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Posté le 12/02/2020 - Thème : Mer

La grève

La grève resplendit, fume.
L'océan bat sur l'enclume
Bien plus que vagues et vent.
En ce décor, bien souvent,
Des oiseaux couverts d'écume
S'en vont, selon la coutume,
Au gré du sable mouvant,
Sous les rires du levant.

De furtives mousselines
Naissent aux marées félines
Et, entraînées par les flots,
Voudraient être matelots
Mais vont périr aux abîmes
Des sépulcres maritimes.

Il me plairait, âme et corps,
Me confondre aux gais accords
Du chant divin des sirènes
Lorsqu'il échoit aux carènes.

À l'horizon, sous la brume,
La mer a posé costume.

(Septain – la longueur des strophes est calquée sur la vague au reflux, d'abord longue puis de plus en plus courte).

© Pascal FOUQUET

Pascal Fouquet
Originaire de Normandie, cet auteur a posé ses valises en Charente-Maritime et a publié plusieurs recueils. Il a remporté le Premier Prix du concours Poetika 2017. Son site comporte des extraits de ses recueils, des citations et des vidéos poétiques.
Autres textes
Voeux
Couchant
Hermione
Son site : http://fouquetpp.wixsite.com/poesie

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Posté le 12/02/2020 - Thème : Nature

Repos

La rivière aux flots bleus rêve les soirs d’été.
Elle dessine au loin sa courbe gracieuse
Pour se perdre dans l’ombre ; et le saule et l’yeuse
Reflètent leurs rameaux dans sa limpidité.

L’air est sans bruit, le ciel plein de sérénité.
La rive se recueille et dort silencieuse.
Tout repose. Voici l’heure mystérieuse
Faite de calme intense et d’immobilité.

Le calme est solennel et triste, comme un rêve
De voyage ou d’exil qui jamais ne s’achève.
Parfois, pour animer ce repos accablant,

Un martin-pêcheur file en rasant le feuillage,
Et, sur l’onde où la lune étincelle en tremblant,
Un étroit canot glisse avec son long sillage.

Gabriel Marc (1840-1901)
Né dans le Puy-de-Dôme et parent de Théodore de Banville, Gabriel Marc est un poète, nouvelliste et critique d’art français. Engagé dans la promotion et la défense des écrivains et fervent régionaliste, il prononce à la Sorbonne en 1876 un discours sur la Poésie provinciale, où il appelle les poètes contemporains à puiser dans la Province et son histoire, comme source d'inspiration.
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Posté le 08/02/2020 - Thème : Société

L'oeil du soleil

— Soleil ! Pourquoi te lèves-tu si tard ?
Et pourquoi as-tu l’œil si rouge ?
As-tu fait cette nuit un cauchemar,
qui t’a fait pleurer dans ton sommeil ?
— Ni sommeil ni rêve ni bon ni mauvais.
J’ai veillé toute la nuit…
Tandis que l’occident frivole dormait sur les cendres
grises de ses lauriers j’ai fait le tour de la Terre.
Et j’ai vu des gens mourir de faim.
J’ai vu des gens mourir de froid.
J’ai vu des gens mourir de désespoir.
J’ai vu des gens s’entretuer, des frères s’étrangler.
J’ai vu des peuples opprimés.
J’ai vu un grand dirigeant tomber
sous la balle d’un dément.
J’en ai vu beaucoup qui pleuraient :
Et j’ai continué, indifférent…
J’en ai vu cependant qui se moquaient des gens dans la peine,
des gens dans la misère
Des gens sous le joug.
C’est alors que j’ai pleuré,
C’est pourquoi mon œil est rouge.
— Soleil ! sèche tout de suite tes larmes !
La mer de Bretagne adoucira bientôt
Ton œil rouge et enflammé…

{Un matin d'hiver 1964}

© Anjela DUVAL

Anjela Duval (1905-1981)
Poétesse bretonne, Anjela Duval était la fille unique d'une famille de cultivateurs, une paysanne pauvre et simple qui écrit ses poèmes après sa rude journée de travail aux champs sur un cahier d'écolière dans sa petite maison, du Vieux-Marché à Traoñ an Dour, hameau isolé. Lisant le breton très jeune, elle ne s'est mise à l'écrire que dans les années 1960. Gilles Servat, qui apprit en grande partie le breton à Traoñ an Dour, lui consacra une chanson justement intitulée Traoñ an Dour. Gilles Servat raconte que quand on lui disait que l'on comprenait le breton sans le parler, elle répondait pour plaisanter : « comme mon chien… ».
Association consacrée à Anjela Duval :
https://www.anjela.org/oberenn/
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Posté le 04/02/2020 - Thème : Inclassables

Je m'habille...

