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y
Posté le 03/08/2020 - Thème : Amour

En latin en chinois en letton

En latin en chinois en letton
à mille voix à l’unisson
en rime ou sans raison
de trente-six façons
je vais te dire
te dire que je t’aime.

Guirlandes et flonflons
serpentins et lampions
flûtes et accordéon
de trente-six façons
je vais te dire
te dire que je t’aime.

De trente-six façons
et même un peu plus
parce que
quand on aime
on ne compte pas
oh non
on ne compte pas.

Alors commençons :

je t’aime comme ci
et comme ça

salsifis
et rutabaga

salé poivré
très épicé

grillé doré
ou crudités

salade de fruits
pizza raviolis

ananas et poule au riz
sans oublier

trois cuillerées
de crème fouettée

Ah oui
l’amour me donne
de l’appétit

© Bernard FRIOT

Bernard Friot (1951-)
Ecrivain français et auteur de livres pour la jeunesse auprès de plusieurs éditeurs. Il a été enseignant de lettres dans un collège à Lille puis responsable du Bureau du livre de jeunesse à Francfort en Allemagne pendant quatre ans. Aujourd'hui, après avoir travaillé dans plusieurs villes de France, il s'est installé à Besançon où il se consacre à l'écriture et à la traduction française de livres allemands pour la jeunesse. À ce jour, il a écrit plus d'une trentaine d'ouvrages destinés aux adolescents ou aux enfants.
Autre texte :
Amour froissé
Son blog :
La Fabrique à histoires de Bernard Friot
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 03/08/2020 - Thème : Amour

Je respire où tu palpites

Je respire où tu palpites,
Tu sais ; à quoi bon, hélas !
Rester là si tu me quittes,
Et vivre si tu t’en vas ?

À quoi bon vivre, étant l’ombre
De cet ange qui s’enfuit !
À quoi bon, sous le ciel sombre,
N’être plus que de la nuit ?

Je suis la fleur des murailles
Dont avril est le seul bien.
Il suffit que tu t’en ailles
Pour qu’il ne reste plus rien.

Tu m’entoures d’auréoles ;
Te voir est mon seul souci.
Il suffit que tu t’envoles
Pour que je m’envole aussi.

Si tu pars, mon front se penche ;
Mon âme au ciel, son berceau,
Fuira, car dans ta main blanche
Tu tiens ce sauvage oiseau.

Que veux-tu que je devienne,
Si je n’entends plus ton pas ?
Est-ce ta vie ou la mienne
Qui s’en va ? Je ne sais pas.

Quand mon courage succombe,
J’en reprends dans ton cœur pur ;
Je suis comme la colombe
Qui vient boire au lac d'azur.

L'amour fait comprendre à l'âme
L'univers, salubre et béni ;
Et cette petite flamme
Seule éclaire l'infini

Sans toi, toute la nature
N'est plus qu'un cachot fermé,
Où je vais à l'aventure,
Pâle et n'étant plus aimé.

Sans toi, tout s'effeuille et tombe ;
L'ombre emplit mon noir sourcil ;
Une fête est une tombe,
La patrie est un exil.

Je t'implore et réclame ;
Ne fuis pas loin de mes maux,
O fauvette de mon âme
Qui chantes dans mes rameaux !

De quoi puis-je avoir envie,
De quoi puis-je avoir effroi,
Que ferai-je de la vie
Si tu n'es plus près de moi ?

Tu portes dans la lumière,
Tu portes dans les buissons,
Sur une aile ma prière,
Et sur l'autre mes chansons.

Que dirai-je aux champs que voile
L'inconsolable douleur ?
Que ferai-je de l'étoile ?
Que ferai-je de la fleur ?

Que dirai-je au bois morose
Qu'illuminait ta douceur ?
Que répondrai-je à la rose
Disant : " Où donc est ma soeur ?"

J'en mourrai ; fuis, si tu l'oses.
A quoi bon, jours révolus !
Regarder toutes ces choses
Qu'elle ne regarde plus ?

Que ferai-je de la lyre,
De la vertu, du destin ?
Hélas ! et, sans ton sourire,
Que ferai-je du matin ?

Que ferai-je, seul, farouche,
Sans toi, du jour et des cieux,
De mes baisers sans ta bouche,
Et de mes pleurs sans tes yeux !

Recueil " Les Contemplations "

Victor Hugo (1802-1885)
Poète, dramaturge, prosateur et dessinateur romantique français, Victor Hugo est considéré comme l'un des plus grands écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé. Homme de théâtre, il est l'un des chefs de fil du romantisme français. Il a fortement contribué au renouveau de la poésie et du théâtre.
Autres textes :
Elle passa
Printemps
Elle avait pris ce pli
Il fait froid
Premier Mai
Demain dès l'aube
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 02/08/2020 - Thème : Mer

Bois flotté

Aux sables en repos que la marée délaisse
Vient mourir sur la grève une pièce de bois,
Venue peut-être là de la nef d’un grand roi
Comme d’un frêle esquif accablé de vieillesse.


Que tu sois d’un vaisseau de tant et tant de pièces
Ou du pauvre canot d’un vieux pêcheur d’anchois,
Que la poudre ou l’écueil aient eu raison de toi,
Diras-tu les émois de ta prime jeunesse ?


Déjà le flot grondeur sous les vents revenus
Recouvrait les sables des grands espaces nus
Lorsqu’une faible voix déclarait en substance :


- Sachez que je ne fus coque d’aucun vaisseau,
Mais qu’à ces reliquats jadis pendaient des os,
Dit le morceau de bois, - ainsi, je fus potence.

