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Création de la page : 05 mai 2021

y
Posté le 28/07/2021 - Thème : Inclassables

Abandon

Dans le bois obscurci
Les trompes hurlent hululent sans merci
Sur les tam-tams maudits.
Nuit noire, nuit noire !

Le lait s’est aigri
Dans les calebasses
La bouillie a durci
Dans les vases
Dans les cases
La peur passe, la peur repasse,
Nuit noire, nuit noire !

Les torches qu’on allume
Jettent dans l’air
Des lueurs sans volume,
Sans éclat, sans éclair,
Les torches fument,
Nuit noire, nuit noire !

Des souffles surpris
Rôdent et gémissent
Murmurant des mots désappris,
Des mots qui frémissent,
Nuit noire, nuit noire !

Du corps refroidi des poulets
Ni du chaud cadavre qui bouge
Nulle goutte n’a plus coulé
Ni du sang noir, ni du sang rouge,
Nuit noire, nuit noire !

Les trompes hurlent, hululent sans merci
Sur les tam-tams maudits,
Nuit noire, nuit noire !

Peureux le ruisseau orphelin
Pleure et réclame
Le peuple de ses bords éteints
Errant sans fin, errant en vain
Nuit noire, nuit noire !

Et dans la savane sans âme
Désertée par le souffle des anciens
Les trompes hurlent, hululent sans merci
Sur les tam-tams maudits
Nuit noire, nuit noire !

Les arbres inquiets
De la sève qui se fige
Dans leurs feuilles et dans leur tige
Ne peuvent plus prier
Les aïeux qui hantaient leur pied

Nuit noire, nuit noire !

Dans les cases où la peur repasse
Dans l’air où la torche s’éteint
Sur le fleuve orphelin,
Dans la forêt sans âme et lasse
Sur les arbres inquiets et déteints

Dans les bois obscurcis
Les trompes hurlent, hululent sans merci
Sur les tam-tams maudits
Nuit noire, nuite noire !

© Birago DIOP

Birago Diop (1906-1989)
Poète et conteur sénégalais, Birago Diop avait restauré l'intérêt général pour les contes africains et avait été promu au rang des plus grands écrivains africains francophones. Vétérinaire de formation, diplomate et porte-parole du mouvement littéraire de l'Afrique Noire, Diop est un exemple de "l'homme de la Renaissance africaine".
→ Site dédié au poète

y
Posté le 19/07/2021 - Thème : Animaux

Les hiboux

Sous les ifs noirs qui les abritent,
Les hiboux se tiennent rangés,
Ainsi que des dieux étrangers,
Dardant leur œil rouge. Ils méditent.

Sans remuer ils se tiendront
Jusqu’à l’heure mélancolique
Où, poussant le soleil oblique,
Les ténèbres s’établiront.

Leur attitude au sage enseigne
Qu’il faut avant tout qu’il craigne
Le tumulte et le mouvement.

L’homme ivre d’une ombre qui passe
Porte toujours le châtiment
D’avoir voulu changer de place.
© Michel-François LAVAUR

Charles Baudelaire (1821-1867)
Connu pour sa vie de bohême et poéte torturé, il ne publia de son vivant qu'une seule oeuvre "Les Fleurs du Mal", recueil qui fut condamné et censuré dès sa sortie en 1857 car trop choquant pour la morale bourgeoise avant de passer à la postérité. Criblé de dettes, il séjournera durant deux ans en Belgique (1864-1866) pour y donner des conférences mais sa santé se dégrade. Il revient à Paris où il meurt un an plus tard à l'âge de 46 ans des suites de la syphilis, d'abus d'alcool et autres drogues.
Autres textes :
L'invitation au voyage
Les bijoux
Le serpent qui danse
Le vin des amants
Brumes et pluies
La mort des amants
Enivrez-vous
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 19/07/2021 - Thème : Lieux

Je vous écris d'Occitanie...

Je vous écris d'Occitanie
Martin Michel Brigitte Annie
amis aux noms d'ange ou de saint
je vous écris du Limousin
où ciel et sol me sont cousins
depuis Saint-Martin-La-Méanne
dans cette poste même qui
contient la chambre où je naquis
en mille neuf cent trente cinq
d'une Marie et d'un Antoine
et où ma mère hélas mourut
sans que jardin foirail ou rue
n'en portent pour autant le deuil
je viens vous dire qu'à mon œil
selon ce que Martin m'indique
pour bien mener ma vie pratique
j'ai fait deux parts à l'existence
une moitié pour le salaire
que j'ai voulu non militaire
et l'autre demie bénévole
donnée sans prix ni récompense
la poésie après l'école
même s'il faut pour changer l'homme
sans l'aller dire jusqu'à Rome
qu'on soit prisonnier ou gardien
parfois trancher le nœud gordien.

© Michel-François LAVAUR

Michel-François Lavaur (1935-2015)
Corrézien d'origine, poète, dessinateur, peintre et sculpteur, Michel-François Lavaur a été animateur de la revue et des éditions Traces, dans
sa "fourbithèque". Traces, c'est d'abord un style : rien d'une revue sur papier glacé, une facture artisanale, faussement désordonnée (les poèmes présentés sont réunis par un subtil jeu d'écho), illustrée de nombreux graphismes souvent de l'auteur, et envoyée dans des enveloppes recyclées transformées en pièce de Mail art. La même rigueur informelle préside aux choix des poèmes présentés : auteurs connus, "reconnus" et parfaitement inconnus (Traces aurait publié un millier d'auteurs).
→ Site consacré à M.F. Lavaur

y
Posté le 15//07/2021 - Thème : Amour

Mon amour

La vérité, pour se dire,
Embrasse tes lèvres.
Le soleil, pour briller,
Doit, chaque jour, se lever,
Des rayons de ton ombre.
Les étoiles, en colliers, se bousculent sans nombre,
Pour venir, assoiffées, boire, à ton cou, les coupes de lumière
Sans lesquelles elles ne seraient que constellations sombres.
Quand leurs ailes se déploient,
Les oiseaux imitent ta voix,
Pour chanter mon amour pour toi,
Ses peines et ses joies.
Les dunes, en courbes, s’échinent dans tous les sens,
Pour imiter tes hanches qui, à chaque pas, dansent.
Jalouses de toi, toutes les mers, en colère, divaguent
Et des fléaux de leurs vagues,
Fouettent rageusement les cieux
Qui ont caché, dans l’écrin de tes yeux,
Les diamants les plus précieux.
Et moi, mon amour,
Depuis toujours,
De tous les joyaux de la terre,
C’est ton cœur que je préfère !

