Votre poème ici

N'hésitez pas à m'envoyer vos textes, ils seront publiés dans la catégorie "Tous les poèmes". Vous pouvez joindre également une courte biographie. Voir les détails ici.

Courriel : poetika17(at)gmail.com

Posté le 09/07/2019 - Thème : Mer

Ô Capitaine ! mon Capitaine !

Ô Capitaine ! mon Capitaine ! fini notre effrayant voyage,
Le bateau a tous écueils franchis, le prix que nous quêtions est gagné,
Proche est le port, j'entends les cloches, tout le monde qui exulte,
En suivant des yeux la ferme carène, l'audacieux et farouche navire ;

Mais ô cœur ! cœur ! cœur !
Oh ! les gouttes rouges qui lentement tombent
Sur le pont où gît mon Capitaine,
Étendu mort et glacé.

Ô Capitaine ! mon Capitaine ! lève-toi et entends les cloches !
Lève-toi – c'est pour toi le drapeau hissé – pour toi le clairon vibrant,
Pour toi bouquets et couronnes enrubannés – pour toi les rives noires de monde,
Toi qu'appelle leur masse mouvante aux faces ardentes tournées vers toi ;

Tiens, Capitaine ! père chéri !
Je passe mon bras sous ta tête !
C'est quelque rêve que sur le pont,
Tu es étendu mort et glacé.

Mon Capitaine ne répond pas, pâles et immobiles sont ses lèvres,
Mon père ne sent pas mon bras, il n'a ni pulsation ni vouloir,
Le bateau sain et sauf est à l'ancre, sa traversée conclue et finie,
De l'effrayant voyage le bateau rentre vainqueur, but gagné ;

Ô rives, Exultez, et sonnez, ô cloches !
Mais moi d'un pas accablé,
Je foule le pont où gît mon Capitaine,
Étendu mort et glacé.

Walt Whitman (1819-1892)
Poète et écrivain américain. Son chef-d'oeuvre est sans conteste « Feuilles d'herbe » (Leaves of grass).
Sa biographie sur Wikipédia

Posté le 06/07/2019 - Thème : Lieux

Halal

Noiseuse notoire, Nezha au regard noir, 
traverse la salle en babillant, sa voix
recouvre le bruit des seaux en caoutchouc 
qui s’entrechoquent, le bris de l’eau et les
cris des petites aux peaux neuves
qui gigotent dans les bassines

Ici, on n’entend aucun téléphone sonner 
Ici, il n’y a pas de réseau car on est au 
hammam

Des mémés claudiquant comme des crabes 
traînant leurs corps ankylosés par les ans
succèdent à des Vénus rasées à blanc
aux fesses immenses écrasées sur le sol 
Une madone au dos exsangue 
dans la bleue lumière d’une vitre teinte
me guigne lorsque, molle, 
allongée sur le ventre je regarde
une femme enceinte 
elle qui ne peut pas faire comme moi
semble pourtant triomphante 
de son enfant prochain j’imagine que
ce doit être 
un mâle

Je tends la main et touche ma toison
Combien de femmes ont-elles
avant moi rêvé sur ce marbre 
écru et chaud de sucer 
ici-même un sexe aimé d’ouvrir 
le leur à deux mains et dire
eat me I’m halal
leurs peaux mortes qui voyagent 
vers le caniveau et s’y confondent 
ont-elles reçu tous ces baisers 
dont je me vante tant ont-elles 
été aimées comme mes lambeaux et tous mes recoins

jusqu’à ce que le cœur batte dans le sexe
jusqu’à ce que le sexe devienne le centre de tout 
écrin de l’âme si cela veut dire quelque chose à quelqu’un

La dame qui m’exfolie les fesses avec un gant de crin
m’explique lasse qu’elle ne rêve qu’à raccrocher ce dernier 
me parle de cette femme violée par son mari policier
et son meilleur copain
me dit son bonheur de ne pas être à sa place
me dit son bonheur d’être dite vieille fille.

Ses yeux brillent avec lenteur et sa chair.

© Rim BATTAL

Rim Battal (1987-)
Poétesse, photographe et journaliste franco-marocaine qui vit entre Paris et Marrakech. Elle a pubié plusieurs recueils dont « Latex » dont est issu ce poème.
Son profil sur tumblr.com
Sa biographie sur Wikipédia

Posté le 02/07/2019 - Thème : Amour

Trois petites notes de musique

Trois petites notes de musique 
Ont plié boutique 
Au creux du souvenir 
C'en est fini de leur tapage 
Elles tournent la page 
Et vont s'endormir 

Mais un jour sans crier gare 
Elles vous reviennent en mémoire 

Toi, tu voulais oublier 
Un p'tit air galvaudé 
Dans les rues de l'été 
Toi, tu n'oublieras jamais 
Une rue, un été 
Une fille qui fredonnait 

La, la, la, la, je vous aime 
Chantait la rengaine 
La, la, mon amour 
Des paroles sans rien de sublime 
Pourvu que la rime 
Amène toujours 

Une romance de vacances 
Qui lancinante vous relance 

Vrai, elle était si jolie 
Si fraîche épanouie 
Et tu ne l'as pas cueillie 
Vrai, pour son premier frisson 
Elle t'offrait une chanson 
A prendre à l'unisson 