© Jean-Claude PAILLOUS

Jean-Claude Paillous (1945-)
Originaire d'Albi, ce Toulousain d'adoption est devenu sur le tard un passionné de littérature et a commencé à écrire des nouvelles et de la poésie. Il participe à des ateliers d'écriture et a créé plusieurs blogs à thèmes variés comme la nature et la randonnée, la musique ou encore la photo.
Son blog :
→ La chanson grise

y
Posté le 01/08/2020 - Thème : Mer

Le bruit de l'eau

La mer se souvient-elle de nos pas.
Le temps traîne la patte au crépuscule.
Des embruns iodés esquissent tes bras,
Enserrant mon cœur dans leur particule.

Jusqu’au rocher, le ressac cristallin
Fouille l’été allongé sur le sable.
Des vagues bleutées servent de tremplin
Aux lueurs couvrant le sel de ma fable.

L’heure s’engouffre dans le souvenir
Comme tétanisée par la braise
Où s’enflamme chacun de mes soupirs.
Je les ai pourtant cachés dans la glaise.

Même si la brise assiège les mots,
Dans les syllabes endormies, galope
La marée puisant ses vieux ragots
Dans les ébats froissés de la syncope.*

D’autres clameurs confinées dans un coin
Traversent la chair de mon écriture,
Dissipant le silence de leurs mains.
Dehors, le phare rougit son armure.

Si le bruit de l’eau tapisse le soir,
Je conserve l’écume où tu sommeilles.
Entre toi et moi, la ligne d’espoir
Flotte, avec mon poème, en sa corbeille.

© SEDNA
* le mot “syncope” utilisé ici comme rhétorique de poésie

Sedna
Résidant en Charente-Maritime, Sedna a toujours eu la passion des mots. Elle aime les rimes et travaille principalement avec le Traité de Sorgel en poésie classique. Elle aime la mer, le ciel qui sont ses sources d'inspiration permanente. La sauvegarde de notre planète est l'une de ses préoccupations.
Autres textes
Virus
Eclosion
Renouveau
Le temps des cerises
Ecoute l'aube
Marée haute
Planète en danger
Air marin
La poudre d'escampette
Son site :
→ http://www.cassiopee17.fr/

y
Posté le 27/07/2020 - Thème : Nature

Sur l'aile bleue du vent

Le ciel s'est endormi sur l'aile bleue du vent
Qui passe, inachevée, dans l'ombre des collines
Où le chemin se cache, où le soir qui descend
Touche de son écho la mousse des ravines.

Alors, comme envoûté par la danse des fées,
Le ciel a voyagé sur l'aile bleue du vent
Jusqu'au fond des vallons des ultimes contrées
Où la main peut saisir la grâce d'un instant.

La lune, enveloppée de son tulle d'argent,
Laisse à peine entrevoir ses ondes minérales :
Le ciel a tant rêvé sur l'aile bleue du vent
Qu'il a frôlé le seuil des aubes sidérales.

Quand la brume a penché sur ses rives lointaines
L'évanescent frisson du matin frémissant,
Quand l'herbe neuve a bu la pierre des fontaines,
Le ciel s'est réveillé sur l'aile bleue du vent.

© OMBREFEUILLE
Le poème est un faux maillet.

Ombrefeuille
Amoureuse de la langue française dans tous ses états, de Ronsard, Baudelaire, Hugo ou Verlaine, du slam et du rap. Elle aime le mouvement dans le trait, l'ombre dans la lumière, le tumulte caché dans le silence.
Autres textes :
Coccinelle au jardin
La voix de l'océan
Ses autres poèmes sur ce site :
→ https://poesie-plurielle.monsite-orange.fr/

y
Posté le 26/07/2020 - Thème : Inclassables

S'il pleuvait des larmes

S’il pleuvait des larmes
Lorsque meurt un amour
S’il pleuvait des larmes
Lorsque des coeurs sont lourds

Sur la terre entière
Pendant quarante jours
Des larmes amères
Engloutiraient les tours

S’il pleuvait des larmes
Lorsque meurt un enfant
S’il pleuvait des larmes
Au rire des méchants

Sur la terre entière
En flots gris et glacés
Des larmes amères
Rouleraient le passé

S’il pleuvait des larmes
Quand on tue les coeurs purs
S’il pleuvait des larmes
Quand on crève sous les murs

Sur la terre entière
Il y aurait déluge
Des larmes amères
Des coupables et des juges

S’il pleuvait des larmes
Chaque fois que la mort
Brandissant ses armes
Fait sauter des décors

Sur la terre entière
Il n’y aurait plus rien
Que les larmes amères
Des deuils et du destin.

© Boris VIAN

Boris Vian (1920-1959)
Ecrivain, poète, parolier, directeur artistique, musicien de jazz... Boris Vian, dont l'oeuvre littéraire fut peu appréciée de son vivant, est saluée par la jeunesse dès les années 1960-1970. L'Écume des jours en particulier, avec ses jeux de mots et ses personnages à clef, est passé à la postérité. Il est désormais un classique, qu'on étudie souvent dans les collèges et les lycées.
Autres textes :
La java des bombes atomiques
Ils cassent tout
Je bois
Si les poètes étaient moins bêtes
Le déserteur
Evénement :
Le centenaire de Boris Vian
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 26/07/2020 - Thème : Guerre

Soldat adolescent

Une douleur aiguë transperça sa poitrine,
Stoppé dans son élan, trébucha, étonné,
Il tomba sur le sol au bas de la colline
Les yeux tout grands ouverts sur le ciel étoilé.