© Mokhtar EL AMRAOUI

Mokhtar El Amraoui (1955-)
Poète d’expression française né à Mateur, en Tunisie, Mokhtar El Amraoui a enseigné la littérature et la civilisation françaises pendant plus de trois décennies, dans diverses villes de la Tunisie. Il est passionné de poésie depuis son enfance. Il a publié quatre recueils de poésie et plusieurs de ses poèmes ont été publiés sur Internet et en revues-papier.

y
Posté le 07/07/2021 - Thème : Courage

Courage

Paris a froid Paris a faim
Paris ne mange plus de marrons dans la rue
Paris a mis de vieux vêtements de vieille
Paris dort tout debout sans air dans le métro
Plus de malheur encore est imposé aux pauvres
Et la sagesse et la folie
De Paris malheureux
C’est l’air pur c’est le feu
C’est la beauté c’est la bonté
De ses travailleurs affamés
Ne crie pas au secours Paris
Tu es vivant d’une vie sans égale
Et derrière la nudité
De ta pâleur de ta maigreur
Tout ce qui est humain se révèle en tes yeux
Paris ma belle ville
Fine comme une aiguille forte comme une épée
Ingénue et savante
Tu ne supportes pas l’injustice
Pour toi c’est le seul désordre
Tu vas te libérer Paris
Paris tremblant comme une étoile
Notre espoir survivant
Tu vas te libérer de la fatigue et de la boue
Frères ayons du courage
Nous qui ne sommes pas casqués
Ni bottés ni gantés ni bien élevés
Un rayon s’allume en nos veines
Notre lumière nous revient
Les meilleurs d’entre nous sont morts pour nous
Et voici que leur sang retrouve notre coeur
Et c’est de nouveau le matin un matin de Paris
La pointe de la délivrance
L’espace du printemps naissant
La force idiote a le dessous
Ces esclaves nos ennemis
S’ils ont compris
S’ils sont capables de comprendre
Vont se lever.

© Paul ELUARD

Paul Eluard (1895-1952)
Nom de plume d'Eugène Grindel, Paul Eluard est un poète français. Il adhère au dadaïsme et devient l'un des piliers du surréalisme. Obligé d'interrompre ses études à cause de la tuberculose, il séjourne en sanatorium où il rencontre une jeune russe qu'il prénomme Gala. Impressionné par sa forte personnalité, c'est d'elle qu'il tient son premier élan de poésie amoureuse. Il l'épouse début 1917. Malgré sa santé défaillante, il est mobilisé en 1914, puis publie ses premiers poèmes. Au lendemain de la Grande Guerre, il adhère au mouvement Dada puis s'engage dans celui du surréalisme. En 1928, il repart en sanatorium accompagné de Gala. C'est là qu'elle le quitte pour Salvador Dali. Autour d'un voyage autour du monde, il rencontre Maria Benz (Nusch) qui devient sa muse et lui inspirera ses plus beaux poèmes d'amour. Plongé dans le désespoir après le décès de Nusch en 1946, il rencontre Dominique qui devient sa dernière compagne et pour laquelle il écrit le recueil "le Phénix" consacré à la joie retrouvée. Il succombe à une crise cardiaque le 18 novembre 1952 et sera inhumé au Père Lachaise.
Autres textes :
L'amoureuse
Ce ne sont pas mains de géants
Couvre-feu 
Dit de la Force et de l'Amour
L'aube, je t'aime
La nuit n'est jamais complète
Liberté
Saisons
La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur
→ Biographie détaillée sur Wikipédia

y
Posté le 02/07/2021 - Thème : Révolte

Au politicien

Qui es-tu l’homme — assassin ou héros
Toi, que la nuit a élevé pour l’action.
Entre tes mains le sort du vieillard et de l’enfant
Et ton visage dissimulé
Tel un golem face au monde

Réduiras-tu en cendres la ville ou la patrie ?
Attends ! Tremble dans ton coeur ! Ne t’en lave pas les mains !
Ne cède pas le verdict à l’histoire non accomplie !
À toi le glaive et à toi la balance.
Par dessus le soucis des hommes, l’espoir et la colère
Tu sauves ou tu perds
La république.

Tu es bon et parfois parmi les tiens
Tu caresses la tête claire des enfants
Mais si un million de familles te maudissent ?
Gare à toi ! Que restera-t-il de tes bonnes journées ?
Que restera-t-il de tes discours vigoureux ?
L’obscurité arrive.

Dans ta main humaine, o combien humaine,
Des villes bruyantes, et des champs, des mines et des navires.
Regarde. Ta ligne de vie passera par ici.
Trois fois béni
Trois fois maudit
Souverain du bien
Ou souverain du mal.