La, la, la, la, tout rêve 
Rime avec s'achève 
Le tien n'rime à rien 
Fini avant qu'il commence 
Le temps d'une danse 
L'espace d'un refrain 

Trois petites notes de musique 
Qui vous font la nique 
Du fond des souvenirs 
Lèvent un cruel rideau de scène 
Sur mille et une peines 
Qui n'veulent pas mourir 

© Henri COLPI

Henri Colpi (1921-2006)
Monteur, scénariste et réalisateur français, il est également le parolier de cette chanson (1961) qui a été interprétée, entre autres, par Yves Montand.
Sa biographie sur Wikipédia

Posté le 25/06/2019 - Thème : Vie

On s'en vient seul

On s’en vient seul et l’on s’en va de même.
On s’endort seul dans un lit partagé.
On mange seul le pain de ses poèmes.
Seul avec soi on se trouve étranger.

Seul à rêver que gravite l’espace,
Seul à sentir son moi de chair, de sang,
Seul à vouloir garder l’instant qui passe,
Seul à passer sans se vouloir passant.

© Liliane WOUTERS

Liliane Wouters (1930-2016)
Poétesse belge, auteur dramatique, traductrice, anthologiste et essayiste, Liliane Wouters a été institutrice de 1949 à 1980. C'est après avoir fait la connaissance d'Albert-André Lheureux et de son Théâtre de l'Esprit Frappeur que Liliane Wouters occupera une place méritée au théâtre. Elle a obtenu plusieurs distinctions dont le Prix Apollinaire en 2015.
Sa biographie sur Wikipédia

Posté le 25/06/2019 - Thème : Temps

Saisir l'instant

Saisir l’instant tel une fleur
Qu’on insère entre deux feuillets
Et rien n’existe avant après
Dans la suite infinie des heures.
Saisir l’instant.

Saisir l’instant. S’y réfugier.
Et s’en repaître. En rêver.
À cette épave s’accrocher.
Le mettre à l’éternel présent.
Saisir l’instant.

Saisir l’instant. Construire un monde.
Se répéter que lui seul compte
Et que le reste est complément.
S’en nourrir inlassablement.
Saisir l’instant.

Saisir l’instant tel un bouquet
Et de sa fraîcheur s’imprégner.
Et de ses couleurs se gaver.
Ah ! combien riche alors j’étais !
Saisir l’instant.

Saisir l’instant à peine né
Et le bercer comme un enfant.
A quel moment ai-je cessé ?
Pourquoi ne puis-je… ?

Esther Granek (1879-1941)
Poétesse franco-belge qui a survécu à l'Holocauste. 
Autres textes :
Complainte pour une Dame-pipi 
Abri 
Quoi donc ? 
Offrande
Ephémérides
La fenêtre
Vacances 
Site officiel : http://esthergranek.webs.com/
Sa biographie sur Wikipédia

Posté le 25/06/2019 - Thème : Objets

Rondel à ma pipe

Les pieds sur les chenets de fer
Devant un bock, ma bonne pipe,
Selon notre amical principe
Rêvons à deux, ce soir d’hiver.

Puisque le ciel me prend en grippe
(N’ai-je pourtant assez souffert ?)
les pieds sur les chenets, ma pipe.

Preste, la mort que j’anticipe
Va me tirer de cet enfer
Pour celui du vieux Lucifer ;
Soit ! nous fumerons chez ce type,

Les pieds sur des chenets de fer.

Emile Nelligan (1879-1941)
Émile Nelligan est considéré comme l’un des plus grands poètes québécois. Poète au destin tragique et fulgurant, il puise chez les parnassiens leur forme et chez les symbolistes leur musicalité et leur imagerie évocatrice. La fragilité des plaisirs se lie à une mélancolie tourmentée et à une sensibilité extrême au monde. La recherche de l’idéal perdu des romantiques est présente, mais dépassée par son tissage de son et d’image. 
Souffrant de schizophrénie, Nelligan est interné dans un asile psychiatrique peu avant l'âge de vingt ans et y reste jusqu'à sa mort.
Autres textes :
Devant deux portraits de ma mère
Soir d'hiver
Le salon
Le vaisseau d'or 
La romance du vin
Article source :
lesvoixdelapoesie.com   
Sa vie, son oeuvre sur Wikipédia

Posté le 22/06/2019 - Thème : Voyage

J'ai longtemps voyagé...

J'ai longtemps voyagé, courant toujours fortune 
Sur une mer de pleurs, à l'abandon des flots 
De mille ardents soupirs et de mille sanglots, 
Demeurant quinze mois sans voir soleil ni lune.

Je réclamais en vain la faveur de Neptune 
Et des astres jumeaux, sourds à tous mes propos, 
Car les vents dépités, combattant sans repos, 
Avaient juré ma mort sans espérance aucune. 

Mon désir trop ardent, que jeunesse abusait, 
Sans voile et sans timon la barque conduisait, 
Qui vaguait incertaine au vouloir de l'orage.

Mais durant ce danger un écueil je trouvai, 
Qui brisa ma nacelle, et moi je me sauvai, 
À force de nager évitant le naufrage.