Sa vie s’enfuyait tel l’air d’un ballon crevé,
Il posa sa main comme pour la retenir
Sur le trou rond et rougi de son corps violé,
Et il sut qu’à cet instant il allait mourir.

Alors surgirent des images un peu floues,
Elles défilaient saccadées dans un rythme fou,
Comme dans un vieux film muet en noir et blanc.

Toute son enfance, les filles, les copains,
Les conneries, les cuites, les Amours naissants ;
Il ferma les yeux, maintenant tout était loin.

© Gérard BOLLON-MASO
Illustration : GregM

Gérard Bollon-Maso (1947-)
Né en région parisienne, Gérard Bollon-Maso habite à Villeurbanne. Fan de poésie depuis son enfance, il écrit depuis une vingtaine d'années.
Il publie ses textes dans des revues de poésie et a deux recueils édités en 2012 et 2015.
Autres textes :
Je voulais te dire
Faire l'amour
Nuit harmonieuse
La baigneuse
Douceurs d'été
Balade en été
Son blog :
 http://cielbleu69.eklablog.com/

y
Posté le 25/07/2020 - Thème : Ecrire / Humour

Le dernier mot

Autoniver et printété
C'est le bicycle des saisons
Oubliant toute gravité
La Terre ne tourne plus rond.

Les mots se percutent, s'encastrent
Au sens propre défigurés
Incommunicable désastre
Du langage dénaturé.

On économme l'écriture
On réductionne le dico
On taille, on jette aux dépodures
Les lettres usagées des vieux mots

Et nous passagers sages sages
Passifs dans nos canapéros
Irrésistants à l'élangage
Fini de se payer de mots

Ouvrons les yeux fermons la porte
Aux colporteurs du baragouin
Qu’il reste à jamais lettre morte
Donnons pas notre langue aux chiens

Il faut l’écrire en toutes lettres
et appeler un mot un mot
Prenons les au pied de la lettre
Ils n'auront pas le dernier mot.

© Antoine BIAL

Antoine Bial
Poésie, dérision, parodie et humour : on retrouve les textes d'Antoine Bial sur divers plateformes destinées aux enfants. Ainsi que sur son blog :
Son blog

y
Posté le 22/07/2020 - Thème : Sensualité

Tu sommeilles...

Tu sommeilles ; je vois tes yeux sourire encor.
Ta gorge, ainsi deux beaux ramiers prennent l’essor,
Se soulève et s’abaisse au gré de ton haleine.
Tu t’abandonnes, lasse et nue et tout en fleur,
Et ta chair amoureuse est rose de chaleur.
Ta main droite sur toi se coule au creux de l’aine,
Et l’autre sur mon coeur crispe ses doigts nerveux.
Ce taciturne émoi flatte ma convoitise.
Ta bouche est entrouverte et ton souffle m’attise
Et le mien qui s’anime agite tes cheveux.

Vivant sachet rempli de nard, de myrrhe et d’ambre,
Tu répands tes parfums irritants dans la chambre.
Je te respire avec ivresse en caressant,
Comme un sculpteur modèle une onctueuse argile,
Ton corps flexible et plein de jeune bête agile.
La lumière étincelle à tes cils, et le sang
Peint une branche bleue à ta tempe fragile.
La courbe qui suspend à l’épaule ton sein
Emprunte aux purs coteaux nocturnes leur dessin.
Ta peau ferme a le grain du marbre et de la rose ;
Et moi je dis tout bas, pendant que je repose
Mon regard amoureux sur tes charmes choisis :
« La gazelle couchée au frais de l’oasis
N’est pas plus douce à voir que la femme endormie,
Et les lys du matin jalousent mon amie ».

Charles Guérin (1873-1907)
Poète français, Charles Guérin préfère la poésie à ses études de lettres à la Faculté de Nancy. Il publie trois recueils et au cours de ses nombreux séjours à Paris, il fréquente les cercles littéraires à la mode, en particulier celui de José Maria de Hérédia. Il se consacre entièrement à la littérature, écrit de nombreux poèmes, dont beaucoup ne seront jamais publiés, un projet de roman, des notes diverses de voyage... et collabore également à plusieurs revues. D'une sensibilité mélancolique et de santé fragile, le jeune poète meurt prématurément d'une tumeur au cerveau à l'âge de 33 ans.
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 20/07/2020 - Thème : Ecrire

J'écris parfois

J’écris
parfois sur mes paupières
« fermé pour cause de rêve ».

J’écris
parfois sur mes lèvres
« fermé pour cause d’ennui ».

J’écris
parfois sur mes mains
« fermé pour cause de guerre ».

J’écris
souvent sur ma boutique
« fermé pour cause de poésie ».

J’écris
parfois sur ma poitrine
« fermé pour cause d’amour ».