© Czeslaw MILOSZ

Czeslaw Milosz (1911-2004)
Poète, romancier, essayiste et traducteur polonais et américain, Czeslaw Milosz est considéré comme un des poètes majeurs du XXe siècle et a reçu le prix Nobel de littérature en 1980. Il sera attaché culturel à Washington, puis à Paris, mais en 1951, il rompt avec la Pologne et entre en dissidence. Il s'exile une dizaine d'années à Paris, puis il part en Californie à l'université de Berkeley où il enseigne le slave. En 1993, l’écrivain rentre en Pologne où il est attendu comme un barde national. Quelque soit le mode d’expression, ses interrogations se portent la plupart du temps en terme de foi, de métaphysique, d’éthique, d’esthétique et de politique.
→ Biographie détaillée sur Wikipédia

y
Posté le 30/06/2021 - Thème : Animaux

Le chat et le soleil

Le chat ouvrit les yeux,
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux,
Le soleil y resta.

Voilà pourquoi, le soir,
Quand le chat se réveille,
J'aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil.

© Maurice CAREME

Maurice Carême (1899-1978)
Poète et écrivain belge de langue française, il écrit ses premiers vers inspirés par une amie d'enfance. Il devient instituteur de métier à Anderlecht-Bruxelles où il passera le reste de sa vie, tout en continuant à écrire poésies et comptines. Élu « Prince en poésie » au Café Procope à Paris en 1975, Maurice Carême est traduit dans le monde entier. Il est en particulier très apprécié pour son amour des enfants, un registre essentiel de son œuvre. Une oeuvre abondante qui comprend quelque quatre-vingt recueils de poèmes, contes, romans, légendes dramatiques, essais, traductions de poèmes néerlandais de Belgique.
Autres textes :
A la petite épicerie 
L'école 
Pour ma mère 
La main de ma mère 
Le goûter
Fondation Maurice Carême :
http://www.mauricecareme.be/index.php
→ Biographie détaillée sur Wikipédia

y
Posté le 24/06/2021 - Thème : Femme

La gitane

Ce soir tu me reviens en mémoire
Ce soir juste pour te revoir
Il me suffit de te penser
Pour retrouver la pluie d'été
La fille du vent
La femme enfant
Lumineuse noctambule
Sous la lune funambule
De tes fol éclats de rire
Se jouant de leurs désirs
Ta robe pourpre est si légère
Dans les bras des éphémères
Tes longs cheveux en révérence
Ont les chemins de l'indécence
De pirouettes en farandoles
L'alouette carambole.

Ce soir tu me reviens en mémoire
Ce soir juste à te revoir
Je crains encore pour la gitane
L'échappée belle dans les flammes
Est-elle celle que tu imagines
Une vie de fêtes et de vanille ?
Te jouant sans crainte des lois
Les loups pestent dans les bois.
Ils voudraient renier les fantaisies
De cette poésie qui est ta vie.
Cigale rêveuse et sans soucis
Généreuse et tendre amie
Lumineuse noctambule
Sous la lune funambule
Laissant éclater ta joie
Brûlant ta vie à tout va
Reste celle que tu crois 
Sans te méprendre sur leurs choix
Il me suffit de te penser
Pour retrouver la pluie d'été.

© Florence ISSAC

Florence Issac
Florence Issac habite en région parisienne. Après la publication de ses premiers ouvrages, elle crée dans un but de collaboration et d'échanges en 2003, l’association L’échappée belle regroupant des amis artistes de tous bords. En mars 2006, elle fait partie des membres des poètes du monde et adhère au manifeste pour la paix. L’échappée belle se spécialise plus particulièrement en 2010 dans le domaine de la publication d'auteurs. Elle comprend actuellement sept collections : poésie, architecture, photographie, danse, roman-nouvelles, théâtre et essai.
→ Son site
→ L'échappée Belle Edition

y
Posté le 21/06/2021 - Thème : Fête

La fête à Neuneu

Y’a cette foule automate venue pour profiter
excitation de la chair à pas cadencés

Y’a d’la musette dans la sono
du Sardou et du disco
du bonheur clé en main sauce mayo

Y’a des p’tits coqs qui montent sur leurs ergots
des coqs en pâte qui font les vieux beaux

Y’a cette rengaine au son désuet
vieux limonaire et sa mélopée
on ne peut pas être et avoir été

Y’a de la barbe à papa et des yeux gourmands
volutes de nuages arrachés au vent
au stand de tir on vient tuer le temps

Y’a du rire gras vendu avec des frites saucisses
y a du Johnny au box-office
tatouages, t-shirts, sosies de Johnny
ce désir fou de vivre une autre vie

Y’a des couples habillés façon country
peut-être les cow-boys de Tennessee
devant des petits chevaux en bois et un panier garni

Y’a des gros bikeurs tatoués
s'en fout la mort et les curés
yeux de chrome et bras d’acier
peluche rose sur la Harley

Y’a du bas-résille et de la cuisse canaille
y a du regard qui colle et du regard qui gouaille
des fessiers tape-à-l’œil qui s’agitent et balancent
sous le string et le rimmel y’a d’la romance

Y’a la fatigue en fin de journée
à voir passer par milliers
des bouches des culs des nez
des coudes des seins des pieds
la fête à Neuneu en bande organisée

On voudrait juste se poser un instant
et embarquer pour la grande roue
la grande roue à remonter le temps.

© Yvan ROBBERECHTS

Yvan Robberechts (1967-)
Habitant les Hauts-de-France (Somme), Yvan Robberechts s'intéresse depuis peu à la poésie. Il écrit des chansons sous la douche et des poésies sur son lit !
Autre texte :
Métro boulot dodo

y
Posté le 17/06/2021 - Thème : Nature

Voici ce soir un vent solennel

Voici ce soir un vent solennel
      Qui chante une pluie solennelle
Les arbres qui se sont tus si longtemps
      Palpitent et tressaillent à nouveau.

Les arbres élancés, les arbres épais,
      Les fruitiers, chargés et fiers,
Dressent leurs branches au vent
      Qui de ses cris, si forts, les atteint.

Les petits buissons et les plantes
      Se courbent devant le bruit solennel
Et la moindre tige d’herbe
      Tremble sur le sol silencieux.

