Tous les jardins du monde



Jardins muets
George-Dan TOADER

y

Il est de ces jardins d’espoir taciturnes
où la verdure est caresse du vent
où la Lune éclaire et accompagne
le songe délicat de l’hiver

Il est de ces jardins d’espérances
Il est de ces frontières invisibles de silences
Rideaux de soie sur un ciel d’étoiles, poussière de lendemains

Il est comme un trousseau de clés éphémères
Ce jardin à l’âme périlleuse et paisible
aux rides d’un temps qui se décline
jamais vieux véritablement
parfois venu
comme une promesse faite au maintenant

Il existe dans ces jardins à plusieurs facettes de vie
de terribles désillusions ou les réussites profondes
d’une route torsadée et tumultueuse

Il est une fenêtre sur le vivant et le jour pas encore levé
Ces instants où possible et insaisissable se font face et se côtoient,
complices de lendemains improbables ou d’heureux hasards

Il est une lanterne sans sacrifice immédiat
éclairant et se consumant sans fin
Il est un jardin où liberté et rêveries colorent l’aquarelle timide d’une saison encore en devenir

Dans ce jardin, le temps passe inaudible
L’horloge brisée indique pourtant une heure et des destinées uniques,
à la fois mesure temporelle et direction
Dans le labyrinthe de cheminements personnels, le soi change à sa guise et palpite
comme un symbole jailli de la nuit


© George-Dan TOADER


George-Dan Toader (1980-aujourd'hui)
Belge d’origine roumaine, George-Dan Toader a grandi à Bruxelles qui est également sa ville de cœur. Comme sans doute de nombreuses personnes, il emmène au gré du vent, ses souvenirs et son vécu, fidèle à la locution latine de Cicéron : « Omnia mea mecum porto » et il se définit avant tout comme une personne, avec une mémoire et des souvenirs de lieux qu’il aime, bien qu’il ne les ait pas véritablement choisis, tout comme on n'est pas décideur de sa naissance. Par des poèmes philosophiques, il recherche l'Universel avec sa plume plus tendre ou plus maladroite dans sa dureté. D'ici ou d'ailleurs, la vie d'une personne est faite de nombreuses expériences, de ressentis et du vécu. L'écriture lui est libératrice ; les mots lui permettent de s'envoler ou de s'ancrer plus encore dans un présent qu’il a ou pas choisi. Il poétise parfois ses pensées et ses émotions, d’autres fois, il privilégie le texte brut ou poli par de nombreuses réflexions. 
Autres textes :
Clandestin [posté le 14/04/2024]
Horizon [posté le 10/04/2024]
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Écrire, n'est-ce pas le monde ?
Hayat AIT-BOUJOUNOUI

y

Le rêve a été de voir et le soleil a été…


La grêle n'a pas atteint les rosiers.
Qui le sait, au fond ?


Un vase éclate,
Laissant sur le sol un filet d'eau
D'une transparence étonnante.


Les bleuets ont accroché
Entre les rayons de la terre,
En fins camaïeux.


Au-dessus des lignes,
L'horizon flotte.


Impassible…
Comme si la chaleur était douce.


Trop éparse…


Les fleurs ne sont pas tristes,
Laissant dans l'ordre des arts,
Les rivières creuser...


Au-delà de nos mains.

 

© Hayat AIT-BOUJOUNOUI


Hayat Ait-Boujounoui (1972-aujourd'hui)
Originaire de Besançon, Hayat Ait-Boujounoui est formatrice dans un centre de formation pour jeunes et adultes (CFA) après avoir enseigné le français et l'Histoire-géographie dans des CFA de différentes régions, dont la Bretagne qu'elle affectionne particulièrement. Elle a écrit deux recueils de poésie : Dans la chair (2011) et Palpitations (2018) publiés chez L'Harmattan. 
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Aurores
Linda CARA-JACOBI

y

Que l'horizon des villes s'efface dans le lointain
Des routes qui rendent séniles, sempiternels refrains...


J'épouse les jardins, leurs échappées fragiles,
Les murmures graciles des oiseaux en quatrains
Dont les notes dociles assurent des lendemains...


Au brouhaha hostile, aux bâtiments chagrins,
Que l'emprise du ciment peut rendre l'homme servile...


Des citadins pressés pleurent dans leurs citadelles,
Que Chêne-Bougeries est belle, en ce petit matin...


© Linda CARA-JACOBI
Illustration : © Linda Cara-Jacobi, une rue de Chêne-Bougeries en Suisse


Linda Cara-Jacobi (1973-aujourd'hui)
Linda Cara-Jacobi est d'origine multi-culturelle, de parents et grands-parents hongrois, anglais, roumains et tchèques. Après des études de Lettres, passionnée d'art, elle quitte sa Suisse natale pour se rendre dans une école à Milan où elle se spécialise en stylisme. De retour à Genève, elle continue de créer pour des commandes privées, et revient désormais à ses premières amours de plume et d'encrier. Ses plages de joie sont les longues balades matinales en forêt, la salade de chèvre chaud et les crêpes à la confiture d'abricot, la musique électro, new wave ou rock, le cinéma indépendant, la photo, les courants artistiques et architecturaux Art Nouveau et Art Déco.
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Les jardins de la nuit
Marie MINOZA

y

Les jardins de la nuit
Ferment les paupières
Aux écailles du jour…
Ils peignent des tableaux
D’insondables eaux vertes…