© Gérard LE GOUIC

Gérard Le Gouic (1936-)
Poète et écrivain français, Gérard Le Gouic est né en 1936 à Paris, où il a vécu jusqu'à son départ pour l'Afrique. Il rencontra le poète Maurice Fombeure comme professeur au collège Lavoisier de Paris. Puis pendant un séjour de dix ans en Afrique, il se lie d'amitié avec Henri Queffelec. Il revient régulièrement en vacances en Bretagne, contrée d'origine de ses parents, et s'y installe définitivement dès 1969 où il créé sa propre maison d'édition.
Autre texte :
Cairn de Barnenez
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 20/07/2020 - Thème : Enfance

Ma collection

Tous les baisers
Qu’on m’a donnés
Toutes les bulles de tendresse
et tous mes colliers de caresses
j’en fais la collection…

Peut-être il poussera
Des forêts d’arbres à bises
Des buissons tendres de murmures
Un hérisson aux doigts très doux
Lorsque je sèmerai
Ma collection, en mai!

Tous les baisers
Qu’on m’a donnés
Toutes les bulles de tendresse
et tous mes colliers de caresses
Je les garde bien au doux
dans un beau coffret à bisous.

© Christian POSLANIEC

Christian Poslaniec (1944-)
Ecrivain français, spécialiste de la littérature d'enfance et de jeunesse, Christiane Poslaniec a enseigné le français et a été chercheur à l'Institut national de recherche pédagogique. Il a aussi publié de nombreux essais et études pédagogiques, mais aussi de romans, albums, poèmes, nouvelles, documentaires, polars et pièces de théâtre.
Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 18/07/2020 - Thème : Amour

Je voulais te dire

Je voulais te parler d’Amour
Et même te l’écrire aussi
Ce n’était pas un long discours
Juste quelques mots très jolis

Je les avais bien préparés
Bien étudiés et bien choisis
Pour une phrase bien ciselée
Dans des textes de poésies

Je voulais te parler d’Amour
Te dire des mots du fond du cœur
Et en attendant ton retour
Je les avais appris par cœur

J’étais prêt, je me sentais bien
Je me voyais déjà avec toi
Heureux, te tenant par la main
Mes yeux dans ton regard bleu-roi

Déclamant avec emphase
Ces mots passion, ces mots ardents
J’aurais lu sur ton visage
Joie et bonheur, resplendissant

Mais, maintenant face à toi
Je suis muet, paralysé
Mes jolis mots, je suis sans voix
Eh bien, je les ai oubliés

Timide, je n’ai pas osé
Alors, en me serrant la main
Souriante, tu t’es éloignée
Mais promis, j’essaierai demain.

© Gérard BOLLON-MASO

Gérard Bollon-Maso (1947-)
Né en région parisienne, Gérard Bollon-Maso habite à Villeurbanne. Fan de poésie depuis son enfance, il écrit depuis une vingtaine d'années.
Il publie ses textes dans des revues de poésie et a deux recueils édités en 2012 et 2015.
Autres textes :
Je voulais te dire
Faire l'amour
Nuit harmonieuse
La baigneuse
Douceurs d'été
Balade en été
Son blog :
 http://cielbleu69.eklablog.com/

y
Posté le 15/07/2020 - Thème : Amour

L'escapade des saisons

Je t’aimais
Dans l’orage des sèves
Je t’aime
Sous l’ombrage des ans

Je t’aimais
Aux jardins de l’aube
Je t’aime
Au déclin des jours

Je t’aimais
Dans l’impatience solaire
Je t’aime
Dans la clémence du soir

Je t’aimais
Dans l’éclair du verbe
Je t’aime
Dans l’estuaire des mots

Je t’aimais
Dans les foucades du printemps
Je t’aime
Dans l’escapade des saisons

Je t’aimais
Aux entrailles de la vie
Je t’aime
Aux portails du temps.

© Andrée CHEDID

Andrée Chedid (1920-2011)
Femme de lettres et poétesse française d'origine syro-libanaise. Elle déclare son humanisme entre autres avec son livre Le Message, écrit en 2000, en écrivant sa colère envers la guerre et la violence, à travers deux amants séparés par ces guerres. Les héroïnes de ses œuvres sont décidées, prêtes à tout pour atteindre leur objectif.
Autre texte :
Visages
Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 15/07/2020 - Thème : Enfance

Autour du toit qui nous vit naître

Autour du toit qui nous vit naître
Un pampre étalait ses rameaux ;
Ses grains dorés, vers la fenêtre,
Attiraient les petits oiseaux.

Ma mère, étendant sa main blanche,
Rapprochait les grappes de miel,
Et les enfants suçaient la branche,
Qu’ils rendaient aux oiseaux du ciel.

L’oiseau n’est plus, la mère est morte ;
Le vieux cep languit jaunissant,
L’herbe d’hiver croît sur la porte,
Et moi je pleure en y pensant.

C’est pourquoi la vigne enlacée
Aux mémoires de mon berceau,
Porte à mon âme une pensée,
Et doit ramper sur mon tombeau.

Alphonse de Lamartine (1790-1869)
Poète, romancier, dramaturge français, ainsi qu'une personnalité politique qui participa à la Révolution de février 1848 et proclama la Deuxième République.

Autres textes :
Le moulin au printemps
La branche d'amandier
→ Biographie détaillée sur Wikipédia

y
Posté le 14/07/2020 - Thème : Liberté

Au 14 juillet ton histoire est la mienne

Comme elle me semble douce, ma belle république,
Celle où voici longtemps bien des vents se calmèrent,
Quand de nos soleils fous aux cent plaines nordiques
Robespierre et Danton d’ennemis furent frères.

Comme elle me semble belle, ma France des flonflons,
Celle qui sait danser sur mille accordéons,
Lorsque de nos villages aux confins de Paname
Un seul peuple festoie de bon cœur et d’une âme !