 

Katherine Mansfield (1888-1923)
Ecrivaine et poètesse britannique d'origine néo-zélandaise, Katherine Mansfield est surtout connue pour ses nouvelles. Puisant son inspiration tout autant de ses expériences familiales que de ses nombreux voyages, elle contribua au renouvellement de la nouvelle moderniste avec ses récits fondés sur l’observation et souvent dénués d’intrigue.
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 11/06/2021 - Thème : Nature

Au bout de la forêt...
Byzance-en-Dauphiné

Au bout de la forêt pleine d’ombre paisible,
Tout au fond du chemin que rien ne peut troubler,
Le roc n’en finit pas de plonger, de monter,
Serpentant sous un ciel qui paraît impassible.


Tout au fond du chemin que rien ne peut troubler,
La combe est là, creusée, tapie, presque invisible,
Serpentant sous un ciel qui paraît impassible,
Gardant secret ce toit qu’il faut longtemps chercher.


La combe est là, creusée, tapie, presque invisible,
Figure d’un parvis aux terrestres caché,
Gardant secret ce toit qu’il faut longtemps chercher,
Le silence s’y tient, guettant l’inaccessible.


Figure d’un parvis aux terrestres caché,
Le monastère attend le pas de l’intangible,
Le silence s’y tient, guettant l’inaccessible,
Profond comme l’encens aux icônes penché.


Le monastère attend le pas de l’intangible,
Et le temps s’y repose, enfin réconforté,
Profond comme l’encens aux icônes penché,
Au bout de la forêt pleine d’ombre paisible.

© OMBREFEUILLE

Ombrefeuille
Amoureuse de la langue française dans tous ses états, de Ronsard, Baudelaire, Hugo ou Verlaine, du slam et du rap. Elle aime le mouvement dans le trait, l'ombre dans la lumière, le tumulte caché dans le silence.
Autres textes :
Vagues, je vous salue
Sortilèges en cuisine
Petit flocon 
Il est minuit 
Sur l'aile bleue du vent
Coccinelle au jardin
La voix de l'océan
Ses autres poèmes sur ce site :
→ https://poesie-plurielle.monsite-orange.fr/

y
Posté le 07/06/2021 - Thème : Mort

Nouvelles du caveau

Le poids froid de ma stèle
Pèse lourd sur mes mots,
Les place sous tutelle
D’instincts animaux.

Aussi libre que l’ombre,
La nuit de mon cercueil
M’offre espoirs de pénombre
Et maigres jours de deuil…

L’abîme de ma tombe,
Las, me happe déjà
Et, sans art ni fard, plombe
Mon temps restant, béat.

Ici-bas, en ce monde,
Il n’est pire linceul
Que foule qui abonde
Pour qui se sent tout seul…

© Christian SATGÉ

Christian Satgé (1965-)
Son autobio : J'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Claude Nougaro ne l'(en)chante et suis devenu rapidement un obsédé textuel & un rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, rêvant depuis de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. Conteur éclectique et « méchant écriveur de lignes inégales », après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux peu fréquentables que l'on nomme Pyrénées, où l'on ne trouve pire aîné que montagnard, et stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Moins écrivain qu'écrivant, plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, après avoir navigué de conserve sur d'autres eaux, je tente, en solitaire cette fois, depuis le 23 février 2011, une énième traversée de l'océan poétique… en espérant qu'elle ne soit pas trop pathétique !
Christian Satgé est professeur d'histoire-géographie dans le département des Hautes-Pyrénées.
Autres textes :
Echos logiques
Auprès de mon canal
Au retour de zéphyre
Ennui dans la nuit
A L'ouest d'Eden
La fin de la faim de l'ogre
Aumône au môme
En saignant
Champs d'automne
Tons d'automne 
Dans les forges de l'enfer
Quand l'été vernisse Tunis
Maman choyait ses roses
Les 55 jours d'un péquin
Versus un virus
Le parc plus si urbain que ça
Dans les bras de Boukhara
Amours océanes
Son blog
→ https://lesrivagesdurimage.blogspot.com/

y
Posté le 01/06/2021 - Thème : Ecrire

Ecrire...

Ecrire
dans l'enchantement
d'un geste suppléé
par un désir complice

saisir l'instant sacré
de l'amour
lorsque le silence
de l'amour
murmure
sa raison d'être
dans le frôlement
d'une caresse intime

forger l'alizé
de ses rêves
à l'éclat d'un sourire
lorsque mon coeur
s'épanouit
à l'ourlet
d'une lèvre éphémère

iriser son âme
dans le matin soyeux
d'une aube virginale
c'est donner à sa vie
l'éclat angélique
d'un éternel printemps
© Stephen BLANCHARD

Stephen Blanchard (1952-)
Créateur de l'Association "Les poètes de l'amitié - poètes sans frontières", Stephen Blanchard est aussi directeur de la revue internationale de poésie Florilège. Son association décerne chaque année trois prix d'édition à compte d'éditeur, dont le Prix d'Edition Poétique de la Ville de Dijon. Située en Côte d'Or, elle y organise depuis dix-neuf ans Les Rencontres Poétiques de Bourgogne. Il a par ailleurs publié plusieurs recueils de poésie dont le dernier, Effleuressences, paru au début de cette année.
Autre texte :
Coronavirus
Le site de l'association :
→ http://poetesdelamitie.blog4ever.com/

y
Posté le 20/05/2021 - Thème : Révolution

Chanson de cirque

Corrida de muerte

Les hauts barons blasonnés d'or,
Les duchesses de similor,
Les viveuses toutes hagardes,
Les crevés aux faces blafardes,
Vont s'égayer. Ah ! oui, vraiment,
Jacques Bonhomme est bon enfant.

C'est du sang vermeil qu'ils vont voir.
Jadis, comme un rouge abattoir,
Paris ne fut pour eux qu'un drame
Et ce souvenir les affame ;
Ils en ont soif. Ah ! oui, vraiment,
Jacques Bonhomme est bon enfant.