Philippe Desportes (1546-1606)
Poète baroque français, surnommé le « Tibulle français » pour la douceur et la facilité de ses vers, il fut abbé de Tiron, lecteur de la chambre du Roi et conseiller d'Etat.
Sa biographie sur Wikipédia

Posté le 20/06/2019 - Thème : Animaux

Insectomania

Je te blatte
Je te cétoine
Je te cicindèle
Je te grillonne
Je te piéride
Je te scorpionne
Je te bombyxe la ronce et le mûrier
Je te frelonne et refrelonne
Je te coccinelle
Je t’éphémère

Tu m’ensphinxes
Tu me lucanes
Tu me phasmes
Tu me ver-luisannes
Tu me libellules
Tu me belle-dames
Tu me fiancies
Tu me guêpes
Tu me mantes très religieusement
Tu me bousies
Tu m’enveuves noire

Je cafarde
Je tarentule
Je me mouche.

© Joëlle BRIERE

Joëlle Brière (1960-)
Née dans les Côtes d'Armor, autrefois enseignante, Joëlle Brière vit aujourd'hui en Bourgogne, dans l'Yonne où elle a fondé les éditions de La Renarde Rouge qui proposent des romans et de la poésie à destination des adultes comme des enfants. Ce sont des textes courts, forts, de tout genre littéraire et pour tous. 
Sa maison d'édition

Posté le 20/06/2019 - Thème : Lieux

Calceteiro

Le paveur de la rue s'éveille
Avec le chant des matelots,
Vois, les jours sont loin de la paye,
Nuno, il faut te lever tôt.
Prends tes outils sur le carreau,
Tes poissons frits, ton sac à dos,
Va sur la grand' place au soleil
Fleurir le sol de tes marteaux.

Calceteiro, noble poète !
Change ce monde piétiné,
Mon ami, l'effriteur céleste,
Fais-nous parler tous les pavés !
Avec des fleurs,
Avec des cœurs,
L'île aux farceurs,
Les lourds filets,
Ouvrier! Ajusteur d'été !

Le paveur de la rue m'éclaire,
Le paveur des places louange,
Il cloue sans règle ni équerre
Au noir bitume des vidanges ;
Il recouvre toutes les fanges,
Et les cailloux aux folles franges,
Bijoux du ciel, coraux des mers,
Seront les dominos des anges !

Calceteiro, grandeur, mystère !
Tambourine, frêles coups secs,
Ranime la lime des frères,
A sol ouvert, l'os se dissèque,
C'est du grand art,
Il faut le voir
Dans un mouchoir
Placer la Mecque
Avec des graines de pastèque !

Le paveur de l'âme imagine,
Le paveur de l'âme martèle
Des soleils nus dans les ravines,
Il retouche les caravelles,
Les cargaisons où l'or ruisselle,
L'endroit n'est plus qu'une vaisselle,
Au tesson bleu des couleuvrines,
Les mosaïques s'étincellent.

Calceteiro Manuélin !
Nos pas sont sertis de colombes !
Lisbonne d'hier, de demain,
Se lira même sous les combles !
La poésie
Du temps jadis
Sur le parvis
Naît sur les tombes !
Calceteiro ! Lustre les ombres !

Calceteiro : paveur des rues au Portugal

© Frédéric COGNO

Frédéric Cogno
Autodidacte, rêveur et passionné, épris de poésie et de théâtre, Frédéric Cogno est éducateur auprès d'adultes handicapés mentaux et animateur-poète dans une maison de retraite. Il s'évertue à partager des émotions et la saveur des mots. Auteur de plusieurs recueils de poésie, il a aussi mis en scène un conte musical pour enfants.
Autres textes
Ce baiser
Le litchi

 

Posté le 20/06/2019 - Thème : Lieux

Mon pays

Mon pays est une jeune fille au coeur lourd
Que le massif crayeux des Corbières protège
Des assauts d'un vent fou dont le rire rend sourd,
Démon né de quelque terrible sortilège.

Mon pays est une jeune fille aux yeux doux
Dans lesquels le sculpteur, le peintre ou le poète
Voient la source couler au pied du Canigou
Et Collioure aux quartiers éclairés par la fête.

Mon pays est une jeune fille aux pieds nus
Qui marche dans les champs en dépit des blessures
Que l'existence inflige à ses membres menus,
Si pauvre qu'elle ne peut porter de chaussures.

Mon pays est une jeune fille aux cheveux
Que la marinade amoureusement caresse
Et que le vent d'Espagne au long souffle nerveux
Fait frémir sous d'étranges bouffées de tendresse.

Mon pays est une jeune fille aux chansons
Qui viennent apporter à l'oreille autochtone
Ces cris d'espoir, montant de tous les horizons,
Qui naissent au printemps et meurent en automne.

Mon pays est une jeune fille qui dort ;
La nature, en avril, lui fait une litière
De mimosas, de genêts et de boutons d'or
Et pose un long baiser sur tout son corps de pierre.

© Jean IGLESIS

Jean Iglesis
Poète et correspondant de presse qui vit dans le sud de la France.