Je m'habille
D’habits et de pensées
Je me drape
Dans ma dignité

Je me pare
De mon métier
Que quelque part
Je crois être mon identité

Je m’enveloppe
Dans une communauté
Que je développe
Pour me rassurer

Que je sois maquillé
Ou même tatoué
J’ai l’art de cacher
Ma parfaite nudité

Je peux me gargariser
De tous mes aspects 
C’est pour combler
Ma totale vacuité.

© Matthieu BANET-RIVET

Matthieu Banet-Rivet (1968-)
Né à Neuilly-sur-Seine et résidant à Paris, Matthieu Banet-Rivet se dit témoin de sa perpétuelle transformation, qu'il exprime sous la forme de textes libres, écrits au fil de l'eau sous le titre : « La liberté du Je ».

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Posté le 04/02/2020 - Thème : Femme

Mademoiselle Sans Souci

Mademoiselle Sans Souci
vêtue de rien d’un peu d’été
Mademoiselle Tôt Partie
à peine là vite en allée

Toute nue dorée de paresse
Mademoiselle Rire aux Larmes
juste habillée de mes caresses
Mademoiselle Fausse Alarme

Rapportez-moi d’où vous allez
Mademoiselle Feu de Paille
un pas perdu deux sous trouvés
trois échos couleur de murailles

le sable roux du sablier
le blond sourd de l’automne proche
le bleu gris du ciel embrouillé
le fuyant d’un pas qui s’approche

Rapportez-moi d’où vous allez
les vraies nouvelles d’où nous sommes
Mademoiselle Voix Voilée
Mademoiselle Profond Somme.

© Claude ROY

Claude Roy (1915-1997)
Poète, journaliste et écrivain français, il écrit ses premiers poèmes lorsqu'il est fait prisonnier en juin 1940. Il s'engage alors dans la Résistance puis commence à publier des récits de voyages. Il ne cesse de publier des romans, des témoignages sur ses nombreux voyages, des descriptions critiques, des essais sur l'art et sur les artistes, dont beaucoup sont ses amis, des livres pour enfants et des poèmes, car la poésie est au cœur de toute son écriture. Elle en est le fil conducteur, et c'est à travers elle que la littérature prend toute sa place pour donner un sens à son existence inquiète et à des engagements souvent déçus.
Autre texte
Le chat blanc
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Posté le 22/01/2020 - Thème : Inclassables

Je suis une enfant des fées

Je cours contre le vent,
les branches m’agressent.
Je cours, je ne sens rien
ni les griffes aiguës des épineux,
ni le froid de novembre.
Mes cheveux flottent
comme un drapeau.
Mes pensées s’entrechoquent,
mon souffle s’affole.
Je ne veux pas que l’on m’enferme.
J’ai peur des murs et des barreaux.
Je suis une enfant des fées.
Je voudrais m’envoler,
être un oiseau.
Je cours, je cours,
je bats des ailes,
je vole, oui, je vole, je...
je tombe...
l’herbe me recueille.
Je ne veux pas que l’on m’enferme.
Je suis une enfant des arbres,
je suis une enfant du bleu,
ne me coupez pas les ailes.
© Anne-Marie DERESE

Anne-Marie Derèse (1938-)
Poétesse belge, bercée par la Sambre et la Meuse, elle est venue à la poésie dès l’enfance, par le bonheur de dire la poésie et de la jouer. De nombreuses fois primée, elle est l’auteure d’une douzaine de recueils.
Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 21/01/2020 - Thème : Inclassables

Apocalypse Now

J’ai donné 3h de ma vie
A Apocalypse Now
J’étais en train d’y vivre
Des choses : wow

Cette version final cut
Pour les 40 ans du film
Que je voyais en 2019
Finalement : sublime

