Ecrire des vers à vingt ans, c'est avoir vingt ans.
En écrire à quarante, c'est être poète.
Francis Carco 

Le printemps à ma porte

Le cueilleur de muguet
de Frédéric COGNO

y


Tourne le vent sur la prairie,
L'azur pommelé s'écartèle,
L'air est si frais, les tourterelles
S'éprennent sous les confettis
Des arbres en fleurs et à peluches.

Sur le parvis de mai fleuri,
Une bicyclette crécelle,
Voici l'homme aux mille ficelles,
Préfacier de l'aube attiédie
S'en revenant des vieilles ruches.

Le cueilleur de muguet
Et ses lacets défaits,
Batifoleur d'essaim,

Le jour du premier mai,
S'en va dans la forêt
Ceinturer quelques brins.

Le cueilleur de muguet
Et son cageot doré
Traque le merveilleux,

Les fleurs du mois de mai
Dans les bois noirs secrets
Sont pour les amoureux.

Ce trappeur de rosiers ardents,
Confiturier des baies sauvages,
Reste à mes yeux un personnage
Dans le tablier du printemps
Dont les trous sèment les écus.

Quand les violettes doucement,
Baillent à son joyeux passage,
C'est tout débraillé, quel outrage !
Qu'il va les cueillir fièrement
Pour ses bouquets à temps perdus.

Le cueilleur de muguet,
Natif de la rosée,
Se confie aux averses,

Toujours égratigné
D'une ronce écartée
Près d'un grand lit d'asperges.

Le cueilleur de muguet
Est un vrai cachottier,
Un moineau de cerises,

Il refait les sentiers,
Il sait où va l'été
Au repli de la brise.

Les fleuristes, le savent bien,
Ses bouquets sont les plus jolis,
Avec une rose, un myosotis,
Mieux vaut lui rafler son butin
Et jouer les gentils escrocs.

Qu'importe leur prix de revient,
Ces gens de peu n'ont rien perçu
Des nids, des clochettes pendues
Au cou découvert du matin,
Toutes ces choses pour nigaud...

Le cueilleur de muguet
Fait son petit marché,
L'escargot sur la manche,

La frimousse enjouée,
Les cheveux épinglés
Par des restants de branches,

Tiens, si vous le voyez,
Ce cueilleur de muguet,
Fanfaron des bordures,

Prenez-lui un bouquet,
Il s'en suivra l'été
Et l'amour à coup sûr !...

 

Empreintes d'avril
de SEDNA

y


Quand de temps à autre, un mot se retourne

Pour chasser les ronces du vent glacé,

Les touffes de soleil que je contourne

Éloignent l’hiver déjà défroqué.

Et avril qui secoue chaque ligne

Laisse ses empreintes au soir couchant.

Au ciel, le silence devient plus digne,

Car il comble les astres de son chant.

A peine si les rameaux des voyelles

Fertilisent un printemps attendu.

Sur nos chemins herbeux, des ribambelles

De fleurs se serrent, de jaune vêtu.

Vers l’océan, où le ressac défroisse

Nos cœurs engourdis, j’entends le fracas

Du clocher qui appelle en sa paroisse

L’odeur suave du futur lilas.

Le matin fardé de mauve tricote

Des rêves que je suspends à ta peau.

Tes doigts se parfument de bergamote

Quand tes lèvres deviennent mon radeau.

A la saison qui égoutte ses branches,

Les rosiers sauvages offrent l’espoir.

La lune neuve retrousse ses manches,

Et l’amour est au bout de ce couloir.

 

 

C'est le joli printemps
de Maurice FOMBEURE

y


C’est le joli printemps
Qui fait sortir les filles,
C’est le joli printemps
Qui fait briller le temps.

J’y vais à la fontaine,
C’est le joli printemps,
Trouver celle qui m’aime,
Celle que j’aime tant.

C’est dans le mois d’avril
Qu’on promet pour longtemps,
C’est le joli printemps,
Qui fait sortir les filles.

La fille et le galant,
Pour danser le quadrille.
C’est le joli printemps
Qui fait briller le temps.

Aussi, profitez-en,
Jeunes gens, jeunes filles ;
C’est le joli printemps
Qui fait briller le temps

Car le joli printemps,
C’est le temps d’une aiguille.
Car le joli printemps
Ne dure pas longtemps.

 

Printemps
de José DELATTRE

y


Tout s'éclaire et tout s'illumine,

L'aube devient purpurine ;

Quand apparaît sur l'horizon

Le disque d'or et son dos rond !

 


Tout s'éveille dans la ramure,

Le silence devient murmure ;

Au sol, les perles de rosée

Prennent leurs couleurs diaprées !

 


Dans un coin sur l'herbe posée,

La dentelle d'une toile d'araignée ;

Ondule mystérieusement

Sous la douce brise du vent !

 


De l'arbre qui reverdit,

S'élève une pleine harmonie ;

Où merle moqueur et oiseaux

Chantent le printemps nouveau !

 


La trémière sous le soleil,

Découvre ses boutons vermeils ;

Sur l'un d'entr'eux, ouvrant ses ailes

S'envole une coccinelle !

 


L'air est joyeux, l'azur résonne,

Tout frissonne et tout reverdit ;

Dans le ciel le soleil rayonne

Quand la lune s'est assoupie !

 


Tout revit et s'éveille avec grâce,

L'hiver repart silencieusement ;

Encore une saison qui passe

Pour accueillir le gai printemps !

 


Dans la prairie pousse la pâquerette,

Le bouton d'or s'est réveillé ;

Dans le lilas chante la fauvette

Sur le joli muguet de mai !