Posté le 20/06/2019 - Thème : Poésie

Quatre quatrains pour presque rien

C’est vrai que ça ne rime à rien
un p’tit poème pas plus haut que trois pommes
un p’tit poème pas plus gros qu’un poussin
un p’tit poème pas pour les grands hommes

C’est vrai que ça ne rime à rien
un p’tit poème pas plus profond qu’un ru
un p’tit poème ni du mal ni du bien
un p’tit poème entrevu dans la rue

C’est vrai que ça ne rime à rien
un p’tit poème pas à pas
sauf si ce pas est un chemin
ce p’tit poème ah qui vient là

On dit qu’il mènera à tout
si on chante ses douze vers
quatre quatrains rien que pour nous
presque rien et tout l’univers

© Carl NORAC

Carl Norac (1960-)
Né en Belgique, Carl Norac a exercé plusieurs métiers avant de se consacrer à l'écriture. Auteur de poésie et de théâtre, Carl Norac a aussi écrit des livres pour la jeunesse.
Biographie détaillée sur Wikipédia

Posté le 20/06/2019 - Thème : Amour

Ma respirante

Ma précieuse rencontre
ma folie vibratoire
ma muse voluptueuse
ma lumière d’après-minuit
ma confiture de baie sauvages
mon église paillarde
ma paille de bergerie
pleine d’odeurs entêtantes
ma vitrine enchantée
où s’exposent mes désirs
ma libellule d’émois
comme flèche de jade
entre les nélumbos du plaisir
ma mousson féconde
ma savane crissante
comme les vagues sur le sable
ma blessure ravivée
où es-tu dis-moi où tu es ?
ma machine amoureuse
au regard de radium
mon épouse célibataire
qui me hausse sur la terre
de toutes les ailes de ton rire
ma respirante ma suffocante
ma diablesse biblique
au milieu des flammes et du sang
comme une prêtresse vaudou
mon alarmante souveraine
aux larmes de sirène
sur les joues des beaux jours
ma liane chasseresse
tressée avec une douceur de Licorne
ma fièvre d’Amazonie
ma provocante ma serpentueuse
Mélusine des métamorphoses
où es-tu dis-moi où tu es ?

© André CHENET

André Chenet (1954-)
Poète et écrivain français, après avoir pas mal bourlingué et exercé plusieurs métiers, André Chenet a commencé sur le tard à publier dans des revues francophones. Il édite depuis 2006 "Danger Poésie" et organise des Rencontres poésie dans le sud-est de la France. Il a également publié plusieurs recueils.
Autre texte :
La chair du désir 
Blog de poésie
https://poesiedanger.blogspot.com/Autre blog
Désobéissance civile

Posté le 20/06/2019 - Thème : Femme

Emblème

Elle n’est pas contre le fait qu’on la photographie. Elle est belle et n’a rien à prouver ni rien à perdre, pas même son naturel.

Elle veut bien poser un peu, là, comme on l’a surprise, l’enfant tétant son sein dans les rues de Sacro-Monte, le visage ouvert à l’avenir.

Elle admet être un emblème. Le temps d’un cliché. La tête haute et le regard fier, mais une ride au front pour le jeu ou l’ironie.

Elle n’est pas dupe, elle accepte d’être souveraine. Pour tous les siens derrière elle, leurs vies levées dans les voiles du vent, leurs peaux qui s’écorchent aux barbelés parfois.

Un arrière-plan de sourires la porte. Celui des femmes surtout, leurs braises ardentes, qu’elle célèbre. En rayonnant.

© Michel BAGLIN

Michel Baglin (1950-)
Ecrivain français qui vit en région toulousaine et a été journaliste pendant plus de 30 ans. Poète, nouvelliste, essayiste et romancier, il est l'auteur de plus d'une trentaine d'ouvrages publiés chez divers éditeurs. Il a également publié sous le titre Les Chants du regard un album de 40 photos de Jean Dieuzaide qu’il a accompagnées de proses poétiques (éditions Privat).
Biographie détaillée sur Wikipédia

Posté le 20/06/2019 - Thème : Mère

La main de ma mère

Je prenais la main de ma mère
Pour la serrer dans les deux miennes
Comme l’on prend une lumière
Pour s’éclairer quand les nuits viennent.

Ses ongles étaient tant usés,
Sa peau quelquefois sombre et rêche.
Pourtant, je la tenais serrée
Comme on le fait sur une prêche.

Ma mère était toujours surprise
De me voir prendre ainsi sa main.
Elle me regardait, pensive
Me demandant si j’avais faim.

Et, n’osant lui dire à quel point
Je l’aimais, je la laissais
Retirer doucement sa main
Pour me verser un bol de lait.

© Maurice CAREME

Maurice Carême (1899-1978)
Poète et écrivain belge de langue française, il écrit ses premiers vers inspirés par une amie d'enfance. Il devient instituteur de métier à Anderlecht-Bruxelles où il passera le reste de sa vie, tout en continuant à écrire poésies et comptines. Élu « Prince en poésie » au Café Procope à Paris en 1975, Maurice Carême est traduit dans le monde entier. Il est en particulier très apprécié pour son amour des enfants, un registre essentiel de son œuvre. Une oeuvre abondante qui comprend quelque quatre-vingt recueils de poèmes, contes, romans, légendes dramatiques, essais, traductions de poèmes néerlandais de Belgique.
Autre texte :
Le goûter
Fondation Maurice Carême :
http://www.mauricecareme.be/index.php
Biographie détaillée sur Wikipédia

Posté le 20/06/2019 - Thème : Saisons

Le temps des cerises

Glissant sur la mousse des ombres parme,

Mon pas frôle le matin défroissé.

Au lichen gris, s’accroche le vacarme

Des iris gommant l’hiver éreinté.