Les jardins de la nuit
Taguent les murs de l’âme
De vertiges de rêves
En longs traits de sanglots
Barbouillés d’émotion


Les jardins de la nuit
Recueillent les amours
Dans la tiédeur fraîche
De tissus trop froissés
Au parfum d’églantier…


Les jardins de la nuit
Dans leurs ombres fantômes
Abritent les secrets
De tendresse innocente
Marbrée de transparence


Les jardins de la nuit
Pansent leurs cicatrices
Dans le sang des désirs
Quand coulent des blessures
Des torrents de regrets…


Les jardins de la nuit
Ouvrent parfois leurs portes
Sur des espoirs en fleurs
Des bourgeons de promesses
Sous des bateaux d’étoiles…


© Marie MINOZA
Illustration : © Marie MINOZA, d'après une tapisserie de Dom Robert, moine bénédictin de l’Abbaye d’En Calcat située à Dourgne dans le Tarn, qui est l'un des maîtres de la tapisserie contemporaine.


Marie Minoza
Cette enseignante en école primaire a exercé dans les Deux-Sèvres puis dans la Vienne à Châtellerault. Tout au long de sa carrière, elle a aimé partager l’amour de la peinture, de la poésie et de la création avec ses élèves. Aujourd'hui à la retraite, elle partage ses écrits et ses créations d'images sur son blog. Tous les deux ans, elle contribue avec des amis poètes à la création d’un livre de contes et de poésies destiné aux enfants gravement malades… Elle participe également avec ses anciens collègues à un spectacle chorale, comédie musicale (création d'images et de montages power-point pour animer chants et mimes).
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La balade du citron
Marianne LOEBLE

y

Moi le citron sans pesticides, bio comme ils disent,
v`là que je me retrouve dans le sac d’une touriste
en balade à travers les champs horticols espagnols.
Je traînais par terre seul, perdu à côté de mon arbre
Une pluie diluvienne m’a arraché à ma destinée :
le marché hebdomadaire pour être tripoté et pesé.
Dieu sait ce que je serais devenu : un jus, je parie.
Ils m’auraient lâchement pressé, sucré et bu.
Gare aux ulcères si vous abusez trop de moi !
Mais que vais-je devenir chez cette inconnue,
cette dévergondée qui a osé me ramasser ?
Il faut que je fouine un peu dans sa besace.
C’est un sac de femme, une artiste je crois.
Je suis coincé entre un pinceau et des aquarelles.
Je sais à présent qu’elle va me peindre et je revis ;
j’ai compris qu’au lieu de me triturer sans pitié
elle allait me brosser en jaune canari et pastel.
J’ai toujours rêvé de terminer au Musée d’Orsay
avec mon nom en toutes lettres : le citron immortel ...


© Marianne LOEBLE

Marianne Loeble

Marianne LOEBLE est une autrice multilingue et voyageuse. Elle est romancière et poétesse. Elle est née à Bruxelles, vit à Barcelone et Alicante, explore la France, sa source d'inspiration. Sa poésie a été récemment primée au Printemps des Poètes, aux Humeurs portuaires des ´Editions des Embruns et publiée dans de nombreuses anthologies. 
Elle aime la vie. L'art et la poésie l'aident à positiver. Ses études littéraires et l'enseignement de langues modernes ont contribué à son approche humaniste.
Autre texte :
Eiffel futuriste

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Le jardin de Monsieur Tisti
Sharian DAVIDIAN

y
Monsieur Tisti joue de la scie,
Assis sur un muret crépi.
Les jolies Roses, au balcon,
Aiment ce curieux violon

Dont la mélodie enfantine 
Glisse sans heurt sur leurs épines.
Or de la scie le petit air
Ravit aussi dans le parterre :

Vois les tulipes, les lilas !
— Qui pensent qu'on ne les voit pas —
Qui remuent leur vert popotin !
Et les Crocus, diablotins,

Secouent ensemble leurs pétales 
Qui vibrent comme des timbales !
La Pensée, seule dans un pot,
Reluque le Coquelicot 

Qui se dandine élégamment,
Valsant dans un souffle de vent,
Et dont la tête toute rouge,
Au gré de cette bise, bouge

Au rythme des sauts de l'archet
Du musicien sur son muret.
La Pensée dit à la Jonquille :
"Moi, vous savez, un rien m'habille !

Si j'avais su que c'était bal
Sous les rameaux du Vieux Santal,
J'aurais changé ma violette 
— Vous le savez, je suis coquette —

Pour quelque chose de bien plus..."
— Mais la Jonquille n'écoute plus
Car tous ils regardent danser
La dernière fleur de l'été.

 

© Sharian DAVIDIAN


Sharian Davidian (1983-aujourd'hui)
Sharian Davidian vit et travaille à Bruxelles. Historien de l'art et journaliste de formation, il est poète et auteur pour la jeunesse aux éditions Beurre Salé (France).
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Jardinage
Christian SATGÉ

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… car il n'est de bon vers que de terre.


Et chaque jour, je me fais jardinier ;
Aux racines des pensées, débroussaille
Mes idées à fleur de mots, coupe et taille
Vers en topiaires et prose en paniers.