Comme elle me semble forte, ma belle aux artifices,
Celle où l’on célèbre La Bastille tombée
Aux rythmes des canons et d’idées malmenées,
Quand chaque bourgade fait de Versailles office…

Comme j’aime observer les étoiles explosées
En ciel bas de Bourgogne ou clément en Olonne,
Lorsque rient les enfants à la lune étonnée
Par tout ce déploiement de Lille à ma Gascogne.

Comme j’aime drapeau et me sens cocardière,
Quand des Champs Élysées à notre Cannebière
Métissages dansant font résonner campagnes,
Et que coulent pastis, pinot noir et champagne.

Nul ne m’enlèvera ma ferveur citoyenne :
Je me sens Marianne et te salue, ma France !
Accorde-moi encore cette dernière danse ;
Au quatorze juillet ton histoire est la mienne.

© Sabine AUSSENAC

Sabine Aussenac (1961-)
Professeure agrégée d'allemand, blogueuse, romancière et poétesse française, Sabine Aussenac est aussi novelliste et auteure de poèmes plusieurs fois primés.
Son blog de poésie :
http://www.poesie-sabine-aussenac.com/

y
Posté le 14/07/2020 - Thème : Mer

Dans la grand'hune

La mer m’a versé son breuvage,
Son lait, salé d’un sel amer ;
Et j’ai grandi comme un sauvage
Sur le sein libre de la mer.

La mer de ses rudes caresses
A pétri mon cœur et ma chair ;
Ce sont de farouches tendresses
Que les tendresses de la mer.

La mer m’a chanté l’aventure,
L’espace, la vie au grand air.
Je suis un goéland de mâture,
Un goéland, fils de la mer !

Et si, dans ma chambre bretonne,
Un souffle passe, large et fier,
C’est qu’en moi gémit, hurle et tonne
L’âme innombrable de la mer.


Anatole Le Braz (1859-1926)
De son vrai nom Anatole Le Bras, écrivain et folkloriste français de langue bretonne, il n'a publié qu'en français alors qu'il maîtrisait le breton dans lequel il a écrit des poésies restées pour la plupart inédites. Il a participé comme conférencier lors de nombreuses tournées au lancement de l'Alliance Française aux Etats-Unis.
Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 11/07/2020 - Thème : Amour / Vie

La vie est belle

Lorsque je me suis éveillé
tu n’étais plus à mes côtés

Il faisait nuit, c’était l’été

J’ai gravi le petit escalier qui mène dans un roulis
sur le pont de bateau de notre maison

Tu n’étais pas dans la cuisine, tu n’étais pas dans le salon

Une porte était restée entrouverte
je l’ai poussée comme un soupir

L’ombre de l’oranger a mangé mon visage

Tu dormais dans le jardin
sur un grand drap bleu de nuit

Le vent jouait encore avec les étoiles

Un instant, j’ai vu la branche de jasmin
venir effleurer ton corps

Je n’ai pas dit La vie est belle
Elle était belle, et je n’ai pu la retenir

qu’en posant sur ta peau les doigts de rose d’un poème.

© Bruno DOUCET

Bruno Doucet (1961-)
Ecrivain et éditeur de poésie, Bruno Doucet est auteur d'anthologies, de récits et de poèmes qui ont accompagné des expositions de peinture en France et à l'étranger. En 2010, il fonde avec sa compagne, Muriel Szac, les Editions Bruno Doucey.
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 10/07/2020 - Thème : Nuit

Ceux qui rêvent Pomme

Mes nuits blanches ne sont pas blanches, à peine claires
Semées d’étoiles
Petits trous dans la toile étanche
Tristes strass sur le voile
Et moi, envoûtée de ténèbres
Je passe des heures infinies
À compter les moutons funèbres
Qui tapissent mes insomnies

Ah minuit est là
Ah je ne dors pas

Et moins je dors et plus je pense
Et plus je pense et moins j’oublie
L’immense impasse, l’espace immense
Qui s’étendent au fond de mon lit
C’est inouï tous ces silences
Qu’il est cosmique cet ennui
Dois-je recourir à la science?
Anesthésier l’insomnie?

Ah minuit est là
Ah je ne dors pas

Et puis passé minuit je danse
Au rythme des tachycardies
Et tout s’emballe et tout balance
Et tout m’étale et tout me fuit
La lune est un fruit un peu rance
La vie est une maladie
Ceux qui rêvent ont bien de la chance
Et les autres ont des insomnies
Ceux qui rêvent ont bien de la chance
Et les autres ont des insomnies
Ceux qui rêvent ont bien de la chance
Quant à moi j’ai des insomnies

Ah minuit est là
Ah je ne dors pas
Ah minuit est là
Ah je ne dors pas
Je ne dors pas
Je ne dors pas
Je ne dors pas

© Claire POMMET (POMME)

Claire Pommet (1996-)
Claire Pommet, dite Pomme, née le 2 août 1996 à Lyon, est une auteure-compositrice-interprète française. En 2020, son album Les Failles est sacré album révélation de l'année lors de la 35ᵉ cérémonie des Victoires de la musique.
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 10/07/2020 - Thème : Sensualité

Te dévêtir

Te dévêtir
aller vers encore plus de lumière et de brûlure
alors que tu m’aveugles déjà
et que tout de moi se calcine.

Et pourtant
il faut bien après cent chevauchées
que les nues de ma foudre
descendent vers la terre.

Il faut bien que je tombe
adorer tes genoux
et toucher la tiédeur scandaleuse
de ce nid de soleils.