Peut-être qu'ils visent plus haut :
Après le cirque, l'échafaud ;
La morgue corsera la fête.
Aujourd'hui seulement la bête,
Et demain l'homme. Ah ! oui, vraiment
Jacques Bonhomme est bon enfant.

Les repus ont le rouge aux yeux.
Et cela fait songer les gueux,
Les gueux expirants de misère.
Tant mieux ! aux fainéants la guerre ;
Ils ne diront plus si longtemps :
Jacques Bonhomme est bon enfant.

Jacques Bonhomme est le surnom péjoratif avec lequel on désignait les paysans français du Moyen-Age. C’est en référence à ce surnom que les révoltes paysannes seront appelées les Jacqueries.
© Louise MICHEL

Louise Michel (1830-1905)
Poète, institutrice, militante féministe, Louis Michel s'engage politiquement dans la Commune (1870). Surnommée la Vierge rouge, elle est condamnée à la déportation à vie et envoyée en Nouvelle Calédonie jusqu'en 1880. De retour à Paris, elle reprendra son activité militante mais, arrêtée à plusieurs reprises lors de manifestations, elle sera à nouveau emprisonnée pendant trois ans avant d'être libérée par Clémenceau. Elle meurt d’une pneumonie à Marseille au cours d’une tournée de conférences dans le sud de la France.

→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 17/05/2021 - Thème : Nature

L'élégance de l'hêtre

Être fragile
au temps docile
Hêtre gracieux
vent mélodieux.

Saison de glace
de neige, de brume,
trouve ma place
et puis m’enrhume.

Hêtre fragile
sous mes yeux
tu te dessines
être gracieux.

Et je glisse
pour une danse
ton élégance
est ma complice.

T'es tout nu dans ce champ
te voilà bien dépourvu
plus une feuille par ce temps
mais c’est moi qui éternue.

© Francis FRIEDLANDER

Francis Friedlander (1960-)
Photographe amateur rémois, Francis Friedlander s'intéresse depuis quelques années à la poésie par le biais de la photo, en commentant sous forme de poèmes ses photographies. Il est également présent sur différents forums d'écriture et de poésie.

Son blog :
→ https://friedphotopoemes.blogspot.com/

y
Posté le 11/05/2021 - Thème : Temps

En marge du temps

S'asseoir dans le silence
fermer un oeil puis l'autre
et ne laisser aux mots
qu'une page encore nue
pour rêver et dormir

La lumière est trop sage
pour donner au poète
assez d'encre et de sang
qu'il pourrait libérer
avec l'espoir au coeur

S'asseoir dans le silence
et dormir et rêver
quand la page encore nue
s'offre aux mots et s'endort
avec l'espoir en marge
pour un ultime instant.

© Amédée GUILLEMOT

Amédée Guillemot (1920-2016)
Poète français talentueux qui a reçu le Prix du Goéland en 1948 pour son recueil : J'avais un enfant.

y
Posté le 11/05/2021 - Thème : Nature / Lieux

Coucher de soleil sur la Marche

Le rond incandescent auréolé d'orange
Là-bas, tout à l'ouest, m'enchante et me distrait ;
Le ciel crépusculaire se teinte de nuances
De bleu, d'or, de vermeil, de rose et violacé.

Les arbres, à l'horizon, tracent leur frise obscure
Que j'observe à loisir, que je veux admirer ;
La tendreté des verts, à présent devient dure
Car Madame la Nuit se prépare à tomber.

La boule de lumière a caché ses ardeurs
Derrière la ligne sombre qu'au loin on distinguait.
La terre tout entière va perdre ses couleurs
Pour bientôt s'estomper dans les cieux bigarrés.

Et tout ce nuancier qui surplombe la Creuse
Revêtira alors le manteau de la nuit ;
Il ensevelira les forêts ténébreuses
Et réduira partout la vie au ralenti.

Le repos nycthémère va assaillir la France :
Certains êtres vivants vont se mettre à veiller.
Le pays, en partie, va s'orner de silence,
Afin que pour demain il soit prêt à vibrer.

© Monique DEVEZ VALLIENNE

Monique Devez Vallienne (1955-)
D'origine cantalienne et retraitée de l'enseignement public, Monique Devez Vallienne a toujours aimé écrire. Elle est poétesse, romancière et nouvelliste. Elle aime les mots et la nature ; elle les réunit dans ses poèmes, qui lui viennent souvent alors qu’elle est installée au cœur d'un majestueux paysage. À travers ses rimes et ses rythmes, elle vous fait découvrir des sites indomptés dont le charme coupe le souffle, si on sait les savourer. Au fil de ses recueils, on peut réapprendre à voir, écouter, sentir et respirer dans un monde où cela s'oublie.
Elle a déjà publié plusieurs recueils ainsi que plusieurs romans dont le dernier Un cri dans les roseaux paraîtra courant mai aux Editions des Monts d'Auvergne.
Son site :

→ moniquedevezvallienne.com

y
Posté le 10/05/2021 - Thème : Voyage

Chanson de départ

Une chanson voyage

sur le quai des gares

comme un air qu’on emporte

avec tous ses bagages

et jamais je ne pars et jamais je ne reste

et toujours se fait douce

la plainte des exils

des départs et des frousses

vers là-bas vers les îles

quand les bateaux s’en vont

la mémoire les invente

comme un air de chanson

que la tempête chante

là-bas au bout des jours

des continents du rêve

comme une chanson des anges

entendue dans un port

par un jour de départ

je ne suis pas de l’équipage mais passager

il faut bien plus que des bagages pour voyager

et le poète s’en va redisant que la vie

sans espoir n’est pas vie

et que les départs savent

créer les égarements

sur un quai ou une gare

où rêve un voyageur

© Claude BEAUSOLEIL

Claude Beausoleil (1948-2020)
Ecrivain, poète et essayiste québécois, Claude Beausoleil est l'auteur d'une poésie marquée par la sensualité et l'émotion des mots, il a été lauréat du Prix Emile-Nelligan en 1980. Professeur de littérature à Montréal, il a été aussi directeur de revue littéraire et chroniqueur de poésie. Son oeuvre est honorée de plusieurs prix. Il est membre de l'Académie Mallarmé.