Sur une terre aride, une rocaille,
Pour que pousse un rosier dans les ronciers,
J’arrache, dessouche, prêt à scier
Tous les trop : bois morts, gourmands qui pagaillent

Dans les chardons de la facilité,
Les herbes folles du vaille que vaille.
J’étête encore, ôte toujours, cisaille,…

Quand ma langue est lande, infertilité,
J’ente la ponctuation ou j’entaille
Les sons, mets un tuteur au sens qui faille,…

Oui, chaque jour, je me fais jardinier !

 

© Christian SATGÉ


Christian Satgé (1965-aujourd'hui)
Auteur prolifique, fabuliste et conteur éclectique, Christian Satgé est professeur d'histoire-géographie dans le département des Hautes-Pyrénées. Il a publié plusieurs recueils et près d'une cinquantaine de ses textes figurent dans Le Monde de Poetika. Son dernier ouvrage est une pièce de théâtre "Belize".
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La ballade du jardin potager
Michel MIAILLE

y

Je vois grandir, tout au cours de l’année,
Tous les doux fruits comme autant de cadeaux,
Cette récolte encore enracinée
Qui donnera du bonheur aux oiseaux
Et du plaisir aux nombreux vermisseaux.
Je veux offrir, comme une gourmandise,
La fleur si fraîche ou bien la fraise exquise,
Choses charmantes et bonnes à manger
Alors je dis, d’une voix sans surprise,
Parcourez donc le jardin potager.


Je reconnais la moindre graminée,
Celle qui vient sur les divers terreaux,
Poussant parfois de manière ordonnée
En répandant de très nombreux faisceaux
Aux rangs divers avec mille réseaux.
J’aime à revoir la plante reconquise,
Le végétal qui souvent musardise
Et, comme un roi prêt à tout protéger,
J’avance un peu de façon très précise,
Parcourez donc le jardin potager.


Je crains pourtant cette chaleur damnée
Aux durs rayons pareils à des fléaux
Persécutant la feuille infortunée,
Le fier légume et les longs arbrisseaux
Et desséchant salades et poireaux.
J’ai peur du froid, de ses airs de banquise
Quand maître hiver vient avec sa mainmise ;
Je pense alors qu’il pourrait bien neiger
Et je redis, pourtant sans vantardise,
Parcourez donc le jardin potager.


Princes charmants dont la grande hantise
Est de flétrir sans l’apparat de mise
Aux derniers jours quand le temps vous méprise,
Avec la mort qui vient tout saccager,
Écoutez-la, cette chanson de crise,
Que son refrain soudain vous le redise,
Parcourez donc le jardin potager.


© Michel MIAILLE


Michel Miaille (1951-aujourd'hui)
Poète, auteur de sketches et de pièces de théâtre, Michel Miaille est retraité du Ministère de l'environnement et membre de la SACEM. Il a obtenu plusieurs prix de poésie, notamment avec avec des poèmes en langue provençale, et participe à des anthologies. Il a publié plusieurs recueils.
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Jardin de mon enfance
Pierre PAYSAC

y

Le jardin de mon enfance caresse mes souvenirs.

Je revois mon père, retournant inlassablement, dans un geste sans fin, la terre nourricière. Comme si le temps prenait son temps.

La tête dans les nuages, traversés par une douce lumière de printemps, je ne pense à rien. Le chant d’un oiseau invisible ignore le silence qui m’enveloppe. La brise du matin fait frissonner les fleurs des pommiers. Un lieu, un moment loin des névroses de l’enfance, le sentiment infini que rien ne peut m’arriver. Et puis, au soir de ma vie, la quête vaine d’un jardin pour y revivre les instants d’un Eden perdu.


© Pierre PAYSAC 


Pierre Paysac (1948-aujourd'hui)
Fréquentant un atelier d'écriture depuis plus de dix ans, Pierre Paysac a publié son premier recueil, Errance, en 2021, aux éditions Persée. Son deuxième recueil est en cours d'édition. Il a par ailleurs participé au concours Poetika 2023 et l'un de ses textes a été remarqué par les membres du jury.
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Dans ce jardin il y a
Jean-Charles PAILLET

y

Dans ce jardin il y a
toutes les fleurs
tous les regards
un monde d’insectes
et de rêves

à sa juste mesure


© Jean-Charles PAILLET
Photo © Jean-Charles PAILLET : Maison du Patrimoine à Jaujac (Ardèche)

Jean-Charles Paillet
Jean-Charles Paillet est animé par l’instant présent et les belles valeurs qui élèvent le coeur et l’âme... Sa poésie se retrouve dans ses dessins, ses photographies et ses chansons. Sa rencontre avec Yves Broussard est un tournant dans sa vie de poète.
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Notre jardin d'amour
Philippe PAUTHONIER

y

Je cultive les essences de notre jardin
Comme je loue notre amour sur mes parchemins.
Mes écrits s'envolent pour ravir ton cœur
Tels les effluves de nos parterres de fleurs.

J'entretiens les rosiers de notre charmille,
Comme l'artisan potier pétrit l'argile,
Et notre tonnelle se métamorphose,
Se pare d'une myriade de roses.

Ô havre d'ombres et de lumière,
Sa beauté nous invite à la prière,
Elle tamise les rayons du soleil,
Comme les vitraux d'une chapelle.

Les soirs d'été, sous son arcade fleurie,
À l’unisson, nos cœurs attendent la nuit.
Nous partons au pays des merveilles
Avec nos rêves qui déploierait leurs ailes.