Mais je m’en suis aperçu
A la fin du voyage
M’étirant sans retenue
Vers l’avant de mon siège

L’apocalypse était là
Devant moi olfactive
Au sommet du chou crâne
De ma douce voisine

Mon dieu, l’odeur de ses cheveux
Je lui aurais baisé les pieds
Pour une seconde
Pouvoir m’y nicher

*

A côté des effluves de napalm
Vantés par le colonel Kilgore
C’était un champ de gardénias
Cette odeur et hardcore

Elle effaçait le film lui-même
Alors que la tension allait croissante
Et qu’on s’approchait de la bête
Tant promise, coassante

J’oubliais la chemin intérieur
Du capitaine Willard
Tante cette charge délicieuse
Détruisait toute forme d’art

Le chef d’œuvre était là
Son essence capillaire
Et Monsieur Coppola
Ne pouvait rien y faire

Mon dieu, l’odeur de ses cheveux
J’aurais donné mon royaume
Pour une nuitée
Dans cette lande

*

On aurait cru que le paradis
Était tombé sur Terre
Sous la forme de cette fille
Sous mon nez, à ce siège

De son odeur à elle
Et c’est comme si elle savait
Qu’elle le sentait que je la sentais
Et qu’elle m’envoyait tout son être

Car elle n’arrêtait pas
De dérouler par vague
Toute sa blondeur
Pour que j’y slide

Je l’avais déjà vu
Tout à l’heure sous la bruine
Alors que nous faisons la queue
Pour aller voir le film

Comment ne pas la voir ?
Elle dégageait une vie splendide
Et ne pas me voir
La regarder sous cette pluie ?

*

J’ai donné 3h de ma vie
A Apocalypse Now
J’étais en train d’y vivre
Ça les valait large

Cette version final cut
Pour les 40 ans du film
Dont je savais le culte
Jamais vu : sublime

Mais je m’en suis rendu compte
A la fin du voyage
M’étirant à foison
Vers l’avant de mon siège

L’apocalypse était là
Devant moi olfactive
Au sommet du chou crâne
De ma douce voisine

Mon dieu, la fleur de ses cheveux
A cette femme
Comment lui dire ?
Elle ne doit jamais savoir.
© Sylvain FESSON

Sylvain FESSON
Poète interprète, également journaliste et collaborateur à Philosophie Magazine, Sylvain Fesson aime s'entourer de musiciens pour faire bouger les lignes. Mis en musique par Arthur Devreux, son album « Sonique-moi  » signe la maturité de son écriture. Artiste à découvrir d'urgence !
Autre texte
Le coeur du monde (vidéo)
Son site : http://www.sylvainfesson.com/
Découvrir ses albums :
https://sylvain-fesson.bandcamp.com/
Journaliste, intervieweur : http://parlhot.com/

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Posté le 20/01/2020 - Thème : Saisons

La neige

Il paraît que le ciel et la terre
vont se marier.
Avant l’aube le fiancé
sur sa fille
a jeté son voile de mousse
lentement et sans bruit
pour ne pas l’éveiller.

Elle sommeille encore il est tôt
mais déjà exaltés
impatients d’aller à la noce
les arbres ont mis leur gants
par milliers
et les maisons leurs chapeaux blancs.
© Gisèle PRASSINOS

Gisèle Prassinos (1920-2015)
Née à Constantinople, Gisèle Prassinos est une poétesse, romancière, novelliste et artiste plasticienne d'origine grecque par son père et italienne par sa mère. Ses premiers poèmes écrits à quatorze ans font l'admiration des surréalistes, dont André Breton et Paul Eluard séduits par « le merveilleux de sa poésie et sa personnalité de femme-enfant. »
Sa biographie sur Wikipédia

 

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Posté le 20/01/2020 - Thème : Femme

Sonnet

Vent d’été, tu fais les femmes plus belles
En corsage clair, que les seins rebelles
Gonflent. Vent d’été, vent des fleurs, doux rêve
Caresse un tissu qu’un beau sein soulève.

Dans les bois, les champs, corolles, ombelles
Entourent la femme ; en haut, les querelles
Des oiseaux, dont la romance est trop brève,
Tombent dans l’air chaud. Un moment de trêve.