→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 06/05/2021 - Thème : Poésie

Poète dans l'âme

Écrire, toujours écrire !
J'écris comme je pleure,
Lorsque saigne mon cœur !
J'écris par soubresauts,
Lorsqu'explosent mes maux !
Parfois je me demande,
Pourquoi vouloir écrire ? 
Alors que tout s'ébranle.

Dans ce monde perdu qui ne sait plus ou il va,
Où tout part à vau-l'eau et où tout se délite,
Quand même la nature a ses révoltes subites !
Et que certains vautours vous acculent au trépas
Il est bon s'éloigner de ces miasmes morbides,
Qui ne laissent présager que d'un avenir sordide !
Prendre son libre essor pour comprendre peut-être,
Le langage des fleurs et des choses muettes.

Partir en Poésie, prendre de la hauteur !
Retrouver le sens profond des valeurs,
Dans l'espace poétique d'une pensée divine,
Une nature paisible, parfois coquine
Aux belles images, aux sons mélodieux,
Mélange de vers harmonieux
Une sensation de l'esprit,
Prose poétique qui éblouit,
Mélange de cœur et d'âme,
Comme un mot de passe, un sésame,
D'une douce mélodie céleste ;
Où étourdit dans l'ivresse
D'une imagination arc-en-ciel !

L'esprit se met au diapason
D'une douce musique pour l'oreille,
Dans l'émotion d'un frisson,
Poésie, mon amie,
Jamais tu ne fanes,
Les espoirs, les envies !
D'un poète dans l'âme.

© José DELATTRE

José Delattre (1944-2021)
Passionné de jardinage, de musiques & d'art culturel... Dessinateur industriel durant sa vie professionnelle, acteur de théâtre dès l'âge de 8 ans, metteur en scène jusqu'à l'âge de 76 ans et écrivain poète, José a toujours été de la fête ! Il s'est toujours investi à fond dans tous les projets qu'il a lancés et a toujours fait preuve d'un sens inné de l'accueil peu importe l'âge et sans faire de différence !
"Ma plume court sur un parchemin y décrivant mes sentiments - C'est la passion des mots - Entre réel et virtuel - C'est aussi l'amour..."

Autre texte :
Printemps
Son blog (posthume) :
→ https://jose-delattre-poesies.blogspot.com/

y
Posté le 06/05/2021 - Thème : Lieux

Auprès de mon canal

Au beau pays d’hier, auprès de mon canal,
Mes souvenirs s’en vont, d’un pas lent, machinal,
Pour las me rappeler ô combien me manquent
Ses vieux platanes aux écureuils saltimbanques.

Moi, c’est là-bas que j’ai mes pas perdus,
Sur un chemin qui s’est un jour lassé
De voir haler des péniches assidues
À lier deux mers… et sans bardasser.

Sa poussière n’avait pas de prise
Sur mes godasses foulant la verdure,
Dans la solitude d’une déprise
Qui en faisait lors terre d’aventure.

Seuls, le chien et moi, sous son ombrée
On marchait dans les bruits qui venaient
De ces routes déjà fort encombrées
Qui, vers d’autres cieux, vous amenaient.

Je connaissais tous ses troncs et ses fourrés
Et savais les chansons de ses oiseaux
Qui ridaient des flots toujours calmes, savourais
D’être hors du Temps, lès massettes et roseaux.

Auprès de ce chenal abandonné aux canes
Qui, déjà, le sillonnaient en silence
Et au néon des libellules, crânes,
Je vivais, un moment, dans l’indolence.

J’ai revu la tonnelle de ces feuilleées,
Mais sous ce dais, en foule on court, on crie
Ou on s’agite à petites foulées,…
“La ville” aux rives désormais s’inscrit.

Nul ne voit la verrière que vitraille
De bleu paisible et verts sereins, l’ombrage
Qui appelle aux réflexions qui raillent
Un monde vil et vain qui serait notre “âge”.

Au beau pays d’hier, auprès de mon canal,
Mes souvenirs s’en vont, quand point le point final,
Pour me rappeler, là, ô combien me manquent

Ses vieux platanes aux écureuils un brin branques.

Précision de l'auteur : il s'agit ici du canal de Garonne (longtemps nommé canal latéral à la Garonne ou le Latéral, qui relie Toulouse à Castets-en-Dorthe.

© Christian SATGÉ

Christian Satgé (1965-)
Son autobio : J'ai vu le jour dans la « ville rosse » deux ans avant que Claude Nougaro ne l'(en)chante et suis devenu rapidement un obsédé textuel & un rimeur solidaire, (af)fabuliste à césure… voire plus tard, rêvant depuis de donner du sens aux sons comme des sons aux sens. Conteur éclectique et « méchant écriveur de lignes inégales », après avoir roulé ma bosse plus que carrosse, je vis caché dans ce muscle frontalier de bien des lieux peu fréquentables que l'on nomme Pyrénées, où l'on ne trouve pire aîné que montagnard, et stance, en effet et pour toute cause, à tout propos, essayant de trouver un équilibre entre "le beau", "le bon" et "le bien", en attendant la cata'strophe finale. Moins écrivain qu'écrivant, plus "humeuriste" qu'humoriste, pas vraiment poétiquement correct, après avoir navigué de conserve sur d'autres eaux, je tente, en solitaire cette fois, depuis le 23 février 2011, une énième traversée de l'océan poétique… en espérant qu'elle ne soit pas trop pathétique !
Christian Satgé est professeur d'histoire-géographie dans le département des Hautes-Pyrénées.
Autres textes :
Au retour de zéphyre
Ennui dans la nuit
A L'ouest d'Eden
La fin de la faim de l'ogre
Aumône au môme
En saignant
Champs d'automne
Tons d'automne 
Dans les forges de l'enfer
Quand l'été vernisse Tunis
Maman choyait ses roses
Les 55 jours d'un péquin
Versus un virus
Le parc plus si urbain que ça
Dans les bras de Boukhara
Amours océanes
Son blog
→ https://lesrivagesdurimage.blogspot.com/

y
Posté le 06/05/2021 - Thème : Temps

L'horloge

Rappelle-toi l'été
le vent des nuits,
les avoines fantômes
sous la lourde lune
inondant la rivière d'anis,