© Philippe PAUTHONIER


Philippe Pauthonier
Après une carrière d'ingénieur, Philippe Pauthonier partage aujourd'hui sa vie entre la France et la Pologne, pays de son épouse. Cet élan entre deux pays, deux cultures et ses longs séjours dans la sérénité de la campagne polonaise, loin du monde et de son agitation, sont propices à sa créativité littéraire. Depuis sa retraite, il s'investit dans plusieurs associations oeuvrant au profit des Aveugles et Malvoyants. Mordu d'astronomie, il apprécie la communauté scientifique qui sait élargir le débat avec une réflexion globale, liant la science à une approche métaphysique et théologique. Philippe Pauthonier a publié dix recueils et reçu plus de 130 distinctions dans des concours de poésie.
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→ Dans les broussailles de mes émotions
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Jardin de curé
Claude DUSSERT

y

Croyez-vous qu’un jardin, qu’un simple potager
Qu’il soit dit d’agrément ou encor de curé
Pousse sans soucis et sans affrontements
Avec plein de malice je le dis fermement
On les traite de légumes mais ce n’est assurément
Pas une sinécure de croître gentiment.


En ce printemps pluvieux mes choux deviennent blets.
Sur un tas de fumier un peu plus en retrait
J’avais planté six trouilles qui dans l’herbe croissaient
Elles envahissaient tous les autres carrés
Se moquant sans vergogne de ceux qu’elles écrasaient.


Sur les conseils heureux de l’abbé Gonias de Ladonne
J’ai réservé un carré protégé aux immortelles et simples
Que dans les parchemins on dit guérir de tout.
Je dois quand même vous dire que si simples elles soient


Elles en connaissent un brin sur la nature savante
Ces histoires salaces un poil licencieuses.
L’artichaut par exemple sous leurs avis grivois
Se prenant pour Vénus effrontément s’effeuille.


Je ne parlerai pas des limaces gloutonnes
Qui jointes aux escargots font aux pieds de salades
Un sort que n’envieraient pas même les poireaux
Véritables barbares dans ce monde vivant.


Les navets vérolés par des vers affamés
Se font ratiboiser comme de jeunes recrues
D’haricots écossés par de morfales chenilles.
Quant aux potimarrons ils suivent sans façon


Le chemin des courgettes, petits pois, pâtissons.
Dans ce capharnaüm les fourmis se régalent
Avant d’être avalées par un gros hérisson.
Je vais vous l’avouer en matière de culture
Vous l’avez deviné
Je n’suis pas très doué.


© Claude DUSSERT


Claude Dussert (1947-aujourd'hui)
Poète, nouvelliste et pamphlétaire à ses heures, Claude Dussert est diplômé du Conservatoire d’Arts Dramatiques de Grenoble. Cadre commercial, il a créé sa société de communication « CBCD » en 1993 à Lyon. Il vit actuellement en Bourgogne, dans la région de Cluny. Éclectique dans ses lectures, sa passion pour la poésie l’a amené à être membre de nombreuses associations. Il participe activement à plusieurs anthologies de poésie et ouvrages collectifs ainsi qu’à des concours. Il a édité à compte d’auteur cinq recueils de poésie et un recueil de nouvelles. Il a également remporté de nombreux prix de poésie (dont le Prix Spécial du Jury au concours Poetika 2023).
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Le refuge
Myriam CLOWEZ

y

Te souviens-tu ma sœur,
Ma douce combattante
De nos cris, de nos peurs
Du jardin qui nous tente.


Il était notre ami
Un frère, un camarade
Un secret qui nous lie
Et un cœur en chamade.


Seules nous le connaissions
Personne d’autre ne savait
Que même sous les lampions
Il était notre allié.


Nous lui confions nos peines,
Car nos âmes avaient froid
Il réchauffait sans peine
Deux petites aux abois.

 

Je revois ton visage,
Ta tête sur mon épaule
Et les fleurs sauvages
Et le chat qui nous frôle.


Les hortensias fanés
Et fermant les paupières
Nous entendions pleurer
Le cerisier, le lierre.


Les petites ont grandi
Ont quitté tour à tour
Sans un mot, sans un cri
Le nid de leur vautour.


Aujourd’hui c’est dimanche
Ma sœur tu es venue
Regarde la robe blanche
De la phalène perdue.


Si courte sera sa vie
Que dira-t-on des nôtres ?
Est-ce que notre survie
Est dû à cet apôtre ?

 

Ce jardin suspendu
Nous murmure à l’oreille
Qu’il a bien reconnu
Ses pupilles de la veille.


Donne-moi la main, ma sœur
Serre-moi encore une fois
Notre homme tapageur
N’est plus qu’un feu de bois.


© Myriam CLOWEZ


Myriam Clowez (1961-aujourd'hui)
Retraitée du secteur sanitaire et social, Myriam Clowez a toujours aimé la poésie et c'est surtout à l'adolescence qu'elle a écrit de nombreux poèmes. Aujourd'hui, elle profite de son temps libre pour participer aux concours de poésies.
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Mon père est au jardin
Etienne BUSQUETS

y

Les deux pointes en terre,
Justement assenées,
C'est le bigot d'un père
Au labeur absorbé.


Il prépare sa terre,
Son plaisir de toujours ;
Il y trempe le fer;
C'est un jardin d'amour.