Et l’épine rose a des odeurs vagues,
La rose de mai tombe de sa tige,
Tout frémit dans l’air, chant d’un doux vertige.

Quittez votre robe et mettez des bagues ;
Et montrez vos seins, éternel prodige.
Baisons-nous, avant que mon sang se fige.

Charles Cros (1842-1888)
Poète et inventeur français, qui a notamment découvert un procédé de photographie en couleurs, mais aussi un modèle de phonographe.
Autres textes
Avenir
Liberté
Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 20/01/2020 - Thème : Amour

Ton souvenir est comme un livre...

Ton Souvenir est comme un livre bien aimé,
Qu’on lit sans cesse, et qui jamais n’est refermé,
Un livre où l’on vit mieux sa vie, et qui vous hante
D’un rêve nostalgique, où l’âme se tourmente.

Je voudrais, convoitant l’impossible en mes vœux,
Enfermer dans un vers l’odeur de tes cheveux ;
Ciseler avec l’art patient des orfèvres
Une phrase infléchie au contour de tes lèvres ;

Emprisonner ce trouble et ces ondes d’émoi
Qu’en tombant de ton âme, un mot propage en moi ;
Dire quelle mer chante en vagues d’élégie
Au golfe de tes seins où je me réfugie ;
Dire, oh surtout ! tes yeux doux et tièdes parfois
Comme une après-midi d’automne dans les bois ;
De l’heure la plus chère enchâsser la relique,
Et, sur le piano, tel soir mélancolique,
Ressusciter l’écho presque religieux
D’un ancien baiser attardé sur tes yeux.

Albert Samain (1858-1900)
Poète symboliste français, Albert Samain a dû arrêter ses études à la mort de son père, à l'âge de 14 ans. Rejoignant Paris vers 1880, il commence à fréquenter les cercles littéraires et récite ses poèmes au « Chat noir ». En 1893, la publication de son recueil « Au jardin de l'infante » lui vaut un succès immédiat. Fin 1899, sa santé se détériore : il est atteint de phtisie. Il se retire chez un ami dans la Vallée de Chevreuse et meurt à l'été 1900. Une des originalités d'Albert Samain est l'utilisation du sonnet à quinze vers. Après sa mort, ses poésies sont réimprimées un nombre considérable de fois, et de nombreux musiciens ont composé des mélodies sur ses textes.
Autres textes
Le bonheur
Hiver
Matin sur le port
La cuisine
Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 20/01/2020 - Thème : Sensualité

Sur ton corps lisse de caillou

Sur ton corps lisse de caillou
mes mains vont, forêts en liberté,
comme vers des sommets d’où je retombe,
source altérée de soleil.

Ton cœur est si proche de mon cœur
que nos artères se mêlent les unes aux autres
et ne retrouvent plus à nos fronts qu’une seule tempe
pour faire battre l’espace.

Bateau venu de la haute mer,
je vais très loin au fond de tes plages
et je me renverse dans les fougères
qui naissent de ton corps entr’ouvert.

Lorsque nous n’avons plus pour respirer
que l’air écrasé dans nos baisers,
le jour qui nous sépare a beau faire,
il n’arrive pas à être aussi nu que toi.

© Lucien BECKER

Lucien Becker (1911-1984)
Poète français, ami de Léopold Sédar Senghor. Il a composé une œuvre brûlante autour du corps de la femme, seul rempart contre le néant. Résistant pendant la guerre, il devient commissaire de police et fournit de faux-papiers à ceux qui fuient l'occupant et entre en contact avec le maquis du Vercors. A cinquante ans, abandonnant tout, il se retire dans le silence avec la femme de sa vie. Il publie son dernier recueil en 1961 et retourne à Dieuze en Moselle en 1983 où il décèdera.
Autre texte
Lorsque tu entres dans ma chambre
Biographie détaillée sur Wikipédia

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Posté le 19/01/2020 - Thème : Espoir

Asseyez-vous, peuples de loups...

Asseyez-vous, peuples de loups, sur les frontières

et négociez la paix des roses, des ruisseaux,

l'aurore partagée.

Que les larmes, les armes

s'égarent dans la rouille et la poussière.

Que la haine crachée soit bue par le soleil.

La terre ouvre sa robe de ténèbres,

sa nudité enchante les oiseaux,

le jour se fend comme fille amoureuse.