Là-haut, dans le fenil
les chuintements des effraies,
là-bas, le choc mou d'une pomme
sur les feuilles mortes
du temps,

et l'horloge impassible
ordonnant le silence
des vivants et des morts.
© Frédéric-Jacques TEMPLE

Frédéric-Jacques Temple (1921-2020)
Né à Montpellier, Frédéric-Jacques Temple est un écrivain et poète français.Très diverse dans sa forte unité, son œuvre comprend des poèmes (recueillis en 1989 dans une Anthologie personnelle), des romans, des récits de voyage et des essais.
Autres textes :
Le soleil rouge
En marchant vers le Mont Tremblant
Son blog :
https://lesuniversdetemple.wordpress.com/  
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 06/05/2021 - Thème : Temps

A l'arrière du front

Le passé est la demeure sombre des égarés,
Humiliés chaque jour par des faussaires.
La chair – la chair est marquée à l’envers
A portée de flèche du temps et de ses affidés.

Le présent nous surprend telle une gargouille
Dans sa cathédrale au revers de la mémoire.
La fluidité de son verbe est ce qui nous fait croire
A la fable de l’instant qui affaiblit la rouille.

L’avenir est vêtu comme le figurant des morts,
Il nous attend aux côtés d’une armée compassée
Où sont ceux que nous aimions dans cet encore
Qui fait qu’ils demeurent dans le cœur effacé.

Le printemps vient vigilant comme une demoiselle,
Je suis dans le phare de l’amour à l’arrière du front.
La guerre est finie – tu m’attends devant la maison,
Je porte avec moi la semence et le petit vent du sel.

© Patrick CHEMIN

Patrick Chemin (1956-)
Patrick Chemin est né en 1956 à Chambéry où il vit. Entre 1976 et 2018, il a publié une quarantaine de livres. Principalement de la poésie. Il a aussi écrit pour le théâtre et le cinéma. Il collabore également avec des nombreux peintres et photographes et a enregistré trois disques avec le compositeur Philippe Cholat. Tout en restant un auteur confidentiel à l’image de la poésie, Patrick Chemin rencontre de nouveaux publics en France et à l’étranger.
Son site :
→ https://patrick-chemin.odexpo.com/

y
Posté le 05/05/2021 - Thème : Femme / Humour

Femme en soi

Dieu créa la femme.
Pour ne pas être en reste, le diable mit
dans sa prunelle une petite flamme.

Le poète l'habilla de vers,
le couturier de soie.

L'homme la déshabilla
et l 'aima.

Ainsi soie style.
© Pierre DUPUIS

Pierre Dupuis dit ROTPIER (1946-)
Né à Fresnes-l'Archevêque dans l'Eure, Pierre Dupuis alias Rotpier, a travaillé dans l'industrie de tôlerie et en construction métallique jusqu'en 1976 puis a enseigné comme professeur de lycée professionnel jusqu'en 2002. Passionné de poésie depuis l'enfance, il a commencé à écrire dès les années 1990, poésie très éclectique, sous toutes ses formes : classique, libérée et libre, sa devise étant : « Enfermez la poésie dans un genre et elle s'étiole. »
Autres textes :
Géométrie variable
La cubaine bien roulée
L'épatant charcutier
Son blog :
→ http://rotpier.over-blog.com/

y
Posté le 05/05/2021 - Thème : Société / Humour

Mon banquier

Aujourd'hui, je vais voir mon banquier 
Au regard bleu acier.
Habillée de ma robe portefeuille,
Je sens son ambition aiguisée
Déshabillée, feuille à feuille,
La pudeur de mon solde.
Et, c'est sur ce seuil,
Que j'accordai du crédit
À ces fariboldes
C'est donc sans vergogne
Quil s'empara de mon innocence !!
Il suscita, de par mon ignorance,
Mon intéressement par des billets doux
Dont, je ne puis voir la mascogne.
Aucun hommage, sur mon compte,
Ne me fut épargné.
Et, tout ce qu'il débitait,
Était, pour moi comme un conte.
Subjuguée par son verbe si flatteur
Je m'aperçus, au bout de trois heures,
Que mon solde, sans aucune retenue,
Fut mis à nu !

© Caroline BAUCHER

Caroline Baucher (1983-)
Née en 1983, elle vit actuellement à Paris.
Autre texte :
Rêve d'une nuit de sable
Son blog :
→ upanishad.free.fr/

y
Posté le 05/05/2021 - Thème : Nature

Il pleut il pleut

Il pleut Il pleut
Il fait beau
Il fait du soleil
Il est tôt
Il se fait tard
Il
Il
Il
Il
Toujours Il
Toujours Il qui pleut et qui neige
Toujours Il qui fait du soleil
Toujours Il
Pourquoi pas Elle
Jamais Elle
Pourtant Elle aussi
souvent se fait belle !