© Alain BORNE

Alain Borne (1915-1962)
Poète français, Alain Borne a été avocat à Montélimar. Louis Aragon salua son lyrisme dès 1942. Relativement ignoré des milieux littéraires parisiens, il était cependant très lié avec Marc Seghers. Il trouva la mort dans un accident de voiture, à une cinquantaine de kilomètres au nord d'Avignon. La moitié de son œuvre a paru depuis.
Autre texte :
Une main touche une jupe
Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 10/07/2020 - Thème : Mère

A ma mère

On ne guérit jamais du départ de sa mère…
Partie tout doucement sur la pointe des pieds
Vers un étrange port qu’on voudrait oublier
Mais revenant sans cesse avec un goût amer.

Lorsque la nuit descend, à l’heure où tout repose
Devant le firmament ma plaie se cicatrise
Il me semble soudain qu’une ombre s’amenuise
Dans cet épais brouillard qui nimbe toute chose.

Absence insoutenable ! …et silence trop lourd…
Mystérieux voyage d’aller sans retour…
Où vont nos pauvres coeurs, vers quelle apothéose ?…

Se rassembleront-ils en un sublime éther ?
Bouquets de chrysanthèmes ou bien gerbes de roses
S’endormiront aussi sur la dalle de pierre.

© Jacqueline COMMARD

Jacqueline Commard
Jacqueline Commard est née à Angers. Elle est membre de plusieurs Académies littéraires et a obtenu, au fil des années de création poétique, de nombreuses distinctions de poésie. Elle participe également à plusieurs revues ou anthologies poétiques depuis de nombreuses années et a publié plusieurs recueils. Pour elle, la poésie est une fenêtre toujours ouverte qui permet de s’oxygéner, de valoriser ce qui semble banal et de sublimer le beau. Elle aide aussi à se poser un instant au bord de son chemin de vie pour… tout simplement admirer !
Autre texte :
Fructidor

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Posté le 10/07/2020 - Thème : Enfance

Je suis noir

Ma mère m’a mis au monde en un coin du Sud cruel
Et je suis noir. Mais mon âme, elle est blanche, vous savez !
Le petit Anglais est blanc. Blanc comme un ange du ciel.
Moi, je suis noir. Comme si la lumière avait manqué.

Au pied d’un arbre accroupie, ma mère m’a enseigné
En guettant à l’horizon la chaleureuse clarté.
Elle m’ouvrait ses genoux, me serrait et m’embrassait
Puis, le doigt vers l’orient, soudain elle me disait :

Vois s’élever le soleil ! Dieu est là-bas. Et c’est lui
Qui sur le monde répand la chaleur et la lumière.
Et les arbres et les fleurs, et les hommes et les bêtes
Reçoivent l’espoir de l’aube et la joie du plein midi.

Si nous avons, ici-bas, pour quelque temps vu le jour,
C’est pour apprendre â subir les chauds rayons de l’Amour.
Nous ne sommes rien de plus, corps bronzés, visages sombres
Que nuages dans le ciel ou, dans les bois, un peu d’ombre.

Lorsque nos âmes sauront supporter cette chaleur,
Les nuages auront fui et nous entendrons Sa voix :
« Mon bien aimé, sors du bois des ombres ; réjouis-toi
Près de ma tente dorée, comme les agneaux sans peur ».

Oui, voilà ce que ma mère en m’embrassant me disait
Et je me disais ceci, en pensant au jeune Anglais :
Moi noir, lui blanc, le nuage est le même pour nous deux,
Et tous deux jouerons de même autour des tentes de Dieu.

Moi je l’ombragerai, pour que la chaleur ne l’accable
Jusqu’à ce qu’en Notre Père il prenne un repos joyeux.
Debout, je caresserai l’argent fin de ses cheveux
Et il voudra bien m’aimer car je serai son semblable.


William Blake (1757-1827)
Artiste peintre, graveur et poète pré-romantique britannique, William Blake s'est surtout consacré à la poésie. Son style halluciné est moderne et le distingue de ses pairs, bien que ses thèmes soient classiques.
Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 10/07/2020 - Thème : Enfance

Quand j'étais petite...

Quand j’étais petite
la nuit se tenait devant notre porte
et elle chantait d’étranges chants.
Pour les oiseaux qu’on ne voit pas.
Pour les pierres du chemin.
La nuit chantait
et moi
je dormais ou je veillais ?
Est-ce que je rêvais ?

Est-ce que je suis seule à entendre
le chant de la nuit sur la terre
aux portes des maisons ?

Qui berce le sommeil de ceux qui rêvent ?

La nuit a été une voix
qui m’a gardée
de toutes peurs.

Et puis la nuit s’est tue
et je suis restée seule.

Je suis sortie sur le seuil de la maison
J’ai appelé très doucement
Aucun son ne m’a répondu.
Dans ma poitrine
l’écho.

Assise sur le seuil
J’ai pleuré.
J’ai attendu le matin.
Et rien.

La nuit s’était tue pour toujours.

Je suis partie.

© Jeanne BENAMEUR

Jeanne Benameur (1952-)
Née en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur arrive en France à l'âge de cinq ans. Professeur de Lettres jusqu'en 2001, elle a publié chez divers éditeurs et est également directrice de collection aux Editions Thierry Magnier. Elle a reçu en 2001 le Prix Unicef pour son roman Les Demeurées.
→ Sa biographie dans La Maison des Ecrivains et de la Littérature

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Posté le 10/07/2020 - Thème : Femme / Amour

La reine

Je t’ai proclamée reine.
Il en est de plus grandes que toi, de plus grandes.
Il en est de plus pures que toi, de plus pures.
Il en est de plus belles que toi, de plus belles.