Sous un ciel ébloui

viennent alors après tant de saccage

les épousailles de la terre et du feu,

le temps des sources,

des naissances.

Après le sang, la traîtrise et le cri,

ah, tant rêvé !

le règne des moissons

pour le bonheur des granges.

À nous qui hébergeons l'aube de la parole

de rassembler le grain,

les mots de l'espérance.

Un jour d'été, l'enfant plonge dans la rivière,

joue avec le soleil

sous le regard apaisé d'une mère,

le héron danse sur son nid de sable,

le renard ouvre des ailes d'ange

et le serpent, le mal aimé, forçat de la poussière,

sauvé, s'étire entre les seins du jour.

© Jean JOUBERT

Jean Joubert (1928-2015)
Poète et romancier français, Jean Joubert a beaucoup écrit d'ouvrages de littérature d'enfance et de jeunesse. Son œuvre comprend une douzaine de recueils de poèmes, des romans et livres pour enfants. Il a a été salué comme l'un des premiers poètes lyriques de sa génération.
Autre texte :
La petite lampe
Sa biographie sur Wikipédia

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Posté le 19/01/2020 - Thème : Femme

Ce sera un jour...

Ce sera un jour pareil aux autres jours
Un matin familier avec des joies connues
Eprouvées parce qu'elles sont quotidiennes.

Avec des mots brûleurs du ciel
Avec des mots traceurs de route
Qui font du bonheur une question de patience
Qui font du bonheur une question de confiance.

Et ces femmes fières d'avoir le ventre rouge
A force de remettre au monde leurs enfants
A chaque aube, ces femmes bleuies de patience
Qui ont trop de leur voix pour apprendre à se taire.

Forte comme une femme aux mains roussies d'acier
Tu caresses tes enfants avec précaution
Et quand leur fatigue se blesse à ta patience
Tu marches dans leurs yeux afin qu'ils se reposent...

© Anna GREKI

Anna Gréki (1931-1966)
De son vrai nom Anna Colette Grégoire, Anna Gréki est une poétesse algérienne d'expression française. Elle passe son enfance à Menaâ, dans les Aurès, où son père est instituteur. Après ses études primaires et secondaires, elle interrompt ses études supérieures de lettres à Paris pour participer activement au combat pour l'indépendance de l'Algérie. Institutrice, militante du Parti communiste algérien, elle est arrêtée en 1957, torturée puis internée à la prison Barberousse d'Alger, transférée en novembre 1958 au camp de Beni Messous puis expulsée d'Algérie. Elle rejoint alors son mari Jean Malki à Tunis, où est publié son premier recueil, avant de rentrer en Algérie à l'indépendance en 1962. Achevant sa licence en 1965 elle est professeur de français au lycée Abdelkader d'Alger. Elle laisse à sa mort brutale un second recueil et un roman inachevé.
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Posté le 19/01/2020 - Thème : Guerre

Cité de la Muette

À Max Jacob,

† 5 mars 1944.

 

Dans les murs de la cité de la Muette,
Des Français, des Juifs, des foules honnêtes.

Les uns rêvent de lointains paysages,
Les autres traînent devant le grillage.

Dans les bras, des enfants à l’agonie.
Les corps faméliques meurent d’ennui.

Au-delà du mur, la fraternité,
L’hiver, l’été, la vie : la liberté.

À la lumière d’un mirador,
Un cortège d’hommes à demi-morts.

L’étoile jaune greffée dans le cœur,
Ils s’éclipsent ni vaincu ni vainqueur.

Nuit et jour, sous les cieux sang et or,
Les convois roulent jusqu’à Sobibor.

© Nicolas GRENIER

Nicolas Grenier (1975-)
Ecrivain et poète français, Nicolas Grenier est l'un des maîtres du tanka et du haïku en France et pratique le haïku, en réinventant le haïku urbain. Dans le tanka et le haïku, il renouvelle le fond et la forme. Il collabore avec des artistes du monde entier. Ses poèmes en langue anglaise et française sont adaptés en musique électronique et classique par des compositeurs internationaux. Il rend hommage à des personnalités comme Bill Gates, John Fitzgerald Kennedy, Ludwig Wittgenstein et à des lieux, Marrakech, etc.
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Max Jacob (1876-1944) est un poète moderniste et romancier, précurseur de Dada puis du surréalisme. Du fait de ses origines juives, il est arrêté par la Gestapo et interné au camp de Drancy où il meurt en cinq jours, avant sa déportation programmée pour Auschwitz.