Le vieil arbre sous son rideau de lierre,

Rumine chagrins et secrets d’antan.

Mais déjà, le silence au cœur de pierre

Scrute les oisillons et leur boucan.

Des traces d’aube martèlent ma page

Sous les paupières endormies des bois,

Le vert balafre les premiers feuillages

Témoins du printemps hissant ses pavois.

Dans ma main, éclatent des étincelles

Où s’enroule l’écume du hasard.

Les rêveries perdues dans leur chapelle

S’éveillent en oubliant leur cafard.

Soudain, dans les bras de ton nom, infuse

L’étoile délestée de sa peur.

Alors, ma voix vient franchir ton écluse

pour rejoindre la rive de ton cœur.

La lumière offre aux grappes des cytises

Son feu aussi bref que toute saison.

Que dure à jamais ce temps des cerises,

Il fait soleil sur le bout du crayon.

© SEDNA

Sedna
Résidant en Charente-Maritime, Sedna a toujours eu la passion des mots. Elle aime les rimes et travaille principalement avec le Traité de Sorgel en poésie classique. Elle aime la mer, le ciel qui sont ses sources d'inspiration permanente. La sauvegarde de notre planète est l'une de ses préoccupations.
Autres textes
Ecoute l'aube
Marée haute
Planète en danger
Air marin
La poudre d'escampette
Son site : http://www.cassiopee17.fr/

Posté le 20/06/2019 - Thème : Nuit

Nocturne

La lune cette nuit est entrée dans ma chambre.
L’odieuse mégère a bu tous mes rêves avidement et s’est enfuie,
ne laissant derrière elle que le Noir et le Froid.

L’Aube, rose et fraîche de joues est enfin arrivée.
Las! amenant avec elle un oiseau criard,
qui a volé les restes de mon sommeil.

Demain je fermerai mes volets.

© Eliane BIEDERMANN

Eliane Biedermann (1945-)
Résidant en région parisienne, Eliane Biedermann collabore dans de nombreuses revues de poésie (Friches, Voix d'encre, Le Coin de table...). Elle a publié près d'une quinzaine de recueils dont plusieurs de haïkus et participé à des anthologies.
Biographie détaillée sur Wikipédia

Posté le 20/06/2019 - Thème : Guerre

Quand les nazis...

Quand les nazis sont venus chercher les communistes
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas communiste.

Quand les nazis sont venus chercher les syndicalistes
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas syndicaliste.

Quand les nazis sont venus chercher les juifs
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas juif.

Quand les nazis sont venus chercher les catholiques
Je n’ai rien dit
Je n’étais pas catholique.

Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne pour protester.

© Martin NIEMOLLER

Martin Niemöller (1892-1984)
Pasteur allemand, militant pacifiste qui fut déporté au camp de Dachau en 1941.
Biographie détaillée sur Wikipédia

Posté le 20/06/2019 - Thème : Femme

Je suis née de la mer

Je suis née de la mer et ne le savais plus

Trop de pavots avaient maculé mes pieds nus

Les soirs où les bergers m'appelaient dans la ronde

Pour passer le furet de ma main dans leurs mains

Furet des bois jolis furet des vieux jardins.


Je suis née de la mer et ne le savais plus

Trop de chênes avaient appris à mon corps nu

Cette haute caresse où l'écorce connaît

La façon d'arracher aux jeunes filles blondes 

Des gouttes de bonheur de quelque sainte plaie.


Je suis née de la mer et ne le savais plus

Trop de bêtes avaient partagé mon cœur nu

Dans les hautes futaies habitées par la lune

Trop de sangliers forts à renifler l'oronge

Trop de biches mes sœurs effrayées par leurs songes

Trop de martins-pêcheurs gonflés d'humides chants

Délivrés par leurs becs en baisers trop savants.


Je suis née de la mer et ne le savais plus

Mais l'homme au bras marin me parla de l'écume

Et l'humus des forêts fut le sable des dunes

Et les bergers laissant leurs troupeaux de moutons

Au premier loup venu gardèrent des poissons

Le nez du sanglier fouilla le goémon

La biche apprivoisa chaque lame de fond

Et les désirs des fûts chantèrent un navire

Que les oiseaux pêcheurs voilèrent sans rien dire

De leurs ailes tendues à des ciels inconnus.


Je suis née de la mer et ne l'ai reconnu

Qu'au bras de mon amour et ne l'oublierai plus.

© Angèle VANNIER

Angèle Vannier (1917-1980)
Poétesse française qui devient aveugle à l'âge de 21 ans suite à un glaucome, et n'aura de cesse de soigner son mal par les mots. En 1950, elle écrit un poème intitulé Le Chevalier de Paris qui sera mis en musique par Philippe Gérard. Chantée par la suite par Édith Piaf, cette chanson recevra le premier prix de la chanson française. Elle sera reprise, notamment, par Yves Montand, Catherine Sauvage, puis Frank Sinatra. Elle réalisera également des émissions radiophoniques.
Biographie détaillée sur Wikipédia

Posté le 20/06/2019 - Thème : Amour

Dès que tu entres dans ma chambre...

Dès que tu entres dans ma chambre
tu la fais se tourner vers le soleil.
Le front sur toi de la plus faible lueur
et c’est tout le ciel qui t’enjambe.