Il ratisse très fier
Chaque motte alentour ;
Avec le savoir-faire
Va l'humus, vient l'humour.


Et le sillon fait droit
Paraît une litière
Où la terre reçoit
Les belles graines mères.


Alors il les enterre ;
C'est la loi de la vie,
Aujourd'hui cimetière
Et demain nursery.


Ensuite il me sourit
En s'essuyant le front,
Puis verse l'eau du puits
Dont le ciel nous fait don.


Mon père est au jardin ;
C'est un jardin d'amour
Où, l'amour dans ses mains,
Il cueille nos beaux jours.


© Etienne BUSQUETS
Illustration : Le jardinier de Cézanne Paul Cézanne – Gardener (Le Jardinier) - BF534 – Barnes Foundation.jpg Wikipédia Commons Domaine Public]. 
Bigot :
Le bigot catalan est une houe à deux dents, déjà connue dans l'Antiquité, qui fait merveille dans les travaux où il faut gratter la terre, notamment sur des terrains pierreux comme ceux où poussent la vigne et l'olivier. Son nom est une déformation métaphorique du pluriel “bigots” qui désigne une paire de moustaches (Wiktionnaire).

Etienne Busquets
Poète fénassol d'origine catalane (village de Lafenasse dans le Tarn), il est sociétaire des Amis de Jean Cocteau et membre des Poètes sans Frontières de Vital Heurtebize à Orange. Il a remporté plusieurs prix de poésie et collabore dans plusieurs revues et anthologies.
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Son blog :
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Jardins
Philippe SALORT

y

C'est un recoin paisible à l'écart du tumulte
Où tous mes à peu-près peu à peu s'accumultent ;
Il n'y poussera pas, bien sûr, les Fleurs du mal
On dirait le jardin du bon facteur Cheval.


Strophes ébouriffées, touffes de mots qui vrillent
Semailles de bévues, de bourdes, de coquilles
Bouts-rimés en rature au pampre de la page
Et ballade fanée par manque d'arrosage.


Minuscule récolte de stances majuscules
Trois-quatre calligrammes (pas plus) sur la bascule ;
Des grappes de textes en germe et quelques vers sous cloche
Des rameaux de chanson bien noire bien ronde bien croche.


Des produits naturels - rien que du biographique -
Deux trois mauvaises pensées, accrochées comme des tiques ;
Badauds admiratifs : Joli champ lexical !
Comme engrais, rime osée : De la matière fécale.


Partout beaucoup de ronces et bien peu de Ronsard
L’apprenti roi semeur est parfois bien cossard ;
Amis dubitatifs : Tu les vends tes salades ?
- J'ai cinq, six amateurs, mais pas une pléiade !


Divine création dans un jardin d'éden ?
Non. Au fil de la plume, quelques Euh par douzaine
Des trios de jurons : Bête ! Ah bon dieu ! Punaise !
Oui. La plupart du temps, terrible est la genèse…


© Philippe SALORT


Philippe Salort
Moi j'aime cet auteur qui débute à 60 ans !! Qui se sent plus artisan qu'artiste, plus potache que poète... Qui se dit davantage les doigts pleins d'encre que la tête dans les étoiles !
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Jardin d'hiver à Cassy
Sylvie CROCHARD

y

Pensées fleuries,
Posées devant la porte fenêtre
Dans un pot de faïence bleu verni
Et rond assorti
Au milieu de la table carrée,
Blanche de la terrasse carrelée.


Dehors le vent souffle,
Le ciel est bas et gris :
La pluie naturellement s’ensuit.
L’herbe est bien verte,
Parsemée de pâquerettes.


Le cotonéaster affiche ses baies rouges.
Au fond se tient le cabanon,
Relié à la terrasse par des caillebotis,
Qui à la piscine abritée mènent aussi.


La pluie va suinter,
La terrasse semble transpirer.
Le temps hivernal les plantes raréfie.
L’hiver c’en est ainsi :
Mieux vaut rester au chaud
Face aux intempéries.


© Sylvie CROCHARD
Illustration : cotonéaster,  plante à fleurs, de la famille des Rosaceae


Sylvie Crochard (1976-aujourd'hui)
Ouvrière en milieu protégé, Sylvie Crochard a publié plusieurs recueils. Passionnée de piano, elle s’inspire également de la musique dans ses poèmes.
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Sa page Facebook : → https://www.facebook.com/poetecrochard



La fin d'un jardin
Mokhtar EL AMRAOUI

y

Le parking t'a tué mon si beau Jardin
Tu  as disparu mon ami quel sinistre destin
Le béton t'a dévoré tel impitoyable dragon
Le parfum de tes fleurs en vagues m'enivrait
Il n'y a plus que gaz et mortelle pollution
Plus d'herbe plus de fontaines ni papillons
Je venais caresser tes arbres et leur parler
Je les rassurais sur le retour des oiseaux
Répétant que leurs nids chanteraient bientôt 
Mais eux sentaient de toutes leurs racines
La trahison déguisée en aménagement 
Car eux le savent quand on les assassine
Quand on fait taire les pigeons pour l'argent
Où sont tes généreux réverbères et bancs
Ils nous offraient rêves et trêves tout l'an
Je les entends fantômes errants délabrés
Dans les vents des souvenirs  pleurer 
Je leur tends les bras pour les consoler
En t'appelant cher jardin pour te retrouver