Mais toi tu es la reine.

Marches-tu dans la rue,
nul ne te reconnaît.
Nul ne voit ta couronne de cristal, nul ne regarde le
tapis d’or fauve
que foule ton pied où tu passes,
le tapis qui n’existe pas.

Mais quand tu apparais
tous les fleuves tintinnabulent
dans mon corps, les cloches ébranlent
le ciel entier,
en un hymne remplit le monde.
Seuls toi et moi,
seuls toi et moi, ô mon amour,
nous l’entendons.

© Pablo NERUDA

Pablo Neruda (1904-1973)
Poète, écrivain, diplomate et homme politique chilien, Pablo Neruda est considéré comme l'un des quatre grands de la poésie chilienne.
Autres textes :
Fusions
Sonnet 48
Sonnet 89
→ Sa page dans le Monde de Poetika

y
Posté le 10/07/2020 - Thème : Temps

J'attends

J’attends. Le vent gémit. Le soir vient. L’heure sonne.
Le coeur me bat comme un tambour. Rien ni personne.
J’attends, les yeux fermés pour ne pas voir le temps
Passer en déployant les ténèbres. J’attends.
Cédant au sommeil dont la quiétude tente,
J’ai passé cette nuit en un rêve d’attente.
Le jour est apparu baigné d’or pourpre et vif,
Comme hier, comme avant, mon coeur bat attentif.
Et je suis énervé d’attendre, sans comprendre,
Comme hier et demain, ce que je puis attendre.
J’interroge mon coeur, qui ne répond pas bien…
Ah ! Qu’il est douloureux d’attendre toujours — rien !

Albert Lozeau (1878-1924)
Poète québécois, Albert Lozeau étudie à l'académie Saint-Jean-Baptiste de Montréal. En 1892, paralysé peu à peu par le mal de Pott (arthrite tuberculeuse de la colonne vertébrale), il reste confié dans sa chambre, recroquevillé par la maladie. Il écrit ainsi ses premiers poèmes puis publiera plusieurs recueils. Émotif, solitaire et nostalgique, il a écrit des vers mélancoliques sur la nature, ce qui lui vaudra d'être inclus dans la littérature du terroir.
Autre texte :
L'érable rouge
Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 10/07/2020 - Thème : Nuit

Chaque nuit à la même heure

Chaque nuit à la même heure
un train traverse mon sommeil
Un jeune homme me tend une fleur
j’ai six ans au bras de ma mère
dans le train qui nous mène
à la mer Caspienne
Souvenir d’un instant
pour le voyage d’une vie

© Azadée NICHAPOUR

Azadée Nichapour 1968-)
Poétesse française d'origine perse (Iran) qui vit à Paris depuis son enfance. Elle a remporté le Prix de poésie Charles Vidrac en 2008 pour son recueil Parfois la beauté.
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 10/07/2020 - Thème : Monde

Chanson du six milliardième

Je suis tu es elle est nous sommes
des milliards de femmes et d’hommes
marionnettes pantins ou clones
qui mesurons tout à notre aune.

Six milliards ou presque qui cherchent
au lieu de se tendre la perche
leur ordonnée et leur abscisse
dans la fontaine de Narcisse.

Tombée de son arbre à palabres
en plein marécage insalubre
l’espèce entière se célèbre
en proses du même calibre.

Carpe diem carpe diem
insignifiant six milliardième
tant il est doux d’être banal
sans laisser de trace aux annales.

© Bernard LORRAINE

Bernard Lorraine (1933-2002)
Artiste, comédien, conférencier et chansonnier, Bernard Lorraine a vécu douze ans en Amérique Latine en tant que professeur à l'Alliance française. Il revint en Lorraine, région dont il prit le pseudonyme. Il a publié vingt-huit recueis de poésies, dix anthologies et des essais où s'expriment révolte et indignation, tout en y mêlant force et humour. Sa poésie, qui reste classique et libre, est toujours solidement rythmée et rimée. Elle s'exprime dans une langue drue, puissante, mais dont la tendresse n'est pas absente. Quelques-uns de ses poèmes ont été mis en chanson. 
Autre texte :
Au début
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 10/07/2020 - Thème : Humour

Courrier du coeur...

Cher ami,
Je suis toute émue de vous dire que j’ai
bien compris l’autre jour que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir ainsi
vous dévoiler, sans artifice, mon âme
toute nue, daignez me faire visite,
nous causerons et en amis franchement
je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l’affection
la plus profonde, comme la plus étroite
amitié, en un mot : la meilleure épouse
dont vous puissiez rêver. Puisque votre
âme est libre, pensez que l’abandon ou je
vis est bien long, bien dur et souvent bien
insupportable. Mon chagrin est trop
gros. Accourrez bien vite et venez me le
faire oublier. À vous je veux me sou-
mettre entièrement.
Votre poupée
(Georges Sand)

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu’un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d’un cœur
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n’ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.
(Alfred de Musset)

Cette insigne faveur que votre cour réclame
Nuit à ma renommée et répugne mon âme.
(Georges Sand)