Pour que mes mains puissent te toucher
il faut qu’elles se fraient un passage
à travers les blés dans lesquels tu te tiens,
avec toute une journée de pollen sur la bouche.

Nue, tu te jettes dans ma nudité
comme par une fenêtre
au-delà de laquelle le monde n’est plus
qu’une affiche qui se débat dans le vent.

Tu ne peux pas aller plus loin que mon corps
qui est contre toi comme un mur.
Tu fermes les yeux pour mieux suivre les chemins
que ma caresse trace sous ta peau.

© Lucien BECKER

Lucien Becker (1911-1984)
Poète français, ami de Léopold Sédar Senghor.
Il a composé une œuvre brûlante autour du corps de la femme, seul rempart contre le néant. Résistant pendant la guerre, il devient commissaire de police et fournit de faux-papiers à ceux qui fuient l'occupant et entre en contact avec le maquis du Vercors. A cinquante ans, abandonnant tout, il se retire dans le silence avec la femme de sa vie. Il publie son dernier recueil en 1961 et retourne à Dieuze en Moselle en 1983 où il décèdera.
Autre texte :
Biographie détaillée sur Wikipédia

Emilie-Amanda Hudon, mère d'Emile Nelligan
Posté le 20/06/2019 - Thème : Femme

Devant deux portraits de ma mère

Ma mère, que je l'aime en ce portrait ancien,
Peint aux jours glorieux qu'elle était jeune fille,
Le front couleur de lys et le regard qui brille
Comme un éblouissant miroir vénitien !
Ma mère que voici n'est plus du tout la même ;
Les rides ont creusé le beau marbre frontal ;
Elle a perdu l'éclat du temps sentimental
Où son hymen chanta comme un rose poème.
Aujourd'hui je compare, et j'en suis triste aussi,
Ce front nimbé de joie et ce front de souci,
Soleil d'or, brouillard dense au couchant des années.
Mais, mystère du coeur qui ne peut s'éclairer !
Comment puis-je sourire à ces lèvres fanées !
Au portrait qui sourit, comment puis-je pleurer !

Emile Nelligan (1879-1941)
Émile Nelligan est considéré comme l’un des plus grands poètes québécois. Poète au destin tragique et fulgurant, il puise chez les parnassiens leur forme et chez les symbolistes leur musicalité et leur imagerie évocatrice. La fragilité des plaisirs se lie à une mélancolie tourmentée et à une sensibilité extrême au monde. La recherche de l’idéal perdu des romantiques est présente, mais dépassée par son tissage de son et d’image. 
Souffrant de schizophrénie, Nelligan est interné dans un asile psychiatrique peu avant l'âge de vingt ans et y reste jusqu'à sa mort.
Autres textes :
Soir d'hiver
Le salon
Le vaisseau d'or 
La romance du vin
Article source :
lesvoixdelapoesie.com   
Sa vie, son oeuvre sur Wikipédia

Posté le 20/06/2019 - Thème : Sensualité

Les joues d'Amaranthe

Des roses et des lys filles et soeurs jumelles,
Qui sous un lait caillé doucement tremblotez,
Joues où l’amour joue en toutes privautés,
Et bâtit aux souris des demeures nouvelles,

Lors que vous rougissez, que vos roses sont belles,
Quand l’épine d’honneur veut armer vos beautés,
Le satin de vos lys montrant vos chastetés,
Donne aux amants la peur, et l’amour aux rebelles.

Petits creux, magasins et d’amours et d’appas,
La petite rondeur que vous avez en bas,
Fait que je vous compare aux pommes d’Atalante.

S’il faut pour ce beau fruit mourir, ou bien courir,
Ma course est inégale : il me faut donc mourir,
Si vous ne me donnez vos pommes, Amaranthe.

Pierre de Marbeuf (1596-1645)
Poète baroque français du XVIIe siècle.

Biographie détaillée sur Wikipédia

Posté le 20/06/2019 - Thème : Poésie

Epigrammes

À toi

À toi ton domaine, à toi tes trésors.
Et à toi tout seul ta vaisselle en or.
À toi seul tes couverts en argent fin.
À toi seul tes champagnes et tes vins.
À toi ton esprit, tes dons, tes jardins.
Quant à ton épouse : à tout un chacun.


Papier de grand format

Ce n'est pas un mince présent
d'un poète, que ce papier blanc.


À Fabella
Que tu sois belle et fort jeune, déjà on le sait,
tout comme on sait que tu es riche au surplus.
Mais quand tu te vantes, Fabella, à l’excès,
ta beauté, ta jeunesse, tes biens ne se voient plus.