 


La plaine résonne de mille bruits,

Les oiseaux chantent, le ciel sourit ;

Tout est bien plus gai, plus charmant

Lorsque nous revient le printemps !

 

 

Au retour de zéphire
de Christian SATGÉ

y


Un beau jour s’aventure à la buée blême
Des hautes fenêtres fermées sur l’extérieur
Qui a mis la vêture d’hiver, gelant de flemme 
Nos ardeurs désarmées d’enfants par trop rieurs.

Timides et jeunes fleurs, tendres et frêles bourgeons
S’invitent ici ou là comme douces prémices
Au retour des chaleurs qui verront, sans malice,
Nos corps venir las de jeux fous de sauvageons.

Il va finir le temps de l’hiver qui grésille :
Alors qu’un vert printemps plante ses banderilles,
Qu’arbre remet ses hardes, Borée encor’ trompe.

Si de folles pensées tardent à fleurir le sol,
L’air se fait de miel et les nuages s’estompent
Dans le bleu du ciel sillonné de vols…

 

Printemps de Bretagne
de Charles LE GOFFIC


Une aube de douceur s'éveille sur la lande :
Le printemps de Bretagne a fleuri les talus.
Les cloches de Ker-Is l'ont dit jusqu'en Islande
Aux pâles « En-Allés » qui ne reviendront plus.

Nous aussi qui vivons et qui mourrons loin d'elle,
Loin de la douce fée aux cheveux de genêt,
Que notre cœur au moins lui demeure fidèle :
Renaissons avec elle à l'heure où tout renaît.

Ô printemps de Bretagne, enchantement du monde !
Sourire virginal de la terre et des eaux !
C'est comme un miel épars dans la lumière blonde :
Viviane éveillée a repris ses fuseaux.

File, file l'argent des aubes aprilines !
File pour les landiers ta quenouille d'or fin !
De tes rubis. Charmeuse, habille les collines ;
Ne fais qu'une émeraude avec la mer sans fin.

C'est assez qu'un reflet pris à tes doigts de flamme,
Une lueur ravie à ton ciel enchanté,
Descende jusqu'à nous pour rattacher notre âme
A l'âme du pays qu'a fleuri ta beauté !

 

Le moulin au printemps
de Alphonse de LAMARTINE


Le chaume et la mousse
Verdissent les toits ;
La colombe y glousse,
L'hirondelle y boit ;

Le bras d'un platane
Et le lierre épais
Couvrent la cabane
D'une ombre de paix.

La rosée en pluie
Brille à tout rameau ;
Le rayon essuie
La poussière d'eau ;

Le vent qui secoue
Les vergers flottants,
Fait sur notre joue
Neiger le printemps.

 

Printemps du Nord
de Henri-Frédéric AMIEL


Linotte 
Qui frigotte, 
Dis, que veux-tu de moi ? 
Ta note, 
Qui tremblote, 
Me met tout en émoi.

Journée 
Illuminée, 
Soleil riant d'avril, 
En quel songe 
Se plonge 
Mon cœur, et que veut-il ?

Sur la haie, 
Où s'égaie 
Le folâtre printemps, 
La rosée, 
Irisée, 
Sème ses diamants.

Violette 
Discrète, 
Devant Dieu tu fleuris ; 
Primevère, 
A la terre, 
Bouche d'or, tu souris.

Petite 
Marguerite, 
Conseillère du cœur, 
Ta couronne 
Mignonne 
Epèle mon bonheur.

Blanche et fine 
Aubépine, 
A tes pieds, la fourmi 
Déjà teille 
Et réveille 
Son brin d'herbe endormi.

La mousse 
Qui repousse 
Attend l'or du grillon ; 
La rose, 
Fraîche éclose, 
Rêve au bleu papillon.

Mais, fidèle 
Hirondelle, 
Au nid toi qui reviens, 
La tristesse 
M'oppresse... 
Où donc sont tous les miens ?

L'eau sans ride 
Et limpide 
Ouvre de ses palais, 
Où tout brille 
Et frétille, 
Les réduits les plus frais.

Sur la branche 
Qui penche, 
Vif, l'écureuil bondit ; 
La fauvette 
Coquette 
Se lustre dans son nid.

La grue 
En l'étendue 
A glissé, trait d'argent ; 
Dans l'anse 
Se balance 
Le cygne négligent.

La follette 
Alouette, 
Gai chantre des beaux jours, 
Dans l'azur libre 
Vibre, 
Appelant les amours.

Journée 
Illuminée, 
Soleil riant d'avril, 
En quel songe 
Se plonge 
Mon cœur, et que veut-il ?

Dans l'onde 
Vagabonde, 
Aux prés, sur les buissons, 
Sous la ramée 
Aimée, 
Aux airs, dans les sillons,

Tout tressaille 
Et travaille, 
Germe, respire et vit, 
Tout palpite 
Et s'agite, 
Va, chante, aime et bénit.

Mais mon âme 
Est sans flamme... 
Beaux jours en vain donnés, 
Nature 
Calme et pure, 
Ô printemps, pardonnez !

Linotte 
Qui frigotte, 
Dis, que veux-tu de moi ? 
Ta note 
Qui tremblote 
Met mon cœur en émoi.

 


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Citations autour du printemps

Un mot aimable, c'est comme un jour de printemps.
Proverbe russe



L'hirodnelle ne fait pas le printemps, mais le chameau fait le désert.
Alfred Capus



Le printemps, c'est l'été en pièces détachées !
Jean-Michel Wyl



L'automne est le printemps des beaux souvenirs.
Chérif Kebbas



Tandis qu'à leurs oeuvres perverses,
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.

Théophile Gautier