© Mokhtar EL AMRAOUI / 31 mai 2024


Mokhtar El Amraoui (1955-aujourd'hui)
Poète d’expression française né à Mateur, en Tunisie, Mokhtar El Amraoui a enseigné la littérature et la civilisation françaises pendant plus de trois décennies, dans diverses villes de la Tunisie. Il est passionné de poésie depuis son enfance. Il a publié quatre recueils de poésie et plusieurs de ses poèmes ont été publiés sur Internet et en revues-papier.
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Amour de jardin !
Catherine DESTREPAN

y

Au jardin j’apparais souvent au débotté ;
Liseron, je serpente à causer la névrose
D’un gant de jardinier empreint de cruauté.
Mes atours ne sont pas ceux de la royauté ;
Comment ravir le cœur de gente dame Rose ?

 

« Ni titre, ni blason, tu n’as pas le profil
Seul un preux chevalier peut ravir la princesse »
Se gausse le lys blanc en dressant le pistil,
« Un manant est trop bas pour lui jeter un cil »
Pérore le dandy, se pavanant sans cesse.

 

Minable liseron au destin menotté,
Je m’élève pourtant jusqu’à son cœur et j’ose.

« Tu m’étouffes » dit-elle « espèce d’empoté
Et tes fleurs en trompette altèrent ma beauté ».
Pourtant sarment d’amour suscite bien la chose !

 

« Il existe justice en ce monde incivil,
Roses, lys et autres beautés de la noblesse
Périront en bouquets dans un vase en exil ;
Excès de vanité fait naître grand péril ! »
Déclame mon amie en ces mots de sagesse.

 

Ma voisine Urtica, dans le pré d’à côté,
Apaise mon dépit et mon humeur morose
Mais je sais que pour plaire à la communauté
Mieux vaut être plutôt moins tarabiscoté.
Ronsard prône la rose, on me dénigre en prose !


© Catherine DESTREPAN


Catherine Destrepan (1956-aujourd'hui)
Comptable, Catherine Destrepan a jonglé toute sa vie active avec les chiffres avant de s'intéresser de plus près à la poésie, qui occupe aujourd'hui une grande place dans ses activités culturelles. Elle prête également sa voix de contre-alto au sein de plusieurs ensembles vocaux.
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L'épilobe
Roland MUHLMEYER

y

L’épilobe au bord du chemin salue les stances couleur de sable.
Les avoines jouent les folles anicroches.
L’air se charge d’augures mélancoliques.
O fleuve immense et profond,
sais-tu quelle vie fut la mienne ?
Mon âme sereine et muette s’étend sous une étincelle
en un rêve épars, au regard de statue.
Les rameaux tremblent le long du mur.
Oh, le soir tombe,
l’orage chante ses branches de safran,
et l’espoir cueille la libellule à la lueur d’une chandelle.
La grive, dans la rade triste, oppresse son automne sans fin.
Et toi, tu t’éveilles,
bénissant une louange vermeille.


© Roland MUHLMEYER


Roland Muhlmeyer
Roland Muhlmeyer est guitariste classique de formation. Il apprend le chant lyrique, deux matières qu'aujourd'hui encore il enseigne. Il se spécialise par ailleurs dans le chant grégorien, qu'il a également enseigné. Il a écrit des poèmes dans sa jeunesse qui ont paru dans quelques publications. Après un long repos poétique, il s'est remis à écrire. Il a le souci du rythme, des couleurs, des mots dans ses textes qu'il traite comme une partition de musique contemporaine.
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Ce jardin où tu n'es pas
David FOUCHER

y

« L'absence est le contraire de l'absence quand on aime :

comment douter de l'existence d'un soleil !  »

Marcel Jouhandeau  


Me voici solitaire à flâner au jardin
Parmi les ancolies exhibant leurs merveilles
Au pied d'un seringa aux senteurs de jasmin.
Un hélianthe éclatant s'apparente au soleil
Et me rappelle alors ta radieuse prestance
Tandis qu'une fauvette interrompt le silence.


Une brise légère agite avec douceur
La gracile amourette et ses blancs épillets.
Pourra-t-on partager ces instants de bonheur,
Respirer de concert le parfum des œillets ?


Un flambé sémillant qui volette insouciant,
Deux rosiers majestueux aux boutons carminés,
Il ne manque en ce lieu follement luxuriant
Que le reflet de toi dans mes yeux fascinés.

 

© David FOUCHER


David Foucher
Résidant en Loire-Atlantique, David Foucher est préparateur en pharmacie. Il participe à de nombreux concours de poésie et a été lauréat au concours Poetika en 2007 & 2008.
Du même auteur :
Confinement
Le plumoriste (primé)
Intolérance aviaire (primé)



Les jardins de banlieue
Boris VIAN

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En banlieue Des trains, des remblais et des gares Et puis on y est sans crier gare En banlieue On quitte Paris dans la suie Et voilà les maisons fleuries De banlieue L'été, y a des lilas qui chantent Sur des rythmes de valse lente La banlieue

Les ptits jardins bien astiqués Les ptits rentiers tout étriqués Les ptit's filles en robe de piqué Et les ptites rues mal indiquées De banlieue, de ma banlieue Tout près d'Paris Dans la verdure Oh ma chérie Pourvu quêta dure
Ma banlieue...
J'me rappelle, on était tout mômes Tu vois, on vivait par là Sens-tu le rosier qui embaume Les narcisses et les dahlias C'est là, on poussait la barrière On se croyait si loin de tout La maison était pleine de lierre Et y avait des oiseaux partout