Martial (vers 40-104)
Poète latin
né à Bibilis, province de Saragosse en Espagne. connu principalement pour ses épigrammes dans lesquelles il décrit la vie romaine de son époque.
Biographie détaillée sur Wikipédia

 

Posté le 20/06/2019 - Thème : Lieux

Ligne 9

Ligne de vie
Je revisite l’Histoire entre Nation
Et République

Candide à Voltaire
Terrorisée à Robespierre
Je me réjouis à Bonne Nouvelle

Galeries Lafayette
Me voilà

Je me désaltère Rue de la Pompe
Je m’offre une fleur
À Jasmin
Des choux à Maraîchers

Un saut chez les Yankees
Par Franklin Roosevelt
Un bouillon de cultures à Strasbourg— Saint-Denis

Dents serrées je reste La Muette
Mais je me ferais bien une danse
Avec Marcel Sembat

Attention danger
Le canon rue des Boulets
La mort à Charonne
En 1962

Bienheureusement
Au long du parcours
Ils se relaient
Les quatre saints
Ambroise
Augustin
Philippe qui Roule
Et le Cloud du Pont

Pour nous garder
Sur la voie

© Josée TRIPODI

Josée Tripodi (1943-)
Josée Tripodi est née à Paris en mars 1943. Professeur de lettres, puis principale de collège en banlieue parisienne, elle se passionne pour la lecture, la musique et la course à pied. "L'essentiel est de tenter d'égratigner les mystères du monde et d'atteindre ce qui, dans le cour des autres, me ressemble." Elle a obtenu le Prix Max-Pol Fouchet en 2010.

Courte biographie sur Babelio

Posté le 20/06/2019 - Thème : Révolution/Révolte

Est-ce vrai ?

Est-ce vrai qu’à tes yeux racistes
Dans l’ordre des fléaux de ce monde
les nègres viennent avant les volcans
les nègres viennent avant le grisou
les nègres viennent avant le simoun ?

Est-ce vrai que la force de mes bras
et la machine à laver ton linge
sont des chevaux du même attelage
sont des esclaves de la même chaîne ?

Est-ce vrai que tu préfères
le phare blanc de ton auto
au feu noir de mon visage,
la patte blanche de ton chien
au joyeux bonjour de mes mains ?

Est-ce vrai que tu ne sais pas
de film plus doux et reposant
que le spectacle de mon cœur
montant sur le bûcher raciste ?
Est-ce vrai que tu gardes
à portée de la main
une corde qui porte mon nom
une balle qui sait par cœur
la carte obscure de mon corps
un tribunal toujours prêt
à me couvrir de ténèbres
un linceul coupé
sur la mesure de mon âme ?

Ô blanc serpent du racisme
crieur de mon sang versé
comme j’eusse aimé
que tout ce poison
naquît de la nuit
des mauvaises langues
comme j’eusse aimé
crieur de mes jours
voir quelque lueur
rétablir le cours humain
de la beauté dans ton cœur !

Mais le sang versé des nègres
du haut de ses saisons en fleurs
me crie de prendre garde à toi
tu es sur mon chemin
me crie le sang musicien
tu es une tête de mort
une mauvaise tête
de la pire des morts
une tête à claques
au service de la mort.

© René DEPESTRE

René Depestre (1926-)
Poète, romancier et essayiste né en Haïti.
Il publie en 1945 son premier recueil de Poèmes, Étincelles. Activiste politique, il doit quitter Haïti après l'arrivée au pouvoir d'un régime militaire. Il s'installe à Paris et y suit des cours à la Sorbonne. Il rejoint Cuba en 1959 et soutient le nouveau régime de Fidel Castro, puis déçu par l'orientation de la révolution notamment après l’affaire du poète cubain Heberto Padilla en 1971, René Depestre décide de quitter l’île en 1978. Installé à Lézignan-Corbières dans les années 1980, il poursuit son oeuvre d'écrivain-poète et reçoit le prix Renaudot en 1988.

Posté le 20/06/2019 - Thème : Temps

Le pont

Vague est le pont qui passe à demain de naguère
Et du milieu de l’âge on est des deux côtés
Le mur ne fait pas l’ombre et n’est pas la lumière
Qu’on appelait l’hiver qu’on nommera l’été

Il n’est pierre de moi qui dorme quand tu danses
Chacune est une oreille et chacune te voit
Ton immobilité me tient lieu de silence
Et chacun de tes mots tombe à l’envers de moi

Je dis à mots petits de grands espaces d’âge
Qui font en leur milieu croire qu’il est midi
J’ai peur d’être le pont qui prend pour son voyage
Le voyage de l’eau entre ses bras surpris

Il va neiger tantôt d’une neige si calme
Sur des rives de moi où j’hésite à courir
Que je m’attache à tout ce qui me semble halte
Sur la courbe attelée aux chevaux de mourir

© Gilles VIGNEAULT

Gilles Vigneault (1928-)
Né le 27 octobre 1928 à Natashquan au Québec, Gilles Vigneault est un poète, auteur de contes et de chansons, auteur-compositeur-interprète québécois. Ardent défenseur de la langue française, c'est un auteur prolifique (plus de 400 poèmes) dont les chansons représentent quelque quarante albums édités. Ses écrits parlent abondamment des gens et de Natashquan, qui a eu, en 1996, la particularité d''être inaccessible par la route, dépendant ainsi des transports maritimes.
Autres textes :
Il me reste un pays  
Pendant que
Site officiel : 
http://gillesvigneault.com/
Sa biographie sur Wikipédia

Posté le 20/06/2019 - Thème : Deuil/Tristesse

Funeral Blues

Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,
Empêchez le chien d’aboyer pour l’os que je lui donne,
Faites taire les pianos et sans roulement de tambour,
Sortez le cercueil avant la fin du jour.

Que les avions qui hurlent au dehors
Dessinent dans le ciel ces trois mots : Il Est Mort,
Noyez voiles noirs aux colonnes des édifices,
Gantez de noir les mains des agents de police.