Posté le 19/01/2020 - Thème : Enfance

Elle avait pris ce pli

Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;
Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ;
Elle entrait et disait : « Bonjour, mon petit père ; »
Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s’asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s’en allait comme un oiseau qui passe,
Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
Mon œuvre interrompue, et, tout en écrivant,
Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
Quelque arabesque folle et qu’elle avait tracée,
Et mainte page blanche entre ses mains froissée
Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
Et c’était un esprit avant d’être une femme.
Son regard reflétait la clarté de son âme.
Elle me consultait sur tout à tous moments.
Oh ! que de soirs d’hiver radieux et charmants,
Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère
Tout près, quelques amis causant au coin du feu !
J’appelais cette vie être content de peu !
Et dire qu’elle est morte ! hélas ! que Dieu m’assiste !
Je n’étais jamais gai quand je la sentais triste ;
J’étais morne au milieu du bal le plus joyeux
Si j’avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.

Victor Hugo (1802-1895)
Poète, dramaturge, prosateur et dessinateur romantique français, Victor Hugo est considéré comme l'un des plus grands écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé. Homme de théâtre, il est l'un des chefs de fil du romantisme français. Il a fortement contribué au renouveau de la poésie et du théâtre.
Autres textes
Il fait froid
Premier Mai
Demain dès l'aube
Sa biographie sur Wikipédia

Posté le 12/12/2020 - Thème : Lieux

Les maisons

Les vieilles maisons sont toutes voûtées,
elles sont comme des grands-mères
qui se tiennent assises, les mains sur les genoux,
parce qu’elles ont trop travaillé dans leur vie ;
mais les neuves sont fraîches et jolies
comme des filles à fichus
qui, ayant dansé, vont se reposer
et qui se sont mis une rose au cou.

Le soleil couchant brille dans les vitres,
les fumées montent dévidées
et leurs écheveaux embrouillés
tissent aux branches des noyers
de grandes toiles d’araignées.

Et, pendant la nuit, sur les toits,
l’heure du clocher dont les ressorts crient –
et le poids descend –
s’en va vers les champs
et réveille subitement
toutes les maisons endormies.

Charles-Ferdinand Ramuz (1878-1947)
Ecrivain suisse romand, Charles-Ferdinand Ramuz a utilisé le parler vaudois, ce qui donne à son oeuvre un style singulier. Il est auteur de romans, d'essais et de poèmes où figurent au premier plan les espoirs et les désirs de l'être humain. Ramuz puisa dans d'autres formes d'art (peinture, cinéma) pour contribuer à la redéfinition du roman.
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Posté le 08/11/2019 - Thème : Saisons

Les mois de l'année

Janvier pour dire à l’année « bonjour »
Février pour dire à la neige « il faut fondre »
Mars pour dire à l’oiseau migrateur « reviens »
Avril pour dire à la fleur « ouvre-toi »
Mai pour dire « ouvriers nos amis »
Juin pour dire à la mer « emporte-nous très loin »
Juillet pour dire au soleil « c’est ta saison »
Août pour dire « l’homme est heureux d’être homme »
Septembre pour dire au blé « change-toi en or »
Octobre pour dire « camarades la liberté »
Novembre pour dire aux arbres « déshabillez-vous »
Décembre pour dire à l’année « adieu, bonne chance »
Et douze mois de plus par an, mon fils,
Pour te dire que je t’aime.

© Alain BOSQUET

Alain Bosquet (1919-1998)
Poète français d'origine russe (de son vrai nom Anatole Bisk), Alain Bosquet a passé son enfance à Bruxelles. Il s'est engagé dans l'armée américaine en 1942 puis dans l'armée française. Installé définitivement à Paris en 1951, il a collaboré à Combat, au Monde, au Figaro et à plusieurs maisons d'édition. Romancier et poète, il a fondé la revue Nota Bene. Il est mort à Paris le 17 mars 1998.
Sa biographie sur Wikipédia

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