© Jacques PREVERT

Jacques Prévert (1900-1977)
Poète, scénariste et dialoguiste français, qui devint célèbre grâce au succès de son premier recueil de poèmes, « Paroles », où son langage familier et ses jeux de mots sont appréciés. Ses poèmes sont depuis lors connus dans le monde entier et appris dans les écoles françaises.
Autres textes :
Chanson dans le sang
Le miroir brisé
La Seine a de la chance
Barbara
Cet amour
Sanguine
Sables mouvants
Mai 68
Le cancre
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 05/05/2021 - Thème : Vie

La vie c'est comme une dent

La vie c’est comme une dent
D’abord on y a pas pensé
On s’est contenté de mâcher
Et puis ça se gâte soudain
Ca vous fait mal, et on y tient
Et on la soigne et les soucis
Et pour qu’on soit vraiment guéri
Il faut vous l’arracher, la vie.

© Boris VIAN

Boris Vian (1920-1959)
Ecrivain, poète, parolier, directeur artistique, musicien de jazz... Boris Vian, dont l'oeuvre littéraire fut peu appréciée de son vivant, est saluée par la jeunesse dès les années 1960-1970. L'Écume des jours en particulier, avec ses jeux de mots et ses personnages à clef, est passé à la postérité. Il est désormais un classique, qu'on étudie souvent dans les collèges et les lycées.
Autres textes :
S'il pleuvait des larmes
La java des bombes atomiques
Ils cassent tout
Je bois
Si les poètes étaient moins bêtes
Le déserteur
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 05/05/2021 - Thème : Espoir

Le lecteur

Enfant perdu dans le désert des hommes
La tête découverte
Je marche dans le vent
Je cherche une voix familière

Les yeux bandés
Sur les nuits hantées de l'humanité
L'âge crépusculaire lève son glaive
De sève crue, toxique

Lacérées par la peur
Nos grandes espérances se sont tues
Les odeurs, les vestiges disparus
Pour toujours gardent leurs secrets

C'est le courage décuplé
Des grands rêveurs de terres lointaines
Qui, sur les années de veilles
A coups de poing étouffent les doutes

Devant moi
Les épouvantails de feu
Balisent le chemin escarpé
En un corridor de cendres grises

Le regard sombre
J'attends debout l'aube libératrice
Qui arrachera les terres noires
Du fond de l'abîme

© Anna AKHMATOVA

Anna Akhmatova (1889-1966)
C'est l'une des plus importantes poétesses russes du XXe siècle, surnommée "la Reine de la Neva". Elle a écrit aussi bien des petits poèmes lyriques que de grandes compositions poétiques. Les thèmes récurrents de son oeuvre sont le temps qui passe, les souvenirs, le destin de la femme créatrice et les difficultés pour vivre et écrire dans l'ombre du stalinisme.
Autre texte :
Premier avertissement
→ Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 05/05/2021 - Thème : Femme

La Joconde

Femme, il est un serpent blotti dans ton sourire,
Un philtre meurtrier glissé dans tes doux yeux.
Et ta bouche troublante en aurait trop à dire
Si tu n'étais fantôme, au cœur silencieux.

Dans l'immobilité, tu vis, plus que la Vie,
Il plane un charme intense autour de ton front pur.
O sphinx hallucinant qui pense et qui défie,
Fleur au parfum mortel éclose sous l'azur.

Ta robe au ton nocturne et ta main compassée
Sous un calme perfide ont aussi leur pensée
Et ta beauté recèle un insolent mépris.

En vain je t'interroge, ô ma sœur inconnue,
Car le maître a placé son rêve dans la nue
Et nul ne pourrait dire à quel dieu tu souris.

© Marguerite BURNAT-PROVINS

Marguerite Burnat-Provins (1872-1952)
Ecrivaine, peintre et dessinatrice frano-suisse, Marguerite Burnat-Provins est l'aînée d'une famille aisée et cultivée. Après des études artistiques à Paris, elle épouse l'architecte Adolphe Burnat et s'installe en Suisse. De santé fragile, le climat valaisan est propice au développement de son oeuvre (peinture et écriture). En 1906, elle rencontre Paul de Kalbermatten, un jeune ingénieur valaisan avec qui elle entretient une liaison passionnée. Elle divorce et s'installe avec lui. Elle l'accompagne dans ses voyages en Egypte. Le couple se range du côté de Bayonne. La Première guerre mondiale est un choc pour l'écrivaine, qui est en proie à des angoisses morbides. Rongée par la maladie, elle crée les dessins de son oeuvre phare, Ma Ville. Finalement, la guerre sépare le couple et Marguerite s'installe défintivement à Grasse où l’écriture et la peinture continueront de l’occuper. Sa fin de vie sera assombrie par la mort de sa soeur et ses problèmes de santé toujours plus lancinants.
→ Association des Amis de Marguerite Burnat-Provins
 Sa biographie sur Wikipédia

y
Posté le 05/05/2021 - Thème : Nature

Trois arbres

Trois arbres tombés sont restés au bord du sentier.
Oubliés du bûcheron, ils s'entretiennent,   
fraternellement serrés, comme trois aveugles.

Le soleil couchant verse
son sang vif dans les troncs éclatés,
les vents emportent le parfum de leur flanc ouvert.

L'un, tout tordu, tend un bras immense,
frissonnant de feuillage, vers l'autre
et ses blessures sont pareilles à des yeux pleins de prière.

Le bûcheron les a oubliés.
La nuit viendra. Je resterai avec eux.

Je recueillerai dans mon cœur
leurs douces résines, elles me tiendront lieu de feu.
Muets, pressés les uns contre les autres,
que le jour nous trouve monceau de deuil.

© Gabriela MISTRAL

Gabriela Mistral (1889-1957)
Né au Chili, Gabriela Mistral est une enseignante, diplomate, féministe et poétesse dont l'oeuvre a été couronnée par le prix Nobel de littérature en 1945. Elle est considérée comme l'un des quatre grands de la poésie chilienne (avec Pablo Neruda, Pablo de Rokha et Vicente Huidobro).
→ Sa biographie sur Wikipédia

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