Il était mon Nord, mon Sud, Mon Est et mon Ouest,
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson ;
Je croyais que l’Amour jamais ne finirait : j’avais tort.

Que les étoiles se retirent ; qu’on les balaye ;
Démontez la lune et le soleil,
Videz l’océan, et arrachez la forêt ;
Car rien de bon ne peut advenir désormais.

© Wystan Hugh AUDEN

Wystan Hugh Auden (1907-1973)
Poète, essayiste, dramaturge, librettiste et critique d'origine britannique, plus connu sous la signature de W.H. Auden. Il est
considéré comme l’un des plus importants et influents poètes du xxe siècle.
Biographie détaillée sur Wikipédia

Posté le 20/06/2019 - Thème : Sensualité

Dans le désordre de tes draps

Dans le désordre de tes draps

Ta chair tremble et moi

Je tremble avec toi

L’humide et le chaud

De tes fièvres profondes

La ronde

De nos émois

Les ombres

Sous tes draps

Je rampe sur ta peau

© Jean-Baptiste FOUCO

Jean-Baptiste Fouco
Auteur corse qui a publié plusieurs recueils et ebooks.
Son blog :
http://aimalun.over-blog.com/

Posté le 20/06/2019 - Thème : Enfance

La saison de Sainte-Reine

Je n’ai pas oublié cette maison d’école
Où je naquis en février dix-neuf cent vingt
Les vieux murs à la chaux ni l’odeur du pétrole
Dans la classe étouffée par le poids du jardin
Mon père s’y plaisait en costume de chasse
Tous deux nous y avions de tendres rendez-vous
Lorsqu’il me revenait d’un monde de ténèbres
D’une Amérique à trois cents mètres de chez nous
Je l’attendais couché sur les pieds de ma mère
Comme un bon chien un peu fautif d’avoir couru
Du jardin au grenier des pistes de lumière
Et le poil tout fumant d’univers parcourus
La porte à peine ouverte il sortait de ses manches
Des jeux de cartes des sous belges ou des noix
Et je le regardais confiant dans son silence
Pour ma mère tirer de l’amour de ses doigts
Il me parlait souvent de son temps de souffrance
Quand il était sergent-major et qu’il montait
Du côté de Tracy-le-Mont ou de la France
La garde avec une mitrailleuse rouillée
Et je riais et je pensais aux pommes mûres
À la fraîcheur avoisinante du cellier
À ce parfum d’encre violette et de souillure
Qui demeure longtemps dans les sarraus mouillés
Mais ce soir où je suis assis près de ma femme
Dans une maison d’école comme autrefois
Je ne sais rien que toi Je t’aime comme on aime
Sa vie dans la chaleur d’un regard d’avant soi.

© René-Guy CADOU

René-Guy Cadou (1920-1951)
Poète français qui grandit dans une ambiance de préaux d’écoles, de rentrées des classes, de beauté des automnes, de scènes de chasse et de vie paysanne qui deviendront plus tard une source majeure de son inspiration poétique. Fils d'instituteurs, il devient lui aussi instituteur et rencontre Hélène, le grand amour de sa vie qui fut aussi l'inspiratrice de nombreux recueils. Durant l'Occupation allemande, il témoigne de son soutien à la Résistance par ses écrits et son désir de dénoncer la barbarie nazie. Il composera un nombre considérable de poèmes avant que la maladie ne l'emporte prématurément à l'âge de 31 ans.
Site officiel Hélène et René-Guy Cadou : http://www.cadou-poesie.net/

Posté le 20/06/2019 - Thème : Humour

Les soles

Chez les poissons

Il existe plusieurs variétés de soles

Toutes ne vivent pas dans l’eau

Il y a les soles air qui vivent dans l’air

Il y a les sous soles qui vivent dans les caves

Il y a les soles ubles qui se fondent dans l’eau

Et les soles ides dures comme du roc

La sole ange qui est belle comme un ange

La sole itaire qui n’aime pas la compagnie

Il y a les soles stices d’hiver qui n’aiment pas  l’été

Et les soles stices d’été qui n’aiment pas l’hiver

Il y a la sole iloque

Qui marmonne dans sa barbe

La sole iste qui joue avec la sole fège

La Sole ogne qui vit au centre de la France

Il y a les solex qui se déplacent en pétaradant

Avec les bou soles pour leur indiquer la bonne direction

Les soles ariums qui se dorent la pilule

Contrairement aux para soles

Qui n’aiment pas le soleil

Celles qui font des ronds dans l’eau

S’appellent les tourne soles

Il existe aussi une variété de soles pas très futées

Qu’il vaut mieux éviter

Les con soles

Et puis il y a la sole ution

Qu’il faut chercher en cas de problème

Pourriez-vous m’aider

A trouver la sole ution 

Pour que mon histoire

Ne se termine pas

En queue de poisson

© Salvatore SANFILIPPO

Salvatore Sanfilippo
Salvatore Sanfilippo pratique avec bonheur une poésie sonnante, proche du chant, du théâtre : des poèmes à dire, à lire et à rire, à réfléchir aussi. Il a publié plusieurs recueils de poésie et participe également à plusieurs revues en ligne.
Autre texte :
J'écrirai des poèmes
Son blog :
http://salvatore-sanfilippo.over-blog.com/

View item