiller !

© Dante ALIGHIERI

Illustration : portrait de Princesse Sibille par Lucas Cranach (1526)


Dante Alighieri (1265-1321)
Dante Alighieri est un poète, écrivain, penseur et homme politique italien de la République de Florence, (selon les études de Carlo Ossola, philologue, critique littéraire, professeur honoraire émérite au Collège de France). Poète majeur du Moyen Âge, il est l'auteur de la Divine Comédie, souvent considérée comme la plus grande œuvre écrite dans cet idiome et l'un des chefs-d'œuvre de la littérature mondiale.
→ Sa biographie sur Wikipédia



La poésie est une femme
Armand de FLAUX

y

J'étais enfant, la nuit régnait étincelante,
Je m'étais endormi sur le bord d'un chemin,
Quand, en songe, une vierge à mes yeux se présente,
Belle, fière et portant des palmes à la main.


Elle pencha vers moi sa tête ravissante,
Dit des mots inconnus dans le langage humain ;
Et puis je crus sentir sur ma bouche brûlante
Se poser un instant ses lèvres de carmin.


C'est bien loin, et pourtant les traits de cette femme,
Présents à mes regards, charment encor mon âme.
Souvent, la nuit, j'en rêve, et j'y pense, le jour.


Cette amante au front pur que mon cœur s'est choisie,
Ce bel ange aux ailes d'or, c'était la poésie.
Qu'elle soit, ô mon Dieu ! sensible à tant d'amour !


© Armand de FLAUX
Extrait de Sonnets et poésies - 1864


Armand de Flaux (1819-1883)
Pas de biographie de cet auteur. La Bibliothèque Nationale de France fait état de plusieurs ouvrages publiés entre 1850 et 1865.
Il a également effectué plusieurs missions, en Allemagne, dans les pays scandinaves et en Tunisie.



A force de m'écrire
Andrée CHEDID

y

A force de m'écrire
Je me découvre un peu
Je recherche l'Autre


J'aperçois au loin
La femme que j'ai été
Je discerne ses gestes
Je glisse sur ses défauts
Je pénètre à l'intérieur
D'une conscience évanouie
J'explore son regard
Comme ses nuits


Je dépiste et dénude un ciel
Sans réponse et sans voix
Je parcours d'autres domaines
J'invente mon langage
Et m'évade en Poésie


Retombée sur ma Terre
j'y répéte à voix basse Inventions et souvenirs
A force de m'écrire
Je me découvre un peu
Et je retrouve l'Autre.


© Andrée CHEDID


Andrée Chedid (1920-2011)

Femme de lettres et poétesse française d'origine syro-libanaise, Andrée Chedid déclare son humanisme entre autres avec son livre Le Message, écrit en 2000, en écrivant sa colère envers la guerre et la violence, à travers deux amants séparés par ces guerres. Les héroïnes de ses œuvres sont décidées, prêtes à tout pour atteindre leur objectif.
Autres textes :
Avant l'extrême crépuscule
Un arbre
L'escapade des saisons
Visages
 Sa biographie sur Wikipédia

 



Sonnet
Charles CROS

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Vent d’été, tu fais les femmes plus belles
En corsage clair, que les seins rebelles
Gonflent. Vent d’été, vent des fleurs, doux rêve
Caresse un tissu qu’un beau sein soulève.


Dans les bois, les champs, corolles, ombelles
Entourent la femme ; en haut, les querelles
Des oiseaux, dont la romance est trop brève,
Tombent dans l’air chaud. Un moment de trêve.


Et l’épine rose a des odeurs vagues,
La rose de mai tombe de sa tige,
Tout frémit dans l’air, chant d’un doux vertige.


Quittez votre robe et mettez des bagues ;
Et montrez vos seins, éternel prodige.
Baisons-nous, avant que mon sang se fige.


© Charles CROS

Charles Cros (1842-1888)
Poète et inventeur français, Charles Cros a notamment découvert un procédé de photographie en couleurs, mais aussi un modèle de phonographe. Ses premiers poèmes sont publiés dans le Parnasse contemporain. Il fréquente les cercles et cafés littéraires de la bohème de l'époque. Mais il est davantage connu pour ses monologues, dont le plus connu est Le hareng saur, qu'il récite lui-même dans des cabarets parisiens.Son œuvre de poète, brillante — elle sera plus tard l'une des sources d'inspiration du surréalisme — est cependant ignorée à son époque.
Autres textes :
La vie idéale 
L'heure verte 
Matin de décembre 
L'été 
Avenir 
Liberté

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Les cheveux
Rémy de GOURMONT

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Simone, il y a un grand mystère
Dans la forêt de tes cheveux.
Tu sens le foin, tu sens la pierre
Où des bêtes se sont posées ;
Tu sens le cuir, tu sens le blé,
Quand il vient d’être vanné ;
Tu sens le bois, tu sens le pain
Qu’on apporte le matin ;
Tu sens les fleurs qui ont poussé
Le long d’un mur abandonné ;
Tu sens la ronce, tu sens le lierre
Qui a été lavé par la pluie ;
Tu sens le jonc et la fougère
Qu’on fauche à la tombée de la nuit ;
Tu sens la ronce, tu sens la mousse,
Tu sens l’herbe mourante et rousse
Qui s’égrène à l’ombre des haies ;
Tu sens l’ortie et le genêt,
Tu sens le trèfle, tu sens le lait ;
Tu sens le fenouil et l’anis ;
Tu sens les noix, tu sens les fruits
Qui sont bien mûrs et que l’on cueille ;
Tu sens le saule et le tilleul
Quand ils ont des fleurs plein les feuilles ;
Tu sens le miel, tu sens la vie
Qui se promène dans les prairies ;
Tu sens la terre et la rivière ;
Tu sens l’amour, tu sens le feu.

Simone, il y a un grand mystère
Dans la forêt de tes cheveux.

 

© Rémy de GOURMONT


Rémy de Gourmont (1858-1915)
Rémy de Gourmont est un écrivain français, à la fois romancier, journaliste et critique d'art, proche des symbolistes. Il est l'un des fondateurs du nouveau Mercure de France où il restera pendant 25 ans. Atteint par une forme sévère de lupus douloureux qui le défigure, il restera longtemps cloîtré chez lui. Il publie exclusivement au Mercure de France une œuvre vaste et abondante, composée de romans, de pièces de théâtre, de recueils de poésie et surtout d'essais qui témoignent d'une profonde érudition.
→ Sa biographie sur Wikipédia






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Le Monde de Poetika
Site & Revue de poésie en ligne
N° ISSN : 2802-1797

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Le chant des prostituées de Grisélidis Réal

→ Citations autour du thème

Lorsque l'amour apparait, la femme ouvre ses bras et ses rives, alors elle accorde à l'homme toutes ses rimes.
Alain LAUGIER


La femme est un roseau dépensant.
Jules RENARD


La peau d'une femme est une caresse délicate, bien plus douce encore qu'une fleur de coton.
Pierre ADONIS


L'amour est roi, la femme en est la reine.
Mazouz HACENE