 

© Boris VIAN


Boris Vian (1920-1959)
Ecrivain, poète, parolier, directeur artistique, musicien de jazz... Boris Vian, dont l'oeuvre littéraire fut peu appréciée de son vivant, est saluée par la jeunesse dès les années 1960-1970. L'Écume des jours en particulier, avec ses jeux de mots et ses personnages à clef, est passé à la postérité. Il est désormais un classique, qu'on étudie souvent dans les collèges et les lycées.
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Homme et abeille
Pascal GAYAUD
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On dit que l'abeille danse

Qu'elle indique le lieu

Elle chante la distance

Dans un beau ciel tout bleu

Dans un bruissement d'ailes

Je la vois je la suis

Sur la fleur, du pollen

Pour elle et ses petits


Musicienne gourmande

Je goutte son miel tendre

Ma gorge en a besoin

Je chante sans attendre

Elle violonne dans les airs

A la ruche un concert !

 

© Pascal GAYAUD


Pascal Gayaud

Dans son centre de musique et nature, Pascal Gayaud travaille depuis 30 ans avec des enfants de 4 à 7 ans. Passionné par les instruments à cordes, par la poésie, en accord parfait avec la nature, il a eu l'idée d'associer la musique et la nature au sein de son centre d'éveil musical « la maison guitare ». Il anime des ateliers de création d'instruments de musique qu'ils soient de bois, de carton ou de légumes. Adoré par les enfants, sollicité de plus en plus par les enseignants, il accueille à guichet fermé pour son spectacle « Jazz de légumes ». Les médias viennent régulièrement à sa rencontre (TV et radio).
Sa nouvelle création la « Lyre pour lire », permet aux enfants de 3 à 6 ans de découvrir un instrument à cordes en toute simplicité. Le plaisir est immédiat, original et silencieux.

Du même auteur :
Soleil
Le guiros !
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Le verger
Anna de NOAILLES

y


Dans le jardin, sucré d'oeillets et d'aromates,
Lorsque l'aube a mouillé le serpolet touffu,
Et que les lourds frelons, suspendus aux tomates,
Chancellent, de rosée et de sève pourvus,

Je viendrai, sous l'azur et la brume flottante,
Ivre du temps vivace et du jour retrouvé,
Mon coeur se dressera comme le coq qui chante
Insatiablement vers le soleil levé.

L'air chaud sera laiteux sur toute la verdure,
Sur l'effort généreux et prudent des semis,
Sur la salade vive et le buis des bordures,
Sur la cosse qui gonfle et qui s'ouvre à demi ;

La terre labourée où mûrissent les graines
Ondulera, joyeuse et douce, à petits flots,
Heureuse de sentir dans sa chair souterraine
Le destin de la vigne et du froment enclos.

Des brugnons roussiront sur leurs feuilles, collées
Au mur où le soleil s'écrase chaudement ;
La lumière emplira les étroites allées
Sur qui l'ombre des fleurs est comme un vêtement.

Un goût d'éclosion et de choses juteuses
Montera de la courge humide et du melon,
Midi fera flamber l'herbe silencieuse,
Le jour sera tranquille, inépuisable et long.

Et la maison, avec sa toiture d'ardoises,
Laissant sa porte sombre et ses volets ouverts,
Respirera l'odeur des coings et des framboises
Éparse lourdement autour des buissons verts ;

Mon coeur, indifférent et doux, aura la pente
Du feuillage flexible et plat des haricots
Sur qui l'eau de la nuit se dépose et serpente
Et coule sans troubler son rêve et son repos.

Je serai libre enfin de crainte et d'amertume,
Lasse comme un jardin sur lequel il a plu,
Calme comme l'étang qui luit dans l'aube et fume,
Je ne souffrirai plus, je ne penserai plus,

Je ne saurai plus rien des choses de ce monde,
Des peines de ma vie et de ma nation,
J'écouterai chanter dans mon âme profonde
L'harmonieuse paix des germinations.

Je n'aurai pas d'orgueil, et je serai pareille,
Dans ma candeur nouvelle et ma simplicité,
A mon frère le pampre et ma soeur la groseille
Qui sont la jouissance aimable de l'été,

Je serai si sensible et si jointe à la terre
Que je pourrai penser avoir connu la mort,
Et me mêler, vivante, au reposant mystère
Qui nourrit et fleurit les plantes par les corps.

Et ce sera très bon et très juste de croire
Que mes yeux ondoyants sont à ce lin pareils,
Et que mon coeur, ardent et lourd, est cette poire
Qui mûrit doucement sa pelure au soleil...