Illustration : Alfred de MUSSET et George SAND

Alfred de Musset (1810-1847)
Poète et dramaturge français, de la période romantique. A 19 ans, il publie son premier recueil qui révèle son talent et commence à mener une vie de dandy débauché. Sa première comédie, « La Nuit Vénitienne » est un échec et il renonce provisoirement à la scéne. Pendant sa relation mouvementée avec George Sand, il écrit son chef-d'oeuvre « Lorenzaccio » en 1834 et sa pièce à succès « On ne badine pas avec l'amour. » Dépressif et alcoolique, à 30 ans, il écrit de moins en moins, mais il est élu à l'Académie française en 1852. Mort à 46 ans, à peu près oublié, il est redécouvert au XXè siècle et considéré comme l'un des grands écrivains romantiques français.
Autres textes :
Venise
Le petit endroit
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George Sand (1804-1876)
Romancière, dramaturge, épistolière et critique littéraire, George Sand (de son vrai nom Aurore Dupin), compte parmi les écrivains les plus prolifiques de sa génération. Elle fait scandale par sa vie amoureuse agitée, par sa tenue vestimentaire masculine dont elle a lancé la mode, et par son pseudonyme masculin. Elle devient la maîtresse d'Alfred de Musset avec qui elle échangera une correspondance enflammée. Mais de querelles en reproches, cette passion destructrice poussera Musset à rompre leur relation.
→ Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 10/07/2020 - Thème : Poésie

Le bourdon

Ce poème
Je l’écris pour le vendre.
Certes, il n’est pas terrible,
Mais j’utiliserai tous les moyens possibles :
Je taperai du poing,
Je couperai la parole,
J’adapterai mon image,
Je montrerai ma culotte,
Je travaillerai mon sourire,
Je soudoierai les journalistes,
Je collaborerai avec les ennemis,
Je coucherai avec tous les obstacles,
Je ferai des crasses à mes meilleurs amis,
Je développerai les subtilités de l’hypocrisie.
Car pour réussir, il faut développer des talents de
c
l
o
c
h
e

© Benoît PASTISSON

Benoît Pastisson
Poète et enseignant, membre du Comité de lecture de l'Association Poésie en Liberté.

y
Posté le 10/07/2020 - Thème : Inclassables

J'ai frappé pourtant...

J’ai frappé pourtant à la lourde porte
Tu ne m’as même pas prié d’entrer
Solitaire, mon âme flâne, morte,
Nostalgie en un mirage avorté

Tu ne m’as même pas prié d’entrer
Sur le seuil, je succombe à la froidure
Nostalgie en un mirage avorté
Mes lunes ennuagent mon murmure

Sur le seuil, je succombe à la froidure
Sous le bleu émail des astres crevés
Mes lunes ennuagent mon murmure
Génocide et rêves expropriés

Sous le bleu émail des astres crevés
Ma solitude me grave à l’eau-forte
Génocide et rêves expropriés
J’ai frappé pourtant à la lourde porte…

© Angèle LUX

Angèle Lux (1961-)
Artiste, poétesse et haïkiste québécoise, Angèle Lux s'intéresse aux arts et pratique la photographie. Elle écrits des haïkus, tankas. Elle est membre de nombreuses associations, et elle est présidente et fondatrice de Halte des arts, un organisme qui se voue à la promotion des artistes.
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Posté le 10/07/2020 - Thème : Révolte

Coeur pur

Je n’ai ni père, ni mère,
Ni dieu, ni foyer,
Ni berceau, ni bière,
Ni amante, ni baiser.

Trois jours déjà sans manger,
Ni bombance, ni bouchée.
Mon empire, c’est mes vingt ans.
Mes vingt ans, je vous les vends.

Et si nul n’en veut, ma foi,
Le diable, lui, me les prendra.
Le cœur pur, j’irai voler,
S’il le faut, assassiner.

On m’arrêtera, me pendra,
En terre chrétienne m’enterrera,
Et une ivraie homicide
Croîtra sur mon cœur splendide.


Attila József (1905-1937)
Poète hongrois, Attila József fut un poète de la révolte, en but à toutes sortes de persécutions. Reçu à la Faculté de Lettres de Szeged afin d'être enseignant, il s'en détourne à cause d'un conflit avec un professeur. Exclu du parti communiste hongrois, il essaie de gagner un peu d'argent en publiant ses poèmes. Atteint de schizophrénie, il est pris en charge par des psychiatres. Il meurt à 32 ans, écrasé par un train. Un mémorial est érigé non loin de l'endroit de sa mort. La thèse généralement acceptée est celle du suicide ; certains considèrent cependant que sa mort fut accidentelle.
→ Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 10/07/2020 - Thème : Nature

Vent

Par un matin clair,
Vif comme l’éclair,
Dans un courant d’air
A surgit le vent.

Puisque le vent souffle
Adieu mes pantoufles !
Donnez-moi des moufles
Que je m’emmitoufle !

Et de mon auvent
Où j’étais rêvant,
Vite me levant
J’ai suivi le vent

Le vent si vivant,
Le vent se mouvant,
Qui vole en bravant
Tous les paravents !

Et pour mieux voler
Comme fait le vent,
J’ai suivi le vent,
Qui vole au-devant

© Brigitte LEVEL

Brigitte Level (1918-2013)
Critique littéraire et poétesse française, elle a également écrit sous les pseudonymes de Anne Acoluthe, Geneviève Minne ou Zoé Zou. Elle a professeur de civilisation française à la Sorbonne et présidente de la Société des poètes français.
→ Sa biographie sur Wikipédia

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