 

Anna de NOAILLES


Anna de Noailles (1876-1933)
Poétesse et romancière française d'origine roumaine, la comtesse Anna de Noailles passe son enfance entre Paris et le lac Léman où ses parents ont une propriété. En épousant Mathieu de Noailles, elle fait partie de la haute bourgeoisie parisienne et attire l'élite intellectuelle, littéraire et artistique dans son salon situé avenue Hoche. Son premier recueil, Le Coeur innombrable (1901) eut un succès retentissant. Elle fut la première femme commandeur de la Légion d'honneur. Son lyrisme passionné s'exalte dans une œuvre qui développe, d'une manière très personnelle, les grands thèmes de l'amour, de la nature et de la mort.
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Source : http://www.annadenoailles.org/
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Ma mère me mène au jardin
Federico GARCIA LORCA
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Ma mère me mène au jardin
Dans la lumière qui commence
Voir les fleurs s'ouvrir au matin
Lorsque les branches se balancent
Mille fleurs disent mille contes
A mille amoureuses, tout bas,
Tandis que le rossignol ne dit pas.

Ouverte était la rose
Avec l'aube levée,
De tendre sang si rose
Que fuyait la rosée ;
Sur sa tige si chaude
Que le vent s'y brûlait,
Si brillante, si haute !
Elle s'épanouissait !

L'héliotrope répétait :
« Sur toi je viens poser mes yeux.  »
« Vivante je ne t'aimerais, »
Répond le basilic en fleurs.
Violette dit : « Je suis timide. »
Rose blanche : « Je suis froideur. »
Jasmin : « Fidèle au coeur limpide. »
L'oeillet : « Je suis tout de passion. »

 

Federico GARCIA LORCA


Federico Garcia Lorca (1898-1936)
Poète et dramaturge espagnol, Gabriel Garcia Lorca avait aussi des talents de peintre et de musicien. Devant cacher son homosexualité, il est victime d'une dépression en 1929 et part faire un long voyage aux Etats-Unis. De retour en Espagne en 1931, il est nommé directeur de la société de théâtre étudiante subventionnée, La Barraca. En 1936, sans doute à cause de son homosexualité, il est arrêté et exécuté par les milices franquistes. Malgré les recherches pour retrouver son corps, jeté à la fosse commune de Viznar, il ne sera jamais retrouvé. Ses oeuvres ont été interdites en Espagne jusqu'en 1953.
Du même auteur :
Désir
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Toute pensée est une fleur
Henri-Frédéric AMIEL

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Toute pensée est une fleur
Unique en son espèce,
Qui naît, s’ouvre et brille, lueur
Dans notre nuit épaisse.


Elle paraît et disparait
Comme un rêve à l’aurore.
D’où vient-elle ? C’est un secret.
Où va-t-elle ? On l’ignore.

Dans son éclat, dans sa fraîcheur,
Avant qu’elle nous laisse,
Embaumons-la, forme et couleur,
La frêle enchanteresse.

Toute pensée est une fleur
Unique en son espèce.

 

© Henri-Frédéric AMIEL


Henri-Frédéric Amiel (1821-1881)
Henri Frédéric Amiel est un écrivain et philosophe suisse romand, célèbre pour son gigantesque journal intime (17 000 pages, de 1839 à 1881). Professeur d’esthétique et de littérature française à l'université de Genève grâce à son étude Du Mouvement littéraire dans la Suisse romande et de son avenir. De 1854 jusqu'à sa mort, il conserva sa chaire de philosophie. Il a publié plusieurs volumes de poèmes, d’études historiques ou philologiques et des essais philosophiques influencés par la philosophie idéaliste allemande.
Du même auteur :
Ce que veut l'amitié
Une nuit sur la plage
Printemps du Nord
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Ces fleurs printanières
Dont le coeur ne bat que par amour...

Yolaine BLANCHARD

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Où chante le coucou, sa fleurette répond :
Clochette jaune d’or et feuillage en rosette,
Ombelle couronnée avec une frisette,
Dont le nectar sucré fournit un suc fécond.


À l’abri d’un bosquet, d’un bercement d’ombrelle,
N’osant pas nous montrer son sourire effronté,
La modeste pervenche, en son tapis bleuté,
S’étoile simplement en vive ribambelle.


Même si, celles-ci, n’offriront aucun fruit,
Le groseillier à fleurs nous tend ses grappes roses,
Et non sans jalouser les fières primeroses
Que l’été nous présente en reines de la nuit.


Pivoine romantique à l’odeur captivante,
Glycines et lilas suivent à petits pas,
Superbe apothéose au sein de leurs appas
Que sublime l’artiste en sa toile émouvante…


L’hirondelle fredonne un air mélodieux,
Où vibre ce refrain que l’amour aiguillonne,
Ce message à saisir avant que papillonne
La belle aventureuse en un vol radieux…

 

© Yolaine BLANCHARD


Yolaine Blanchard
Membre active et trésorière de l'Association Les Poètes de l'Amitié - Poètes sans frontières, Yolaine Blanchard publie régulièrement dans cette revue et lance chaque année aux côtés de son mari, Stephen Blanchard, président de l'Association, le prix de Poésie Yolaine et Stephen Blanchard qui récompense un recueil de poésie (tirage de l'ouvrage entre 300 et 500 exemplaires, dont 150 offerts au lauréat).
→ Le blog de l'association : https://poetesdelamitie.blog4ever.com/



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Le Monde de Poetika
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N° ISSN : 2802-1797

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Il y a dans le monde des jardiniers invisibles qui cultivent les rêves des autres.
Jeanne BENAMEUR


Ne laisse entrer dans le jardin de ta vie que ceux qui ont des fleurs à planter.
Mazouz HACENE


Un jardin, même tout petit, c'est la porte du paradis.
Marie ANGEL


Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles.
Christian BOBIN